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23 septembre 2013 - Réunion du Leadership Council de la Nouvelle Alliance (G8) - Intervention de M. Pascal Canfin, ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé du Développement

La Nouvelle Alliance a pour but de promouvoir les investissements privés en Afrique sub-saharienne. Nous partageons cet objectif. Pour autant, nous considérons que cela implique de soutenir en priorité les paysans locaux et les exploitations familiales. Notre défi est d’identifier et de soutenir les investissements privés responsables qui bénéficient aux petits producteurs locaux et participent à accroître la sécurité alimentaire. Pour y parvenir, nous avons un double impératif :

Premièrement, nous devons nous assurer que les investissements des entreprises ne nuisent pas aux communautés locales où ces investissements sont réalisés. Ceci implique des garanties fortes. Par exemple, en ce qui concerne l’accaparement des terres, les « Directives volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers » adoptées le 11 mai 2012 par le Comité de la sécurité alimentaire mondiale sont essentielles. Nous devons maintenant lancer des initiatives très concrètes pour pleinement les mettre en oeuvre. En France, nous avons décidé de soumettre l’Agence Française de Développement à ces directives pour ces activités dans le domaine agricole. Deuxièmement, nous devons nous assurer que ces investissements changent effectivement et positivement la situation des petits agriculteurs. En Afrique sub-saharienne, 330 millions de jeunes vont entrer sur le marché du travail d’ici 15 ans, et la plupart d’entre eux travailleront dans le secteur agricole. Au-delà de son rôle de production, le secteur agricole devra également créer plus d’activités et de richesses. La création d’emplois est une question centrale en matière de développement agricole. Il nous faut donc veiller à ce que l’aide apportée contribue à la création d’emplois et à la redistribution des richesses.

Ainsi, notre première priorité doit être de renforcer les exploitations familiales plutôt que les grandes exploitations agricoles. Il est scientifiquement prouvé que ce modèle représente le meilleur potentiel de production et de créations d’emplois et génère la majeure partie des richesses en milieu rural. L’année de l’agriculture familiale en 2014 sera une occasion de concentrer l’attention du monde sur le rôle de ce modèle dans la réduction de la faim et la pauvreté.

La deuxième priorité est la soutenabilité. Dans bien des régions, l’investissement dans l’agriculture se fait au détriment des ressources naturelles existantes. La déforestation des zones tropicales provoque une grande diminution de la productivité des sols, et souvent une baisse de l’emploi dans ces régions sur le long terme, tout en contribuant au changement climatique. J’étais au Sénégal, il y a quelques jours, où les communautés locales ont replanté la mangrove, rétablissant ainsi de façon spectaculaire, le niveau de vie de ces zones rurales défavorisées. Ce genre d’activités restaure également les ressources poissonnières et protège les récoltes de riz de la salinisation des eaux provoquées par la montée du niveau de la mer. Nous pensons qu’il est possible d’augmenter la productivité agricole avec des systèmes de culture intensive écologique et durable inspirés par l’agro-écologie. Nous pensons aussi que l’agriculture doit s’inspirer de l’agro-écologie comme moyen d’atténuer le changement climatique et de s’adapter à ses impacts. L’exemple des projets d’agroforesterie montre que l’on peut restaurer les sols, diminuer le carbone et construire des agrosystèmes plus résistants.

La troisième priorité est de mettre en œuvre cette approche dans le schéma des politiques de développement local visant à resserrer le lien ville-campagne. Le développement des services et leur promotion dans les petites villes et les régions rurales doivent être des priorités et sont les clés d’un développement équilibré entre zones rurales et zones urbaines.

La Nouvelle Alliance affronte les critiques de nombreux intervenants (ONG, Organisations d’agriculteurs,...). Ces remarques doivent être prises en compte et il nous faut définir précisément nos actions pour démontrer que la Nouvelle Alliance est faite pour les petits producteurs africains et non pas uniquement pour les entreprises multinationales. Jusqu’à présent, la participation des producteurs et de la société civile a été insatisfaisante. Nous devons renforcer le rôle des organisations de producteurs et de la société civile, et les considérer comme des partenaires à part entière. Ce signal pourrait prendre la forme d’une plus grande attention donnée aux organisations paysannes dans les plans de coopération."



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