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23 septembre 2013 - Consultation informelle de la Francophonie sur la gestion des crises dans l’espace francophone - Intervention de Mme Benguigui, ministre déléguée auprès du ministre des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie

Monsieur le Président,
Monsieur le Représentant du Secrétaire Général de l’OIF,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Chers collègues,

C’est avec plaisir que je prends part à cette deuxième concertation ministérielle informelle francophone, à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations Unies.

Je remercie la République Démocratique du Congo et son Ministre des Affaires Etrangères, Raymond TSHIBANDA, d’avoir pris l’initiative de cette réunion.

J’espère que la tradition s’installera au fil des sessions annuelles de l’Assemblée Générale. Il en va de la visibilité de la Francophonie dans le champ de la diplomatie multilatérale et au sein du Système des Nations Unies.

Cette visibilité est apparente dans l’action développée par l’OIF dans le domaine de la paix, la démocratie et les droits de l’Homme (que ce soit il y a quelques années en Mauritanie ou en Guinée, en Côte d’Ivoire, et actuellement à Madagascar, au Mali et en République centrafricaine).

Cette voix francophone doit être maintenue et entendue avec toujours autant de vigueur que celle imprimée par Abdou DIOUF.

En cela, le groupe des ambassadeurs francophones et les Représentations permanentes de l’OIF constituent un excellent relais auprès des organisations internationales pour assurer la présence francophone dans les débats. Cette présence étant en elle porteuse de valeurs humanistes.

C’est à ces valeurs fondamentales de la Francophonie, que le thème choisi nous renvoie.

La paix, la protection et la solidarité…

Ces valeurs renvoient d’abord à la situation des femmes dans l’espace francophone.

Car il y a une paix durable quand les femmes sont impliquées dans les processus de sortie de crise (comme le prévoit la résolution 1325) ; La lutte contre l’impunité, la poursuite des auteurs de violences sexuelles durant les conflits contribue à la stabilisation.

C’est la réalité constatée sur le terrain, tout au long de ces dernières années.

Dès ma prise de fonction, lors de mon déplacement en République Démocratique du Congo (RDC), j’ai été confrontée aux drames subis par les femmes de l’Est de ce pays. Des centaines de milliers de femmes et fillettes violées par les forces et groupes armés mus en escadrons de violeurs. Le viol est devenu une arme de guerre. Et, c’est bien dans l’espace francophone que se déroule cette tragédie. J’en ai tiré un constat :

Le statut des femmes est un baromètre implacable de la situation des États.

Si celui-ci n’est pas respecté cela est symptomatique de la situation politique et sociale des pays concernés.

Que ce soit dans les conflits ou dans les révolutions, les femmes sont en perte de droits. Leurs droits ne sont jamais acquis même si la francophonie porte les valeurs d’émancipation. Nous devons rester vigilants quant à leur respect.

J’ai donc décidé, avec le soutien du Chef de l’État et l’appui du Gouvernement, de mettre au cœur de mon ministère la lutte pour le droit des femmes dans l’espace francophone.

Et, dans cet espace de 800 millions de locuteurs prévus à l’horizon de 2050, dont 80% vivant en Afrique et près de 52% de femmes, l’Afrique (dont le taux de croissance moyen est après l’Asie le plus important au monde avec 6% annuels) et les femmes africaines représentent les champs de développement de la Francophonie :

Les femmes sont les leviers de la croissance économique de l’espace francophone.

C’est dans ce sens que j’inscris mon action dans la perspective du prochain forum des femmes francophones, prévu pour le 20 mars 2014, et dont la thématique sera : Femmes actrices du développement – Femmes actrices de la francophonie économique

Et, Monsieur le Président, Chers collègues,

Je souhaite avec vous revisiter trois de ces valeurs auxquelles fait écho le thème choisi, à savoir : la paix, la protection et la Solidarité.

I – Tout d’abord, la solidarité entre les États membres.

Au-delà du principe posé par les textes de la Francophonie, nous avons ensemble, Maliens, Africains et Français, en alliés, œuvré, cette année, à préserver l’intégrité territoriale malienne et à aider ce grand pays à recouvrer l’ordre constitutionnel.

La maturité politique du peuple malien et le bon déroulement des élections auquel a notamment contribué l’OIF font que le Mali dispose désormais d’un Président dont la légitimité est incontestée. S’ouvre désormais le vaste chantier de la réconciliation nationale et de la stabilisation.

Pour être durable, ce retour à la paix et l’entreprise de stabilisation engagée nécessite de demeurer vigilants face aux dangers qui continuent de menacer la région du Sahel.

Aujourd’hui la France souhaite que la solidarité qui nous unit au Mali conduise à sa réintégration rapide au sein de la famille francophone.

J’espère qu’un consensus se formera en ce sens au sein des instances francophones afin que ce pays puisse être parmi nous lors de la prochaine conférence ministérielle de la Francophonie, au mois de novembre prochain.

Comme l’a dit le Président de la République, lors de l’ouverture des Jeux de la Francophonie que nous venons d’accueillir, notre préoccupation porte également sur le Liban, la République Centrafricaine et la République Démocratique du Congo.

La France en appelle à la préservation de la paix au Liban qui se relève de longues crises ; à l’imposition de la paix à l’est de la RDC et au rétablissement de la sécurité et la paix en République centrafricaine. Une concertation accrue entre nos États permettra d’aider à accélérer le retour à la paix et à la stabilité dans tous ces pays.

