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20 septembre 2010 - Haïti - Reconstruction de l’hôpital universitaire de Port-au-Prince - Intervention puis entretien avec RFI de M. Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères et européennes

Hôtel Intercontinental, New York

Intervention

Mesdames et Messieurs je vais vous dire mon plaisir d’avoir à signer entre Madame Hillary Clinton et le premier ministre Bellerive.

Je voudrais faire deux remarques.

D’abord, après cette immense catastrophe, il y a eu beaucoup d’efforts et beaucoup d’efforts qui doivent être coordonnés : " action plan ". Sans coordination, je crois que l’on sera très déçu. C’est donc excellent que cette coordination porte entre nous trois sur l’hôpital universitaire, l’hôpital de formation.

Deuxième point : certains autour de vous disent que la reconstruction en Haïti va lentement, très lentement. Et tout le monde s’étonne qu’avec tant d’argent récolté il n’y ait pas des progrès très visibles. C’est qu’ils n’ont pas la notion de l’immensité du désastre et de la nécessité de changer beaucoup de choses et en particulier d’y réfléchir, de parler d’urbanisme, de parler de renouveau, de suivre un modèle qui ne soit pas le modèle ancien, que des structures nouvelles soient proposées. C’est ce que fait le premier ministre, c’est ce que fait également le président Préval. Et donc cela prend plus de temps. Alors il y a eu beaucoup d’argent, beaucoup d’efforts ont été faits mais cela ne peut pas être immédiatement visible.

Dernier point, justement en ce qui concerne la santé publique : la santé publique n’est pas une notion vague, c’est une notion très générale, avec une vue générale, avec une vue politique des choses. Ce qui permettra ensuite de traiter ou de prévenir les maladies pour chacun des Haïtiens, un par un. Cet hôpital universitaire auquel je me réjouis de travailler aux côtés de Madame Clinton, il va lui manquer quelque chose. Même si nous avons décidé que la structure, que le matériel, que le fonctionnement serait pris en charge, il va lui manquer un plan de santé publique certainement mais surtout une assurance maladie. Parce que faire un hôpital performant, meilleur qu’avant j’espère, avec un matériel moderne n’est rien si les plus démunis n’ont pas accès à cet hôpital, et si d’ailleurs tous les Haïtiens n’ont pas accès à cet hôpital. Nous devons continuer de travailler, le premier ministre Bellerive le sait, sur l’accès aux soins, une assurance maladie. Je me réjouis que nous ayons commencé de le faire et j’espère que ça permettra à ce merveilleux instrument que nous allons construire pour tous les Haïtiens de pouvoir être soignés, les petits comme les grands.

Merci./.




Entretien avec RFI (Franck Weil-Rabaud)

Q. Monsieur Bernard Kouchner, vous vous apprêtez à vous rendre en Haiti le week end prochain. Quelle va être le sens de cette visite et est-ce que la France va annoncer de nouveaux investissements pour aider à la reconstruction de ce pays qui a été dévasté par un tremblement de terre ?

Ce sont des investissements énormes qui ont été promis par la France, 326 millions d’euros, et par la communauté internationale, des centaines et des centaines de millions doivent être mis en place sur des projets. On ne doit pas reconstruire à l’identique, il faut inventer, imaginer et le faire avec les Haïtiens. Donc ce sera évidemment long, alors cela s’arrange déjà un petit peu mais pas beaucoup. Les progrès sont lents, c’est évident. Aujourd’hui avec Madame Clinton et avec le premier ministre Bellerive nous avons signé le financement de l’hôpital universitaire et je poserai la première pierre de cet hôpital samedi à Port-au-Prince. Mais un hôpital ca ne marche pas comme ça tout de suite. Il faut former aussi le personnel, certains d’entre eux ont disparu hélas, et puis il faut aussi que le matériel vienne et puis surtout, et ce serait le symbole même des initiatives fécondes, qu’il y ait une assurance-maladie qui soit mise en place pour que les plus démunis, pour que les indigents puissent être pris en charge par cet hôpital. Mais c’est long vous savez, il ne faut pas trop d’impatience. Ce fut une catastrophe immense et on ne peut pas reconstruire du jour au lendemain l’ensemble. Il y a des gens au chômage, il faut créer des emplois, il y a des gens qui doivent déplacer leurs habitations, s’installer ailleurs c’est très lent, c’est toute une culture à changer.

