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27 septembre 2010 - Enfants dans les conflits armés - Forum ministériel sur le suivi des Engagements de Paris - Intervention de M. François Zimeray, ambassadeur chargé des droits de l’Homme

Retrouvez les déclarations à la presse faites par M. Zimeray à l’issue du Fourm ministériel


Mesdames, Messieurs les Ministres

Monsieur le Directeur général,

Madame la Représentante spéciale,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs les représentants de la société civil et en particulier des ONG qui travaillez sur le terrain,

Je voudrais tout d’abord très simplement et très sincèrement vous remercier, au nom au nom de Bernard KOUCHNER, qui aurait voulu être ici aujourd’hui et qui regrette très profondément de ne pas pouvoir présider cette session. Tous ceux qui, comme lui d’ailleurs, mais il y en a beaucoup dans cette salle, ont été au moins une fois dans leur vie confrontés à ce drame d’entre les drames que constitue le phénomène des enfants soldats, ne peuvent pas en demeurer intacts. C’est pourquoi, dès son arrivée au gouvernement français, Bernard Kouchner a souhaité mobiliser la communauté internationale autour de ce thème, celui de la réintégration des enfants soldats, et ça a été le forum de Paris, les Engagements de Paris il y a maintenant 3 ans. Nous en avons fait, pour la France mais également pour l’Union Européenne, une véritable priorité. Alors qu’attendre de cette troisième réunion du forum de suivi des Engagements de Paris ? Au-delà de l’annonce d’engagements qui seront prononcés dans quelques instants, d’abord une évaluation, indispensable. Rendre compte, la responsabilité, de ce que nous avons fait en 3 ans. Et vous verrez je pense que cela en vaut la peine. Ensuite, un échange d’expériences, des bonnes pratiques, ce qui marche, ce qui ne marche pas. Ce que l’on fait, et ce que l’on pourrait mieux faire. Et puis, un but, faciliter la mise en place de financements, pour tout simplement permettre à l’Unicef de mettre en œuvre plus facilement ses programmes. Vous savez, en politique on reproche souvent aux dirigeants de ne pas faire ce qu’ils disent. Mais s’il y a un reproche que l’on peut se faire à soi-même, et c’est vrai au plan national comme au plan international, c’est de ne pas toujours dire ce que l’on fait, et vous verrez s’agissant des enfants soldats, je pense que cela vaut la peine de rappeler que c’est en Février 2007 que la France et l’UNICEF ont organisé à Paris une conférence internationale qui a permis de faire adopter à ce moment là par 59 Etats, une série de principes novateurs, appelés les Engagements de Paris. Nous recueilli de nouveaux soutiens aux Engagements de Paris lors des deux premiers forums de suivi, et moi je suis heureux de pouvoir annoncer aujourd’hui que onze nouveaux Etats endossent les Engagements de Paris : l’Arabie Saoudite, le Cap Vert, la Corée du Sud, le Gabon, la Géorgie, l’Islande, la Lettonie, la Nouvelle-Zélande, la Serbie, le Togo et l’Uruguay, portant à 95 le nombre d’Etats y ayant souscrit. Nous avons presque atteint notre objectif de voir les Engagements endossés par la moitié de l’Assemblée Générale. Et comme vous pouvez le constater, ces nouvelles adhésions viennent des cinq continents. Nous nous en réjouissons vraiment, car cela témoigne de l’ampleur du consensus qui unit la communauté internationale pour s’attaquer à ce fléau des enfants-soldats.

Pour y faire face, nous avons adopté des instruments juridiques contraignants au niveau des Nations Unies. A cet égard, en ce dixième anniversaire des protocoles facultatifs à la Convention sur les droits de l’enfant, je tiens à souligner que la France continuera de jouer un rôle actif pour promouvoir la campagne du Secrétaire Général en faveur de la ratification universelle du protocole facultatif sur la participation des enfants aux conflits armés. Au-delà, je souhaite aussi saluer le travail extraordinaire de la Cour Pénale Internationale et de la justice pénale internationale. La lutte contre l’impunité doit être plus que jamais une priorité.

