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24 septembre 2010 - Réception francophone - Intervention de M. Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères et européennes

Monsieur le Secrétaire général des Nations unies,

Messieurs les chefs de gouvernement,

Mesdames et messieurs les Ministres,

Mesdames et messieurs les ambassadeurs,

Chers amis,


Comme les aventures d’Astérix, la semaine ministérielle s’achève toujours par un joyeux banquet rassemblant les francophones, en bord de mer. Le Secrétaire général nous fait l’amitié de sa présence, ce dont je le remercie. Même le barde est présent, puisqu’un DJ (didjay) - peut-être devrais-je dire " un déji ", rythme nos conversations. Les sangliers sont ici remplacés par des petits fours plus subtils. Certes, nos aventures new yorkaises ne sont pas terminées : le débat général de l’Assemblée n’a commencé qu’hier et certains d’entre nous s’exprimeront encore la semaine prochaine.

Comme Astérix et ses amis, nous avons une potion magique qui assure la vitalité de notre groupe : c’est la francophonie, qui nous fait partager le même élan, la même volonté de peser sur l’avenir du monde et de lier nos destinés, la même recherche d’un multilatéralisme efficace au service de la paix, de la justice et de la solidarité.

Nous sommes 280 ce soir - mais ce n’est rien ! Nous sommes 200 millions dans l’espace francophone, 200 millions qui ne tiendraient pas dans ces salons.

Notre réunion est aussi l’occasion de fêter un anniversaire : la Francophonie fête cette année ses 40 ans. 40 ans, c’est la force de l’âge, l’âge auquel on affirme ses choix.

Ce choix, c’est celui d’être un acteur politique ; c’est l’orientation que mon ami Abdou Diouf a donnée à l’organisation internationale de la francophonie. Le sommet que la Suisse accueillera dans un mois à Montreux sera l’occasion de faire entendre nos messages. Faisons connaître notre ambition : mobilisons-nous pour porter ensemble des combats politiques.

Menons une réflexion commune sur les réformes de la gouvernance mondiale ; je pense notamment à l’amélioration de la gouvernance économique, environnementale et sociale, à la lutte contre la volatilité des prix des matières premières ; je pense à la réforme du système financier international, à la réforme du Conseil de Sécurité, à la bonne articulation entre les différentes enceintes multilatérales. Vous le savez, la France assurera bientôt les présidences du G20 et du G8. Heureuse conjoncture que celle qui permet la succession de deux pays francophones à la présidence du G8 ! Je salue à cette occasion l’action du Canada - M. Cannon est parmi nous. La France, à son tour, veillera à ce que le G8/ G20 prenne pleinement en compte les préoccupations des pays francophones.

Mobilisons-nous aussi pour que les positions adoptées à Montreux permettent de structurer les débats sur le changement climatique, à Cancun.

Poursuivons notre action en matière de gestion des crises, dans toutes leurs dimensions, y compris la reconstruction et l’accompagnement électoral. L’OIF peut se prévaloir de succès en la matière. Je pense à son engagement en Mauritanie, en Guinée, en Haïti -où je me rendrai demain, et où notre organisation s’est pleinement investie dans l’éducation et la justice.

Mobilisons-nous pour les droits de l’homme et les libertés. Dix ans après la déclaration de Bamako, notre vigilance doit être sans relâche. Je voudrais, à cette occasion, appeler votre attention sur l’initiative que j’ai engagée, avec mon collègue néerlandais, Maxime Verhagen pour promouvoir la liberté d’expression sur internet. Nous réfléchissons notamment à la façon de renforcer notre appui aux cyberdissidents ou de donner une traduction juridique à l’universalité d’internet ; un groupe pilote de pays se constitue, qui vous est bien sûr ouvert.

Le risque qui nous guette, nous francophones, n’est pas le déclin : c’est d’oublier notre force. Les pays francophones constituent un tiers des membres de l’ONU - c’est considérable.

Quant à la francophonie à l’ONU, nos positions sont bien connues.

C’est d’abord, tout simplement, le respect du statut de la langue française comme langue officielle et langue de travail ; la France, sachez le, M. le Secrétaire général, a apprécié l’accueil que vous avez réservé au Représentant personnel du Président de la République pour la Francophonie, M. Jean Pierre Raffarin, lors de sa mission à New York, et les initiatives que vous et vos collaborateurs avez prises en faveur de la langue française. Toutefois, la marge de progression reste grande pour parvenir à une parfaite prise en compte de la diversité linguistique dans un monde guetté par l’uniformisation.

Notre exigence, c’est un traitement équitable des candidatures et de l’apport des personnels francophones, au siège et sur le terrain, avec une priorité toute particulière accordée au renforcement des effectifs francophones aux opérations de maintien de la paix.

L’espace francophone concentre - malheureusement - plus de la moitié des casques bleus. Alors je pose une question : comment le maintien de la paix peut il être assuré de façon satisfaisante par des gens qui ne parlent pas un mot de français ? C’est, l’expérience me l’a enseigné, par l’établissement d’une relation de confiance avec les autorités, les administrations, les populations que passe le succès des opérations ! Et la sécurité des personnels de l’ONU !

Monsieur le Secrétaire général, nous sommes sensibles à votre action en faveur de la Francophonie. Notre réunion amicale de ce soir est l’occasion de vous encourager à la poursuivre.

Je vous remercie et vous laisse la parole./.



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