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10 mars 2014 - Intervention de Madame Najat Vallaud-Belkacem, Ministre des droits des femmes, porte-parole du Gouvernement à l’occasion de la concertation francophone de haut niveau

« Egalité femme-homme et autonomisation des femmes en Francophonie : construire le nouveau programme de développement pour l’après 2015 »


(Seul le prononcé fait foi)

Madame la Directrice exécutive,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames les Ambassadrices et les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs,

Notre collègue l’a dit tout à l’heure, vous étiez nombreux à participer au Forum des Femmes francophones consacré cette année à Kinshasa aux femmes comme actrices du développement. Je sais que cette réunion a été un succès. Ma collègue Yamina Benguigui me l’a dit. Et je veux d’abord commencer par m’en réjouir, parce que je crois que le succès de cette réunion, c’est le signal de la vitalité de la Francophonie et de l’énergie que nous sommes tous prêts à déployer en faveur des droits des femmes, partout dans le monde.

Des étapes importantes ont été franchies depuis maintenant un an. L’année dernière, ici même, nous avons réussi à adopter le tout premier plan d’action sur les violences faites aux femmes et aux filles dans notre espace francophone. En octobre dernier était créé le tout premier réseau francophone pour l’égalité entre les femmes et les hommes avec sa tête Madame Ndioro Ndiaye qui est à nos côtés et que je salue. Et je me réjouis de manière plus générale de voir la concertation avec la société civile devenir, grâce à ce réseau, quelque chose de l’ordre du réflexe, de l’automatisme, dans nos travaux. Les deux éditions donc du Forum mondial des Femmes francophones à Paris d’abord et à Kinshasa ensuite l’ont à leur tour montré. Nos populations francophones aspirent à l’égalité. Et il faut que nous leur donnions voix au chapitre.

Chacune de ces avancées pour moi c’est le signe de l’engagement des pays de la Francophonie en faveur de la promotion des femmes. Toutes ces avancées nous les devons à l’Organisation internationale de la Francophonie qui a eu la très bonne idée de se doter d’une stratégie pour le genre. Cette Organisation internationale pour la Francophonie, elle persévère. Elle ne s’arrête pas en si bon chemin. Aujourd’hui, elle propose aujourd’hui la création d’un Groupe de travail ministériel francophone sur le thème « Egalité entre les femmes et les hommes et autonomisation des femmes en Francophonie ». C’est un groupe de travail qui sera extrêmement précieux pour que l’on construise ensemble le programme de développement que nous voulons pour l’après 2015. Je veux vous dire que je suis évidemment très volontaire pour prendre part aux travaux de ce groupe.

Mesdames et Messieurs,

J’ai pu constater au cours de mes différents déplacements – j’étais encore au Mali il y a une semaine où j’ai eu l’honneur de rencontrer Madame Sangaré Oumou Ba – j’ai pu constater la valeur de nos échanges, nos échanges d’expérience. Nous avons intérêt à construire des partenariats pour renforcer nos politiques publiques. Nous avons intérêt à échanger nos pratiques, nos expériences, mais aussi nos moyens humains, à faire en sorte que nos fonctionnaires s’enrichissent en apprenant comment fonctionnent les autres dans les autres pays. Nous devons aussi coordonner nos plaidoyers. Nos concitoyens nous regardent, ils demandent des comptes, ils nous comparent. Alors nous devons leur montrer que, tous ensemble, nous sommes prêts à élaborer des stratégies qui servent leurs droits. Et le groupe de travail que vous proposez de lancer aujourd’hui, je crois, va y contribuer de façon très décisive. Il vient, je le disais, à point nommé, parce que nous avons des échéances importantes qui nous attendent dans les tous prochains mois, années : le 20ième anniversaire des conférences de Pékin, du Caire, la définition de l’agenda post-2015 pour le développement.