Dans le cadre du Conseil de sécurité, nous avons mis en place un mécanisme de lutte inédit jusque là. Moins d’un an après l’adoption à l’unanimité de la résolution 1882, en août 2009, le Conseil de sécurité a adopté une importante déclaration présidentielle, dans laquelle il marque sa disposition à adopter des sanctions, à l’égard des violateurs persistants. Toutes ces avancées n’auraient pas été possibles sans le rôle moteur joué par le Mexique à la Présidence du groupe de travail du Conseil de sécurité. Elles ont été rendu possibles, aussi, grâce à la mobilisation constante de tous les autres membres du Conseil de sécurité, de la Représentante spéciale du Secrétaire Général, Mme Coomaraswamy, et de l’UNICEF au plus haut niveau - je salue la présence de M. Lake parmi nous aujourd’hui -, ainsi que grâce à l’engagement des autres acteurs de terrain, et en particulier les ONG. Mais le suivi des conclusions du groupe de travail pourrait être mieux assuré. Grâce à l’établissement de partenariats avec les donateurs, notamment, pour s’assurer que les enfants libérés, une fois libérés par les groupes armés, et tous les autres enfants victimes de violations bénéficient de soins et de programmes de réintégration adaptés. C’est sur ce point que l’action du groupe de travail et de ce forum de suivi sont les plus complémentaires et doivent je l’espère permettre des avancées significatives.

Voilà ce qui a été fait, en peu de temps, au plan institutionnel, au plan politique. Est-ce que c’est suffisant ? Non, ces efforts n’en restent pas moins insuffisants face à l’ampleur de la tâche. Parce que derrière les concepts, il y des réalités. Et nous ne devons jamais perdre de vue la réalité tragique à laquelle sont confrontés des centaines de milliers d’enfants et bien sûr de familles. L’actualité vient trop souvent nous le rappeler : en Birmanie, en République Démocratique du Congo, au Soudan, au Tchad, … Ce forum de suivi des Engagements de Paris doit nous permettre de rester mobilisés et de redoubler d’efforts. Je disais toute à l’heure, ce qui a été accompli en peu de temps, 3 ans qu’est-ce-que c’est à l’échelle de la marche du monde ? C’est très peu de choses, mais à l’échelle de la vie d’un enfant, d’un être humain, c’est considérable.

Il doit être aussi l’occasion de saluer les progrès enregistrés, comme par exemple au Népal, où se rendra prochainement le groupe de travail du Conseil de sécurité, pour soutenir les efforts remarquables accomplis là depuis le début de l’année au profit de, avec la démobilisation de 4.000 enfants-soldats ex-maoïstes.

Permettez-moi d’insister, pour conclure, sur l’importance de la question financière, des besoins financiers nécessaires pour permettre le retour à la vie civile, dans de bonnes conditions, des enfants libérés. Il s’agit de financer des infrastructures d’accueil, des écoles, des centres d’orientation pour aider les enfants libérés à choisir - et non plus à subir - leur avenir. Dans un contexte que vous connaissez de crise économique et financière actuel, c’est un effort difficile, mais absolument nécessaire.

La France mène depuis décembre 2008 un projet pluriannuel d’un montant de 2 millions d’euros mis en œuvre par des personnels très spécialisés dans nos Ambassades à Khartoum et à Kinshasa, pour améliorer la protection des enfants dans les conflits armés dans la région de l’Afrique Centrale et de l’Est, République centrafricaine, Soudan, Tchad, et celle de l’Afrique des Grands Lacs, Burundi, Ouganda, République démocratique du Congo.

Dans ces deux régions, les interventions s’appuient sur les Principes de Paris, et vont dans trois directions : La première, c’est la réinsertion durable, et j’insiste sur le mot durable, parce qu’une réinsertion, une démobilisation, vous le savez bien ici, n’est pas nécessairement irréversible des enfants victimes des conflits armés ; La seconde, c’est la prévention et sensibilisation afin de lutter contre l’utilisation des enfants et de renforcer leurs droits dans les conflits ; La troisième, c’est le renforcement des moyens des autorités pour prendre en charge la gestion des enfants victimes des conflits armés, notamment par le renforcement de leurs compétences et là souvent, beaucoup, beaucoup est à faire.

J’espère de tout cœur que cet exemple concret inspirera d’autres projets de coopération sur d’autres thématiques en matière de Droits de l’Homme. C’est en restant solidaires, comme nous l’avons fait depuis trois ans, tous ensemble, autour de ce même objectif, que si nous y consacrons des moyens et une énergie suffisants, je pense réellement qu’on peut annoncer qu’on parviendra à éradiquer le fléau des enfants-soldats, à rendre leur humanité aux victimes et à ouvrir la voie à une réconciliation nécessaire au sein des sociétés affectées. C’est en tout cas Mesdames et Messieurs, notre responsabilité, et je n’en connais pas de plus haute.



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