Twitter Facebook Flickr Youtube RSS Share

26 septembre 2013 - Réunion de Haut niveau sur le Sahel - Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères

Monsieur le Président,
Chers amis et collègues,

Je me rappelle fort bien, comme vous, la réunion que nous avions tenue l’an dernier sur le Sahel. C’était un signal d’alarme que beaucoup d’entre nous avions lancé, notamment le Président de la République française, et quelques mois plus tard, les groupes terroristes se rapprochaient de Bamako.

Des actions ont été menées. Je veux en remercier la communauté internationale. La France n’y a pas été étrangère, et aujourd’hui, nous avons la chance d’avoir parmi nous un Président de la République du Mali, élu démocratiquement et massivement.

Ceci veut dire que l’action paie. Ceci veut dire aussi, et je sais que c’est une idée partagée de tous, que ce qui est advenu au Mali aurait pu sans doute advenir ailleurs. C’est la raison pour laquelle les Nations unies ont eu tout à fait raison, M. le Président Romano Prodi, de lancer une stratégie intégrée d’action dont vous êtes l’un des principaux porteurs. Nous savons tous que le Sahel reste une région extrêmement fragile : le développement économique y est difficile, la situation humanitaire est préoccupante, les menaces terroristes subsistent, les trafics de toute sorte aussi. Néanmoins, c’est une région qui porte énormément d’espoir. Si nous voulons être efficaces, la France pense que notre action doit se concentrer notamment sur trois aspects.

D’abord, et cela a été fort bien souligné avant moi, nous devons sortir des logiques héritées du passé purement nationales et renforcer la dimension régionale, pour la raison simple que le développement économique, pas plus que les trafiquants de drogue ou d’armes, ne connaissent les frontières entre pays ni les frontières entre organisations régionales. De ce point de vue-là, je veux appeler votre attention sur le sommet prévu à Paris au mois de décembre entre l’Afrique et la France, où nous aborderons les questions de sécurité dans l’ensemble de l’Afrique, de développement et de climat, toutes ces questions étant liées.

Un deuxième aspect sur lequel je veux brièvement attirer l’attention, c’est la lutte contre la radicalisation. Nous devons investir dans l’économie, dans l’éducation, dans la création d’opportunités de toute sorte, en particulier pour la jeunesse, dans les infrastructures. Il est un point que je voudrais relever, l’un d’entre nous l’a fait et je sais qu’il est très délicat, c’est la question de la fertilité démographique. Car enfin, sans avoir besoin d’être un grand spécialiste de l’économie, si l’intégralité de la croissance est mangée par le développement incontrôlé de la démographie, alors on ne peut pas avancer. C’est un sujet très délicat qui tient aussi à des aspects culturels, mais que nous ne pouvons pas passer sous silence quand nous voyons les perspectives démographiques qui sont promises à certains Etats du Sahel.

Troisième élément, nous devons agir, vous le faites, pour l’émergence d’Etats solides et d’Etats vertueux. En fait, quand on regarde ce qui s’est passé, nous avons énormément investi financièrement dans le Sahel. Mais, ayant l’honnêteté de reconnaitre que les résultats n’ont pas été à la hauteur en grande partie à cause d’une mal gouvernance dans laquelle chacun doit prendre sa part de responsabilité, y compris les bailleurs internationaux, dont la France. Là aussi, les axes qui ont été proposés dans différents rapports, une décentralisation maîtrisée, un meilleur contrôle des dépenses publiques, une plus grande transparence en matière d’aide internationale, tout cela est certainement nécessaire. A titre bilatéral, la France est le deuxième bailleur au Sahel avec plus de 300 millions d’euros d’aide par an, après les Etats-Unis, sans compter bien sûr la coopération technique et la coopération en matière de sécurité.

Je terminerai ce court propos en remerciant à la fois le Secrétaire général M. BAN Ki-moon, notre ami M. Romano Prodi, vous toutes, vous tous, pour la contribution exceptionnelle que vous donnez à la stratégie intégrée du Sahel. Je voudrais aussi dire, et ceci ne surprendra personne, que dans le futur, tant au sein de l’Union européenne que des Nations unies, et pour sa propre part, vous pouvez compter sur la France pour être fidèle au développement du Sahel. Et d’ailleurs, lors de la présidence française du Conseil de sécurité au mois de décembre prochain, j’entends proposer une réunion spéciale sur le Sahel qui permettra d’ailleurs sans doute de tirer le bilan du voyage fort opportun que le Secrétaire général des Nations unies et d’autres collègues effectueront dans le Sahel au mois de novembre.

La France sera à vos côtés.

Merci.



Bookmark and Share
Bookmark and Share
Rss
Organisation des Nations Unies Présidence de la République France Diplomatie La France à l'Office des Nations Unies à Genève Union Européenne Première réunion de l'ONU