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3 mai 2012 - La protection des journalistes dans les conflits armés - Intervention de M. Martin Briens, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies.

Excellences, Madame la sous secrétaire générale aux affaires humanitaires, Mesdames et messieurs,

Je remercie les représentants des Etats et des Nations Unies, mais également les personnalités de la presse et du monde associatif qui ont acceptés de s’associer à cette manifestation organisée conjointement par la France, la Grèce et l’UNESCO.

Votre présence aujourd’hui, témoigne de votre mobilisation et de votre engagement continu pour l’indépendance et la liberté de la presse. Nous célébrons aujourd’hui la journée mondiale de la liberté de la presse et nous le savons, la liberté d’informer est au coeur de toute démocratie. Qu’ils soient journalistes, qu’ils soient reporters de guerre, qu’ils soientfixeurs ou personnel associé, ce sont eux qui, chaque jour nous aident à mieux comprendre le monde et ses évolutions.

Comme l’ont illustré les images diffusées avant ce débat et comme le montre également ces photos dans la salle, et comme l’actualité l’a encore tragiquement démontré au cours des derniers mois, les journalistes continuent à payer un lourd tribu pour pouvoir exercer leur métier.

Plus de soixante journalistes sont morts dans l’exercice de leur métier en 2011 et vingt et un ont déjà perdu la vie en 2012. Plus encore ont fait l’objet d’intimidations, de harcèlements, d’enlèvements, de détentions arbitraires ou de tortures. Je pense, notamment ici, à Gilles Jacquier et Rémi Ochlik, morts à Homs en janvier et février 2012, à Lucas Delega, décédé à Tunis le 17 janvier 2011 alors qu’il couvrait la révolution du Jasmin.

Les photographies de ces trois journalistes, mises à disposition par leurs familles que nous remercions, se tiennent de part et d’autre de ce podium. Bien d’autres noms malheureusement pourraient être cités. J’ai également une pensée toute particulière pour le journaliste français Roméo Langlois, enlevé samedi dernier par les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie, est toujours détenu à ce jour.

Face à la recrudescence de ces drames, nous avons proposé, il y a maintenant plus de cinq ans, avec nos partenaires grecs, un projet de résolution au Conseil de sécurité des Nations Unies. Il a été adopté à l’unanimité le 23 décembre 2006. A travers la résolution 1738, la communauté internationale s’est engagée à accorder une attention accrue à la question de la protection des journalistes dans les conflits armés et le Conseil de sécurité a parlé d’une seule voix en ce sens. C’est un pas décisif. Avec cette résolution, nous avons rappelé à toutes les parties au conflit leurs obligations en matière de protection et de sécurité des journalistes. Nous avons réaffirmé l’obligation de prévenir les crimes perpétrés à l’encontre des journalistes et quand ces crimes sont commis, d’enquêter, d’appréhender les responsables et de les juger.

Plus globalement, l’adoption de cette résolution à l’unanimité a affirmé solennellement notre engagement commun à respecter l’indépendance des journalistes. Le débat d’aujourd’hui doit nous permettre de faire le bilan de l’application de la résolution 1738 et plus généralement d’étudier les moyens d’améliorer la sécurité des journalistes afin que ceux-ci puissent continuer, chaque jour à nous informer comme ils le font aujourd’hui avec courage.

Ce débat sera d’abord l’occasion de marquer un constat. Ce constat, partagé, c’est celui à la fois du progrès qu’a représenté la résolution 1738, créant une norme pour les zones de conflits armés et ayant permis d’améliorer la sensibilisation sur ces questions. Mais aussi celui d’une prise de conscience que sur le terrain, nous voyons toujours autant de journalistes emprisonnés, autant de journalistes tués, autant de journalistes blessés. Se pose donc la question de la volonté de mettre réellement en œuvre cette norme que nous avons développée.

Par la suite, nous tenterons d’examiner quelles peuvent être les pistes pour faire progresser cette mise en œuvre. Certaines suggestions ont déjà été évoquées lors de la session précédente, mais nous allons essayer avec nos intervenants d’entrer de manière plus approfondie dans ce que nous pourrions faire, ce que nous pouvons faire ici, à l’ONU, au Conseil de sécurité, à l’Assemblée générale, dans les organisations des Nations Unis. Ce que nous pouvons faire dans chaque Etat, car comme l’ont dit certains interlocuteurs, cela relève aussi des états membres, non seulement dans les zones de conflits mais aussi chez eux.

Le rôle de la société civile est aussi fondamental afin de sensibiliser gouvernements mais aussi organisations internationales sur ces questions. Celui que peut jouer la profession l’est d’autant plus, car celle-ci est la première concernée ; c’est elle qui est au front, et qui nécessitera les meilleures conditions possibles pour exercer sa fonction.

Un certain nombre de questions se posent : Concrètement, que pourrait on faire pour pour une meilleure protection des journalistes sur le terrain ? Quel rôle pour la formation ? Cela n’est pas la panacée, néanmoins cela peut être utile. Faut-il compléter le cadre légal au niveau international ? Que peut-on faire pour renforcer ce cadre légal au niveau national ? Quels efforts de sensibilisation peuvent être faits ? Quel rôle peut jouer la société civile ? Enfin, une question qui est celle, essentielle, de l’impunité. Quand il y a impunité, les crimes se poursuivent. Comment améliorer la lutte contre celle-ci ?

Je vous laisse maintenant la parole.



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