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24 septembre 2010 - Réunion de haut niveau sur le désarmement - Intervention de M. Jacques Audibert, Directeur général des Affaires politiques et de sécurité

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire général,

Mesdames et Messieurs les ministres,

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi, Monsieur le Secrétaire Général, de vous remercier et de vous féliciter à mon tour pour votre initiative. Il est plus qu’opportun aujourd’hui de réfléchir ensemble au rôle essentiel que joue le désarmement pour la paix et la sécurité internationales ainsi qu’aux améliorations à apporter à ce qu’il est convenu d’appeler la " machinerie " du désarmement.

Mon pays reprend bien sûr à son compte les propositions faites par l’Union Européenne. Je préciserai ici la position française.

Au regard de la violence du monde d’aujourd’hui, le renforcement de la sécurité collective, le désarmement et la lutte contre la prolifération doivent demeurer notre priorité commune, à la première place de l’agenda international.

Pour assurer la sécurité collective, la communauté internationale et la communauté du désarmement doivent se mobiliser, ensemble. Car ne perdons pas de vue qu’il n’y a pas de sécurité collective sans désarmement ; qu’il n’y a pas de désarmement sans sécurité collective. Le désarmement n’est possible que s’il existe déjà un climat de sécurité et de confiance. C’est seulement lorsque ce sentiment de sécurité existe que le désarmement est possible.


Monsieur le Secrétaire Général, Mesdames et Messieurs,

Un multilatéralisme efficace doit d’abord s’attacher à résoudre les vrais problèmes de notre temps. Il en est ainsi de la dernière Conférence d’examen du TNP dont le succès a montré que, pour la première fois, la communauté internationale était prête à se saisir de la question nucléaire de façon globale et équilibrée. Faisons en sorte que chaque Etat Partie remplisse la part qui lui revient des plans d’actions adoptés par consensus ; nous aurons alors collectivement progressé vers un monde plus sûr.

En ce sens, nous avons invité nos partenaires du P5 à Paris l’an prochain pour une première réunion de suivi de la Conférence d’examen. Cette démarche illustre la volonté des Etats dotés de poursuivre la mise en œuvre d’actions concrètes destinées à assurer le plein respect de leurs engagements à l’égard du Traité. La réunion s’inscrira aussi dans la logique de transparence promue par le Président de la République à Cherbourg en 2008, et établie il y a un an à Londres entre les mêmes partenaires.

A titre national, la France portera dans tous les forums - y compris au G8 dont nous assurerons la présidence l’an prochain - un effort particulier sur la réduction d’un des plus graves dangers qui pèsent sur notre planète aujourd’hui, à savoir la prolifération nucléaire, dont la crise nucléaire iranienne souligne chaque jour l’acuité. Le renforcement du régime de non prolifération est pour nous une priorité absolue, avec notamment l’entrée en vigueur du Traité d’Interdiction Complète des Essais nucléaires (TICE), l’ouverture indispensable de la négociation d’un Traité " cut-off " interdisant la production de matières fissiles pour des armes nucléaires -, et le renforcement des moyens de vérification et d’inspection de l’AIEA. Nous devons également poursuivre nos efforts concrets de désarmement nucléaire, en gardant toujours à l’esprit que le désarmement est une responsabilité collective. Je relève que, dans ce domaine, l’amélioration du contexte international précède toujours chaque nouvelle étape de réduction des arsenaux. Ainsi la baisse considérable du nombre de têtes et de vecteurs nucléaires aux Etats-Unis, en Russie, en France et en Grande Bretagne depuis vingt ans a-t’-elle été rendue possible par la chute du Mur et la construction d’une Europe enfin réunie.

Permettez-moi de souligner que, dans le domaine du désarmement nucléaire comme pour les autres aspects du désarmement, notre engagement se traduit en actes concrets : ratification du TICE il y a plus de douze ans, cessation de la production de matières fissiles pour les armes nucléaires dès 1992, démantèlement dès 1996 de nos installations de Pierrelatte et Marcoule consacrées à la production des matières fissiles pour les armes nucléaires. Et je me félicite, à cet égard, que le plan d’action adopté en mai dernier par la Conférence d’examen du TNP ait appelé, pour la première fois, au démantèlement des installations de production de matières fissiles pour les armes. Nous avons par ailleurs éliminé de moitié notre arsenal total et fait, il y a plus de deux ans déjà, la transparence sur notre arsenal total (moins de 300 têtes nucléaires). Faisons en sorte de convaincre toutes les puissances nucléaires de rendre public le chiffre total de leur arsenal et de respecter un moratoire immédiat sur la production des matières fissiles pour les armes nucléaires.