Je formule le vœu qu’avec l’ensemble des Etats membres de la Francophonie, nous puissions parvenir à élaborer une position commune dans chacune de ces négociations. Une position qui incarne une vision ambitieuse des droits des femmes. Je pense que nous en sommes capables. Une position qui dise à quel point ces droits des femmes, cette égalité entre les sexes, ce sont des leviers puissants de développement, de croissance. Que cela n’est jamais un frein mais au contraire quelque chose qui est moteur.

C’est pourquoi nous devons plaider pour l’adoption d’abord d’un objectif spécifique dédié à l’égalité entre les femmes et les hommes. Ensuite nous devons plaider pour que la question du genre soit intégrée de façon transversale dans l’ensemble des objectifs dans l’agenda post-2015 pour le développement.

Nous savons à quel point c’est essentiel, que cette question du genre, de la prise en compte des difficultés spécifiques des femmes soit intégrée dans chacune de nos politiques publiques. Il suffit de regarder l’état des lieux pour comprendre que la majorité des pauvres dans le monde sont des femmes. Pour comprendre que ce sont les femmes qui cumulent les facteurs de discrimination, en particulier sur le marché de l’emploi. Ce sont les femmes qui sont toujours les moins rémunérées, qui sont toujours, le plus souvent, dans les temps partiels, dans les secteurs les plus faiblement valorisés. Les femmes qui accèdent trop peu encore aux ressources productives, alors même qu’on sait aussi que si les femmes avaient un accès égal aux ressources productives, cela se traduirait par un gain de production dans le monde de sans doute 30 %, soit assez pour sauver 150 millions de personnes de la faim.

Il nous appartient à nous, les Etats, de créer l’environnement politique, juridique, social qui permette aux femmes de devenir des actrices à part entière de leur économie, des actrices à part entière du développement.

Mais pour qu’elles le soient, encore faut-il qu’elles ne soient pas violentées, qu’elles ne soient pas privées de leurs droits, qu’elles ne soient pas reléguées. Les femmes doivent être autonomes. Les femmes doivent avoir la maitrise de leur vie et de leur destin. Et c’est pour cette raison que nous plaidons pour que l’élimination de toutes les formes de violence –violences domestiques, sexuelles, mariages forcés, mutilations génitales – que toutes les formes de violence soient combattues. C’est pour cela que nous plaidons pour que les femmes aient l’égalité d’accès aux ressources et aux processus de décision. C’est pour cela que nous plaidons pour que les femmes aient accès à la santé et aux droits sexuels et reproductifs qui sont, là encore, la condition de leur autonomie. Et c’est pour cela que nous souhaitons que tout cela apparaisse dans l’agenda post-2015. Au moment où l’espace francophone est traversé par des conflits, des crises terribles, je souhaite à la fois que nous soyons à l’avant-garde de la promotion des droits des femmes. Et puis je veux en même temps m’arrêter un instant pour saluer le courage des femmes plongées, ou qui l’ont été récemment encore, dans des crises : les femmes maliennes, les femmes centrafricaines, les femmes congolaises. Elles se battent. Elles se battent pour reconstruire leur pays. Elles se battent pour sortir leur pays du chaos. Elles se battent aussi contre les violences qui leur sont faites dans cette période de crise et de conflit où elles sont plus vulnérables encore que le reste du temps.

Mesdames et Messieurs,

Je voudrais qu’on pense à elles. Et qu’on pense aussi 650 000 femmes qui, à travers le monde chaque année font l’objet d’un trafic. D’un trafic, dans la plupart des cas, pour exploitation sexuelle. Je voudrais qu’on pense à toutes celles qui aujourd’hui attendent dans notre espace francophone la protection. Qui attendent de l’espace francophone qu’il soit suffisamment fort pour mettre fin à des règles que la tradition ou la coutume ont longtemps justifiées mais qui n’assurent pas aux femmes le respect de leur dignité. J’espère que la Francophonie saura être à l’avant-garde du combat pour l’égalité et pour l’universalité des droits.

Je vous remercie.



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