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3 décembre 2012 - Cinquième Forum de suivi des Engagements de Paris - Intervention de M. François Zimeray, Ambassadeur pour les droits de l’Homme

Vers un monde sans enfants soldats

M. François Zimeray, Ambassadeur pour les droits de l’Homme s’exprime lors du Cinquième Forum de suivi des Engagements de Paris - New york - 3 décembre 2012 - Franceonu photo


Mesdames et messieurs les Ministres,
Madame la Représentante spéciale,
Monsieur le Directeur exécutif adjoint de l’UNICEF,
Monsieur le Directeur de Child Soldiers international,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Cher modérateur William Hogue,
Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureux d’ouvrir le Cinquième Forum de Suivi des Principes et Engagements de Paris. Je tiens à cette occasion à féliciter très chaleureusement Mme Leila Zerrougui pour sa nomination en juillet dernier au poste de Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies pour les enfants et les conflits armés et l’assurer qu’elle dispose de l’entier soutien de la France dans l’exercice de sa mission. Je remercie également le Directeur exécutif adjoint de l’UNICEF, M. Martin Mogwanja, et son organisation pour tout le travail accompli sur le terrain pour libérer les enfants de la guerre, ainsi que le travail de toutes les ONG actives sur la question, à commencer par Child Soldiers International, dont je salue la présence parmi nous de son Directeur, M. Richard Clarke.

La lutte contre le fléau des enfants soldats et la protection de l’enfance dans les conflits armés est l’une des priorités françaises en matière de droits de l’Homme. C’est pourquoi, en 2007, nous avons pris l’initiative d’organiser, avec l’UNICEF et la Représentante spéciale pour les enfants et les conflits armés, la conférence « Libérons les enfants de la guerre », qui a mené à l’adoption des Principes et Engagements de Paris.

La barre symbolique des 100 Etats ayant endossé ces Engagements a été atteinte lors du dernier Forum de Suivi en septembre 2011. Je me réjouis d’annoncer aujourd’hui que cinq nouveaux Etats ont endossé ces Engagements, à savoir le Koweit, les Comores, le Yémen, la Guinée Bissau et la Bolivie. Ces nouvelles adhésions, ainsi que la progression de la ratification du Protocole facultatif à la Convention internationale aux droits de l’enfant concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés (150 Etats parties à ce jour, soit 9 de plus qu’en 2011), illustrent la mobilisation toujours plus forte de la communauté internationale pour améliorer le sort des enfants associés aux conflits armés.

Comme le soulignent les différents rapports onusiens sur les enfants dans les conflits armés des progrès considérables dans la lutte contre les enfants soldats ont été réalisés, notamment grâce au mécanisme de surveillance et d’information. Cinq nouveaux plans d’action ont été signés depuis août 2011 portant à 19 le nombre total de plans d’action signés entre les parties au conflit et le bureau de la Représentante spéciale. En outre, et c’est une vraie victoire, deux parties à des conflits ont été retirées de la liste en 2012 du Secrétaire général (Népal et Sri Lanka) après la pleine mise en œuvre de leurs plans d’action.

Comment parler des progrès réalisés en matière de lutte contre les enfants soldats sans mentionner la condamnation à 14 ans de prison de Thomas Lubanga par la Cour pénale internationale le 10 juillet 2012 pour avoir conscrit, enrôlé et fait directement participer aux hostilités des enfants de moins de 15 ans. Cette jurisprudence, combinée avec la condamnation du Tribunal spécial pour la Sierra Leone de Charles Taylor en avril dernier pour complicité de crimes de guerre et crime contre l’humanité, dont l’enrôlement forcé d’enfants de moins de 15 ans, envoie un message fort, notamment aux violateurs persistants. Les responsables de telles exactions ne sont désormais plus hors d’atteinte.

Cependant, et il ne faut pas l’oublier, de nombreuses violations persistent et il est indispensable que la communauté internationale renforce encore son effort. La situation actuelle en Syrie, qui a été ajoutée cette année sur la liste d’infamie, ou au Nord du Mali, où les enfants sont tués, mutilés, utilisés comme bouclier humain, arrêtés, détenus, torturés ou soumis à des mauvais traitements mais aussi enrôlés de force, nous montre qu’il reste encore beaucoup à faire pour que les violences à l’encontre des enfants dans les conflits armés soient réellement et partout éradiquées.

Comme l’a souligné le Secrétaire général dans son rapport annuel, 32 parties à des conflits se trouvent encore sur la liste d’infamie depuis au moins 5 ans, ce qui fait de ces groupes et Etats des violateurs persistants. Dans ce contexte, la France souhaite que soient renforcées les pressions sur les violateurs persistants. Nous pouvons nous appuyer pour ce faire sur les recommandations formulées par l’Ambassadeur de La Sablière dans son rapport : renforcement des pressions au niveau politique ; adoption de sanctions ciblées, notamment par la possible constitution du groupe de travail en comité de sanctions ad hoc ; renforcement du dialogue entre la Cour pénale internationale et le Conseil de sécurité sur les enfants dans les conflits armés.

La France continuera de jouer un rôle actif au sein du Groupe de travail du Conseil de sécurité sur les enfants et les conflits armés. Je tiens par ailleurs à saluer la mobilisation du Conseil de sécurité et l’adoption en septembre dernier de la résolution 2068, qui a permis de conforter le mandat de la Représentante spéciale.

La France est également impliquée sur le terrain dans l’amélioration de la protection et de la réinsertion durable des enfants dans les conflits armés. En effet, elle mène depuis 2008 un programme pluriannuel de coopération dans la région de l’Afrique des Grands Lacs et de l’Afrique Centrale qui s’articule autour de trois axes : la protection et l’assistance, la prévention et la sensibilisation, et le renforcement des capacités des communautés. Ce programme a permis de toucher au moins 13 000 enfants dont 2 000 enfants soldats.

En conclusion, je vous assure du fort engagement de la France à la cause des enfants associés aux conflits armés, et de notre détermination à lutter contre le phénomène des enfants soldats. Les parties ne sont pas égales devant le temps qui passe. Il y a le temps des Etats et des institutions et il y a le temps d’une vie humaine. Un an, ce n’est rien à l’échelle de l’histoire, mais c’est beaucoup pour un adolescent. C’est pour cela que j’engage les Etats n’ayant pas encore adhéré aux Engagements de Paris à le faire sans plus attendre.

Je vous remercie.

Pour en savoir plus sur les enfants dans les conflits armés.



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