Mais il faut souligner que seule une dynamique soutenue de résolution des graves tensions qui affectent, de façons différentes mais toujours extrêmement dangereuses, tant le Moyen Orient que le l’Asie du Sud et la péninsule coréenne, permettra des progrès décisifs du désarmement nucléaire dans ces régions du monde.

Nous devons donc travailler simultanément à des stratégies ciblées de règlement de ces tensions et au renforcement des mécanismes de sécurité collective. C’est par cette voie, à la fois étroite et réaliste, que nous ferons des progrès tangibles vers le désarmement réel, et que nous rendrons l’élimination des armes nucléaires réalisable à terme.

Monsieur le Secrétaire Général, Mesdames et Messieurs,

La question nucléaire ne doit évidemment pas occulter les autres négociations multilatérales de désarmement. Nous devons progresser dans la voie du désarmement, sans limiter notre réflexion et notre ambition. La mobilisation de tous demeure nécessaire dans tous les domaines : biologique, chimique, conventionnel, prolifération balistique ou espace. Il s’agit non seulement d’améliorer la sécurité internationale mais aussi d’empêcher que le désarmement nucléaire ne puisse être compensé par une nouvelle course aux armements dans ces domaines.

Trois négociations ont abouti depuis une quinzaine d’années et la France s’en félicite d’autant plus qu’elle y a pris une part active. La convention d’Ottawa sur les mines anti-personnel, le protocole sur les restes explosifs de guerre, la convention d’Oslo sur les armes à sous-munitions ont au demeurant un point commun : elles concernent les armes conventionnelles entrainant les dommages humanitaires les plus considérables. Il faut y voir l’influence bénéfique et la capacité de mobilisation de la société civile, dont la place dans le dispositif multilatéral doit être encore renforcée.

Enfin, nous nous félicitons de l’ouverture réussie, en juillet dernier ici même, des travaux préparatoires à l’adoption d’un Traité sur le Commerce des Armes. Certes, il ne s’agira pas de désarmement mais de régulation. Cependant, le fait que l’ONU accepte enfin de débattre de ce sujet éminemment sensible montre, là encore, une amélioration du climat international et l’émergence de préoccupations fortes de protection des populations.

Nous devons aussi faire en sorte de préserver l’utilisation de l’espace à des fins pacifiques. La sécurité des activités spatiales, la préservation de l’accès à l’espace, sont des enjeux prioritaires.

J’en arrive à la question de l’efficience des forums.

Depuis maintenant plus d’un an, toutes les instances de négociation concernées par le désarmement et la non prolifération ont permis des avancées importantes, à l’exception notable de la Conférence du Désarmement.

Pourtant, nous avons été, en mai 2009, très proches d’un redémarrage de ce forum avec l’adoption, par consensus je le souligne, d’un nouveau programme de travail prévoyant notamment l’ouverture de la négociation d’un traité " cut off ".

Nous partageons les légitimes frustrations des uns et des autres nées du blocage de la CD. Nous devons réfléchir ensemble aux causes réelles de ce blocage et, comme l’Union Européenne, faire des propositions constructives pour sortir de l’impasse. Mais là encore, soyons clairs. Des améliorations de procédure ou la nécessaire actualisation d’un agenda qui date de la guerre froide ne suffiront pas. L’arrêt des travaux de la CD a pour origine des antagonismes de nature politique.

Et nous devons d’abord, ensemble, insister auprès de ceux qui pensent tirer avantage de ce blocage, qu’ils vont désormais à contresens de l’histoire, car pour la première fois depuis l’apparition des armes nucléaires, la volonté de l’immense majorité des pays de voir s’ouvrir la négociation sur le " cut off " rencontre celle des pays du P5. Et nous souhaitons, bien entendu, que cette négociation soit menée à la CD dont c’est la vocation. J’ajoute qu’une négociation qui n’inclurait pas tous les pays principalement concernés n’aurait guère de sens et serait même déstabilisante, puisqu’elle imposerait de nouvelles contraintes à ceux qui ont de fait déjà cessé de produire ces matières, tout en laissant aux autres toute latitude pour continuer à les accumuler.

Telles sont, Monsieur le Secrétaire Général, Chers Collègues, quelques unes des réflexions dont je tenais à vous faire part - en vous réaffirmant que la France sera toujours présente, disponible et active pour agir en faveur de l’efficacité des instances multilatérales, afin que progresse cette gouvernance mondiale axée sur la paix et sur la sécurité de tous que nous appelons de nos vœux.



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