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11 mars 2014 - CSW58 - Evénement "Les objectifs du millénaire pour le développement, la prostitution et les femmes et les filles les plus vulnérables" - Intervention de Mme Najat Vallaud-Belkacem, Ministre des droits des femmes, porte-parole du Gouvernement

Seul le prononcé fait foi

Madame la ministre, chère Maria,

Mesdames, messieurs, chers amis qui luttez contre l’exploitation des femmes partout, en Europe et dans le monde,

L’exploitation sexuelle est une réalité qui ne connait pas de frontières. Les coupables emportent leurs victimes à travers le monde, guidés par la recherche du plus grand profit et de la plus grande impunité.

Il est donc indispensable de sortir des débats locaux et des réponses nationales, pour porter aux Nations unies ce combat pour l’abolition de la prostitution.

Ce combat n’oppose pas le Sud au Nord, l’Est à l’Ouest, les femmes aux hommes. Il traverse chacun de nos pays, chacune de nos sociétés. Il traverse aussi les instances des Nations unies.

C’est un honneur d’y participer ici avec vous.

Je suis heureuse de le mener avec ma collègue suédoise Maria Arnholm. En matière de protection des droits des femmes, la Suède est une source d’inspiration inépuisable.

Je suis heureuse que nous menions ce combat ensemble, avec les organisations féministes. L’organisation de cet événement témoigne de la solidité et de la solidarité du mouvement abolitionniste.

C’est un atout précieux. Je sais combien chaque étape dans notre combat pour l’abolition de la prostitution a été précédée d’un immense travail de sensibilisation, de mobilisation, d’explication, de persuasion mené par les associations.

J’ai été heureuse de les trouver présentes lorsqu’en 2012, j’ai fait connaitre mon intention de mieux cibler la réponse apportée par la loi française à l’exploitation sexuelle.

J’ai retrouvé avec plaisir ce mouvement abolitionniste en septembre dernier à Bruxelles, lorsque nous avons fêté, avec 18 Etats européens, les 65 ans de la convention de New York pour la suppression de l’exploitation de la prostitution.

J’ai eu ce mouvement abolitionniste à mes côtés, à l’Assemblée nationale, en novembre, lorsque j’ai soutenu avec les parlementaires féministes une proposition de loi qui porte bien son nom : « lutte contre le système prostitutionnel ».

Car c’est bien contre un système que nous devons lutter. Un système qui n’est pas comparable à celui que nos parents ont pu connaitre. Il y a 25 ans, sur les trottoirs, en France, 20% des prostituées étaient étrangères. Elles sont 90% aujourd’hui.

Parler de prostitution, aujourd’hui, c’est parler de traite des êtres humains. C’est parler de réseaux clandestins, de crimes organisés, d’organisations transnationales.

Bien sûr, il y a de nombreuses réalités différentes de la prostitution : dans la rue, dans des logements de fortune, dans des appartements de luxe, à l’université, dans les lieux publics ou sur Internet…

Mais, là où il y a prostitution, il y a presque toujours un proxénète, un client et une victime.

Lutter contre le système prostitutionnel, c’est lutter contre les réseaux, décourager les clients et protéger les victimes. C’est ce que fait la proposition de loi que l’Assemblée nationale française a adoptée en décembre dernier, et que le Sénat examinera cette année.

Nous nous donnons les moyens de lutter contre les réseaux. L’an passé, la police française en a démantelé plus de 50, et arrêté plus de 500 proxénètes.

Nous nous adressons aussi aux clients, pour les placer devant leurs responsabilités. Pour les décourager. Chaque garçon, chaque citoyen doit savoir qu’acheter une relation sexuelle, c’est toujours aider un criminel et abuser d’une victime.

Pour cela, nous agissons à l’école, où nous parlons de respect entre les filles et les garçons. Mais nous savons que la menace de la sanction sera la leçon la plus efficace. Nous l’avons donc inscrite dans notre code pénal. Les clients s’exposeront à une amende de 1500 euros. Et nous ajoutons une peine complémentaire, un stage de responsabilisation, pour que les clients prennent réellement la mesure de la réalité à laquelle ils ont participé.

Enfin, nous nous adressons aux victimes. C’est sans doute la part la plus importante de la proposition de loi.

Elles sont victimes, et n’ont donc pas à être poursuivies. C’est pourquoi nous allons supprimer le délit de racolage public.

Elles sont victimes, et elles ont donc besoin d’aide. C’est ce que nous comptons proposer, à travers un parcours de sortie de la prostitution, qui conjuguera un accompagnement social, une prise en charge sanitaire, une autorisation de séjour, l’annulation des dettes fiscales, et éventuellement, pour leur sécurité, le droit d’utiliser une identité d’emprunt.

Ce parcours de sortie de la prostitution, financé par l’Etat, sera mis en œuvre par les associations. Elles savent mieux que personne comment accompagner une personne prostituée, une « survivante », vers une autre étape de sa vie.

C’est pourquoi leur implication, votre implication, est essentiel dans ce combat.

Nous avons reçu les encouragements, il y a deux semaines, du Parlement européen, avec l’adoption du rapport de Mary Honeyball. C’est un signe important qui confirme que les européens partagent l’idéal d’une société sans prostitution.

Le travail continue. Le mouvement abolitionniste était réuni la semaine dernière à Chypre, à l’invitation de la Commission européenne, où, comme la directive de 2011 l’exige, l’accent a été mis sur la nécessité d’agir sur la demande. Et donc de décourager les clients de la prostitution.

Il est réuni aujourd’hui ici à New York. Je sais qu’il continuera inlassablement son action, tant que cet idéal d’une société sans prostitution ne sera pas atteint.

Merci pour votre engagement.

En savoir plus sur les droits des femmes.



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