Q. Au-delà d’Haïti cette semaine à New York se tient ce Sommet sur les Objectifs du Millénaire, on voit bien que ces objectifs sont très difficiles à atteindre, que l’aide publique n’est sans doute pas suffisante, est-ce que vous sentez qu’il y a une volonté justement d’apporter des financements alternatifs pour essayer d’atteindre ces objectifs ou est-ce que vous pensez que c’est un vœux pieu de croire en ces objectifs pour 2015 ?

2015 je n’en sais rien très honnêtement mais vous avez tout à fait raison, l’aide publique ne suffira pas. Alors il faut d’abord convaincre que les objectifs que nous poursuivons, c’est-à-dire les financements innovants et en particulier la taxe, ou en tout cas la participation si le mot taxe fait peur, sur les mouvements de capitaux c’est-à-dire sur toutes les transactions financières. Nous y travaillons, moi personnellement depuis 20 ans, des progrès sont faits. Aujourd’hui le groupe pilote s’est réuni, le document est prêt pour demain. Le Président de la République, Nicolas Sarkozy, en a parlé très fortement à l’Assemblée générale à propos des objectifs du millénaire en disant nous n’y arriverons pas si nous ne mettons pas ça à pied d’œuvre. Moi je crois que ca marchera. Le Président de la République ce matin l’a dit, cela va être difficile mais nous pourrons peut être, en tout cas toutes les ONG le veulent, lancer un mouvement à plusieurs pays sans attendre que tous aient accepté. C’est difficile mais nous allons le faire. Vous savez il y avait un groupe de 60 pays menés par la France, maintenant la présidence est au Japon. Il y a un texte mais des textes il y en a plein, des rapports il y en a plein, tout le monde est d’accord pour qu’il y ait un financement infime. Alors je vous le dis, moi je souhaite que ce soit une participation sur les transactions financières. Donc vous envoyez 1000 euros, vous manipulez 1000 euros, d’un bout de la France à l’autre, ou d’un bout du monde à l’autre et c’est 5 centimes d’euros que ça coutera vous ne le verrez pas. Une petite pièce de 5 centimes face à 1000 euros, c’est à ça qu’il faut arriver si on veut développer le tiers monde.

Q : New York c’est aussi une scène diplomatique importante, on évoque évidemment le dossier israélo-palestinien, vous avez regretté l’absence d’une représentation européenne à la reprise des pourparlers israélo-palestiniens à Washington, est-ce que l’Europe est vouée à n’être qu’un bailleur de fonds ?

J’espère que non, l’Europe se lasse un peu d’être un bailleur de fonds. Oui nous l’avons très clairement regretté. Nous sommes le plus gros fournisseur d’aide : 1 milliard d’euros chaque année. Je crois que cela valait une place à la table et je regrette qu’il n’y ait pas eu de représentant de l’Europe, tout le monde l’a regretté, qu’il n’y ait pas eu Monsieur Medvedev ; les russes ont été parfaitement coopératifs dans cette affaire, ainsi que les pays arabes. Nous regrettons que cela se soit passé comme ça mais nous espérons quand même beaucoup que ces pourparlers directs mènent à quelque chose, c’est-à-dire à un Etat palestinien.

Q : Une dernière question. Est-ce qu’après la polémique qui a eu lieu en Europe sur le traitement réservé par la France à la population Rom vous avez senti ici à New York au cours de vos entretiens avec vos homologues étrangers une hostilité de leur part par rapport à la France ? Est-ce que vous avez l’impression que l’image de la France dans cette affaire a été dégradée ?

Non, je n’ai senti aucune hostilité. J’ai fourni des explications parce qu’il y a eu des demandes d’explications. Ce matin il y a eu une rencontre très sympathique et très ouverte entre Madame Merkel et Monsieur Sarkozy. J’y assistais, je vous assure, il n’y avait pas de trace du tout de cette fausse polémique. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de polémique autour des Roms, il y en a une mais entre l’Allemagne et la France, il n’y en a pas.



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