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26 septembre 2011 - Quatrième Forum de suivi des Engagements de Paris - Intervention de M. François Zimeray, Ambassadeur aux droits de l’Homme

Je suis heureux d’ouvrir le Quatrième Forum de Suivi des Principes et Engagements de Paris et je voudrais remercier tout particulièrement la Représentante spéciale du Secrétaire Général des Nations Unies pour les enfants et les conflits armés, Mme Coomaraswamy, les représentants de l’UNICEF, ainsi que l’ensemble des participants à ce Forum.

Le sort des enfants soldats et des enfants associés aux conflits armés, est l’une une cause qui nous est chère. La France, comme vous le savez, est fortement mobilisée sur cette question. Nous avons organisé, avec l’UNICEF et la Représentante spéciale du Secrétaire Général des Nations Unies pour les Enfants et les Conflits armés, en février 2007, la Conférence " Libérons les Enfants de la guerre ". Cette conférence avait été l’occasion d’adopter les " Engagements de Paris ", déclaration politique novatrice relative à la protection, la libération et la réinsertion des enfants associés aux conflits armés et qui avaient été alors adoptés par 59 Etats. De nouveaux soutiens aux Engagements de Paris ont été recueillis lors des trois précédents Forums de Suivi. Le soutien est aujourd’hui encore plus massif.

Je suis heureux d’annoncer aujourd’hui que 5 nouveaux Etats adhèrent aux Engagements de Paris : Angola, Arménie, Bosnie-Herzégovine, Costa Rica et Saint-Marin. Je suis donc particulièrement heureux d’annoncer que nous avons franchi le cap des 100 Etats ayant endossé les Engagements de Paris.

Cela témoigne de l’ampleur de la mobilisation pour lutter contre ce fléau.

Comme l’indique la Représentante spéciale dans son dernier rapport, d’importants progrès ont été réalisés. Près de 10 000 enfants ont été démobilisés depuis l’an dernier. De nouveaux plans d’action ont été signés (avec l’Armée de libération du Soudan-Free Will en juin 2010, l’armée de libération du Soudan-Mother wing en août 2010, avec le gouvernement afghan en janvier 2011, avec le gouvernement Tchadien en juin 2011). La ratification du Protocole facultatif concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés progresse, 141 Etats l’ayant ratifié à ce jour. Il y a ici à New York et dans les capitales, des gens qui suivent bataillon par bataillon les enfants démobilisés.

Toutefois, comme nous le savons tous, beaucoup reste encore à faire.

Il y a encore plusieurs centaines de milliers d’enfants impliqués dans les conflits armés à travers le monde. Il est fondamental que la communauté internationale continue ses efforts et renforce son engagement pour éradiquer ce phénomène. La France a soutenu, en 2010, la Conférence régionale de N’djamena, à l’issue de laquelle six pays africains (Cameroun, Niger, Nigeria, République centrafricaine, Soudan, Tchad) se sont engagés à " garantir qu’aucun enfant de moins de 18 ans ne prenne part, directement ou indirectement, à des hostilités et le cas échéant à prévenir toute forme de recrutement ". Elle a également contribué à l’adoption par l’Union européenne de lignes directrices sur les enfants et les conflits armés (2003) qui ont donné lieu à l’élaboration d’une stratégie de mise en œuvre ciblant 19 pays prioritaires, révisée en décembre 2010.

La France continuera à jouer un rôle actif au sein du Groupe de travail sur les enfants et les conflits armés, présidé aujourd’hui par l’Allemagne, et que je tiens à saluer. Le Groupe de travail, chargé d’examiner les rapports du mécanisme de surveillance, joue comme vous le savez un rôle central dans le dispositif de lutte contre le phénomène des enfants-soldats.

Je salue par ailleurs la mobilisation du Conseil de Sécurité, qui a permis l’adoption le 12 juillet dernier de la résolution 1998. Elle permet d’ajouter les attaques contre les écoles et les hôpitaux, et leur personnel, parmi les critères de listage des parties annexées au rapport annuel du Secrétaire général (" liste d’infamie "). Ce sont en effet, selon l’UNESCO, 28 millions d’enfants qui n’ont pas accès à l’éducation primaire dans les pays en conflit. La résolution 1998 constitue un nouveau progrès, après l’adoption en août 2009 de la résolution 1882 qui incluait la question des violences sexuelles à l’égard des enfants dans ces critères. Il y a les principes et les réalités. Nous devons accroitre cette pression. C’est le sens de la résolution 1998 qui demande également au Groupe de travail sur les enfants et les conflits armés d’envisager, dans un délai d’un an, des mesures visant à accroître la pression sur les parties qui persistent à commettre des violations sur les enfants en période de conflit armé. C’est un point fondamental. Chacun est désormais averti, on a passé le temps des sommations. A l’heure actuelle, la possibilité de sanctions est seulement ouverte quand un comité de sanction existe et à condition que son mandat comporte une disposition spécifique. C’est insuffisant. Les violations persistantes doivent être sanctionnées.

La question de la réinsertion se pose, enfin, avec acuité. La France a lancé un projet pluriannuel de coopération dans la région de l’Afrique des Grands Lacs (Burundi, Ouganda, République Démocratique du Congo) et de l’Afrique Centrale et de l’Est (République centrafricaine, Soudan, Tchad), afin d’améliorer la protection des enfants dans les conflits armés et de faciliter leur réinsertion durable.

Dans ces deux régions, les coopérations définies, qui s’appuient sur les Principes de Paris, sont articulées autour de trois composantes :

— protection et assistance, afin de faciliter la réinsertion durable des enfants victimes des conflits armés ;

— prévention et sensibilisation, afin de lutter contre l’utilisation d’enfants dans les conflits armés et de renforcer les droits des enfants dans les conflits armés ; je lisais le journal l’autre jour. Dans un pays que je ne citerai pas, était organisé un concours pour les enfants scolarisés. Le prix du concours était une grenade ;

— renforcement des capacités des communautés et des autorités à prendre en charge la gestion des enfants victimes des conflits armés.

En Afrique centrale et de l’Est, ce projet pluriannuel a notamment permis d’apporter un appui à plus de 1900 ex enfants soldats et à plus de 10 000 autres enfants vivant dans des conditions de vulnérabilité.

Mesdames et messieurs, les enfants ne seraient pas impliqués dans les conflits armés sans la lâcheté des adultes belligérants. Je tiens à vous assurer de la détermination sans faille de la France à lutter contre le phénomène des enfants soldats et des enfants associés aux conflits armés et j’engage les Etats qui ne l’ont pas encore fait à souscrire aux Engagements de Paris.

Je vous remercie./.



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