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21 septembre 2010 - Sommet sur les OMD - Evènement parallèle sur les financements innovants - Intervention de M. Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères et européennes

Sa majesté la Reine (Rania Al Abdullah de Jordanie),

Votre Excellence Monsieur le Ministre des Affaires étrangères du Japon et Président du Groupe pilote (Seiji Maehara),

Monsieur le Ministre de la coopération au développement du Royaume de Belgique (Charles Michel),

Madame la Directrice générale du Programme des Nations unies pour le Développement (Helen Clark),

Madame la Directrice exécutive de l’Organisation mondiale de la Santé (Margaret CHAN),

Monsieur le Commissaire (Andris Piebalgs),

Monsieur le Secrétaire général de l’OCDE (Angel Gurria),

Monsieur le Secrétaire général adjoint des Nations unies (P. Douste Blazy),

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs,


Je souhaite d’abord vous adresser mes plus chaleureux remerciements d’avoir répondu à l’invitation que le Japon, la Belgique et nous mêmes vous avons adressée.

J’en suis convaincu, nous pouvons faire de cette réunion une étape décisive pour promouvoir une nouvelle approche de la mondialisation, plus juste, éthique et responsable ; une nouvelle approche du développement, plus durable, efficace et solidaire. Les financements innovants du développement répondent à cette double exigence, que la crise économique mondiale a exacerbée.

Et il y a urgence ! A 5 ans de l’échéance que nous nous sommes fixés collectivement, voilà 10 ans, pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le Développement, le défi reste immense pour honorer nos engagements. Nous n’avons pu qu’en faire le constat ces deux derniers jours.

Certes des progrès significatifs ont été accomplis, mais ils restent inégaux et les retards inquiétants :
— Près d’un quart de la population mondiale vit sous le seuil de pauvreté ;
— 1 milliard de personnes n’ont pas accès à l’eau potable et 2,5 milliards à des services d’assainissement de base ;
— 1 milliard de personnes souffrent de la faim, alors que notre planète comptera bientôt 9 milliards d’habitants ;
— 70 millions d’enfants demeurent non scolarisés ;
— les trois grandes pandémies (VIH/SIDA, tuberculose, paludisme) continuent à tuer près de 5 millions de personnes par an.

Engagements en faveur de la réalisation des OMD, auxquels il faut désormais ajouter le financement de la lutte contre le changement climatique : les besoins sont considérables. Il nous faut trouver ensemble plusieurs dizaines de milliards de dollars par an pour nous et notre planète. Nous avons assisté ensemble à l’explosion de la finance internationale et des bulles spéculatives. Nous avons collectivement pris les mesures qui s’imposaient et nous avons bien fait. Il est temps désormais de faire l’identique en faveur du développement. Les populations qui souffrent ne doivent pas attendre plus longtemps, et nous n’avons pas le droit moralement de le leur demander.

Où puiser ces revenus à un moment où, au sortir de la crise économique, les ressources budgétaires des pays développés sont soumises à de très fortes contraintes ? Nous savons tous ici les limites des flux d’Aide publique au développement (120 Mds USD) et les limites du marché et des flux privés.

Nous avons besoin de solutions, immédiatement disponibles. Elles sont là, entre nos mains. Les financements innovants, qui ont fait la preuve de leur efficacité, constituent une alternative aujourd’hui unanimement reconnue.

Vous savez combien l’idée d’une taxation sur les transactions financières internationales m’est chère - c’est un combat que je porte depuis des années. C’est désormais une priorité pour la France. Le Président de la République a rappelé notre détermination hier. Il ne s’agit pas là d’une nouvelle philanthropie ou d’une invention utopique, c’est un calcul économique rationnel et pragmatique : financer ces besoins maintenant, c’est aussi limiter les montants qui seraient nécessaires demain si nous ne faisions rien.

Aujourd’hui dans le monde, le volume quotidien des transactions de change est de l’ordre de 3600 Mds de dollars. 5 centimes prélevés sur une transaction de 1000 dollars pourrait lever plus de 30 Mds par an. Près d’un quart de l’APD mondiale. Rendez-vous compte ! Qui pourrait contester qu’il s’agit là d’un moyen stable et prévisible de financer massivement le développement ? Ne serait-ce qu’avec la moitié de cette somme, il est possible de scolariser tous les enfants des pays à faibles revenus.

Lorsque nous avons lancé au sein du Groupe pilote, avec quelques pays, l’idée de travailler sur le sujet, nous nous sommes heurtés au scepticisme. Beaucoup mettaient en doute la faisabilité technique et économique de ces mécanismes. Depuis, le temps a passé et tout le monde est d’accord sur leur faisabilité. Aujourd’hui il est donc temps d’agir. Il est temps d’assumer nos responsabilités. Il est temps de remettre l’économie au service de l’homme. Il est temps que la volonté politique reprenne ses droits.

Les instruments de ce changement sont disponibles. Ils sont entre nos mains. Nos partenaires l’attendent. Saisissons collectivement cette opportunité historique. Osons être audacieux, comme sut l’être Mohammed Yunus, le " banquier des pauvres ", Prix Nobel de la paix, lorsqu’il inventa le micro-crédit, pour qu’à la mondialisation de l’économie réponde une mondialisation de la solidarité.

Je vous remercie./.



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