2 – Deuxième objectif : la protection des populations civiles.

Cette responsabilité fondamentale de chaque État est aussi un objectif que nous devons poursuivre au niveau de la Francophonie. Car comme moi vous le savez, vous l’avez vu, ce sont les populations civiles qui sont les premières victimes des crises et des conflits armés. Que ce soit dans le cadre des révoltes et révolutions traversées par nos amis de Tunisie ou d’Égypte…

Que ce soit plus dramatiquement dans le cadre des violences subies par les femmes et les enfants dans les conflits armés.

Et, vous le savez, combien je suis particulièrement préoccupée par les situations subies par les femmes dans ces situations.

Dès 2012, à 5 km de la ligne de front à Goma, en RDC, j’ai, avec les femmes congolaises déplacées de guerre dénoncé les exactions subies du fait d’escadrons de violeurs, là où le viol était érigé en arme de destruction massive avec son lot de malheurs…

« le corps des femmes est devenu le nouveau champ de bataille ! » Ce constat et les actions engagées sur le terrain avec d’autres Etats francophones, m’ont amené à organiser, sous la Direction du Chef de l’État, le premier forum mondial des femmes francophones le 20 mars dernier à Paris.

Plus qu’une rencontre qui aura mobilisé plus de 700 participantes venues des 5 continents, cette rencontre aura donné lieu au Plan d’Action Francophone sur les Violences faites aux Femmes. Je voudrais que chacun d’entre vous se saisisse de ce plan pour en assurer une mise en œuvre effective dans l’espace francophone.

Plus largement le constat que les droits des femmes, dans de nombreux pays, sont menacés quand la démocratie et la sécurité régressent m’amène à travailler, avec votre concours à tous, à inscrire de manière spécifique le droit des femmes dans les textes fondateurs de l’OIF. Travaillons-y dans la perspective des prochains travaux ministériels de l’Organisation.

Car, chers amis, les femmes francophones comptent sur nous pour lutter contre ces crimes et l’impunité dont bénéficient trop souvent les auteurs de tels crimes.

C’est ce que les femmes centrafricaines, que j’ai reçu en juillet dernier, souhaitent également.

J’organiserai à nouveau en mars 2014 le deuxième forum mondial des femmes francophones. A cette occasion, nous pourrons établir les conditions et les mécanismes permettant aux femmes de pleinement jouer leur rôle dans leurs sociétés en tant qu’Actrices politiques, Actrices économiques et Actrices éduquées.

Car tel est le désir des femmes et tel est l’égalité de traitement que nous nous devons dans l’espace francophone.

C’est le désir des femmes de la région des grands lacs, tel qu’exprimé lors de la conférence internationale réunie en juillet par Mary Robinson au Burundi. La consolidation de la paix dans les pays ne peut se faire sans l’apport des femmes et surtout sans la justice et la protection dues aux populations civiles.

J’aurai l’occasion, dès ce vendredi, en marge des travaux de l’Assemblée générale, à l’occasion d’un déjeuner de travail, de développer avec les agences et acteurs concernés par ce sujet, le cadre de notre prochaine rencontre de Paris, prévue le 20 mars 2014.

3- Enfin, troisième objectif, la consolidation de la paix passe aussi par le Développement durable ...

C’est pourquoi, il est indispensable que la Francophonie poursuive ses efforts pour la mise en œuvre des Objectifs du Millénaire pour le Développement et s’investisse pleinement dans la définition de l’agenda international du développement qui leur succèdera après 2015. Cela est un enjeu pour nous francophones qui sommes concernés au premier chef, pour bon nombre d’entre nous, par le développement.

Car si des progrès ont été réalisés depuis 2000, des disparités demeurent.

Je suis donc favorable aux concertations francophones que nos pays pourront engager dans le cadre du débat à venir sur les objectifs post-2015. Il est utile que d’ores et déjà nous anticipions ensemble les débats. Je suis à votre disposition pour que nous engagions des travaux dans ce sens.

Par ailleurs, comme vous le savez la France s’est proposé d’accueillir en 2015, la 21ème conférence des Etats parties à la Convention des Nations Unies sur les changements climatiques. Nous mettons beaucoup d’espoir sur la recherche de solutions consensuelles permettant d’avancer résolument dans la voie d’une meilleure prise en compte des risques du réchauffement climatique.

Là aussi, je souhaite que la voix francophone permette d’aider à l’élaboration des compromis indispensables entre États pour qu’émerge la défense d’intérêts communs préservant notre planète et les générations futures.

Et, j’ai pu personnellement mesurer le 15 septembre dernier à Nice aux côtés du Ministre ivoirien de la Francophonie, combien l’écologie et la préservation de la nature étaient au cœur des préoccupations des jeunes francophones. Non pas ceux du Nord uniquement mais ceux du Sud également. C’est d’ailleurs, une jeune ivoirienne, Mademoiselle CAMARA, qui a emporté le concours de création écologique de la 7ème édition des jeux de la Francophonie. Qui ont été le plus grand rassemblement de la jeunesse francophone.

Et cette paix, cette sécurité et ce développement durable, que vous avez souhaité évoquer aujourd’hui, nous nous les devons à nos pays, à nous-même mais surtout à notre jeunesse.

Je vous remercie de votre attention.

En savoir plus sur les droits des femmes et sur la paix et la sécurité



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