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5 décembre 2013 - Forum des Parties Prenantes de préparation de la CSW 58 - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

“Implementing the Platform for Action and ensuring a transformative approach to the post-2015 development agenda : key actions and commitments towards CSW58 and beyond”

Madame la Ministre,
Mesdames et Messieurs,
Chers collègues,

Je remercie le Secrétariat de la Commission de la Condition de la Femme pour son invitation. C’est un privilège d’intervenir aux côtés de la Directrice exécutive d’ONU Femmes, et de la Ministre de la Promotion de la Femme et du Genre du Burkina Faso.

Je retiens, de ces deux jours de débats, une grande convergence d’analyse, et le besoin d’avancer maintenant ensemble, de manière concrète et opérationnelle, vers un agenda post 2015 qui prenne pleinement en compte la place des femmes.

1 - Convergence de diagnostic et d’analyse tout d’abord :

Les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) ont contribué depuis l’an 2000 à une diminution sans précédent de la pauvreté dans le monde. Simples, mesurables et visibles, les OMD ont joué un rôle majeur pour mobiliser les acteurs du développement et sensibiliser l’opinion publique.

Ils ont permis des progrès importants de la condition de la femme. Mais ces avancées demeurent inégales et fragiles. Un exemple illustre l’ampleur des défis : l’objectif visant à réduire de 70% la mortalité maternelle n’a pas été atteint. Chaque jour, 800 femmes meurent des suites d’un accouchement. C’est près de 300 000 femmes par an. D’autres exemples ont été cités.

Si nous voulons éradiquer à la fois la pauvreté et les formes de discrimination qui lui sont liées, il faut donc aller plus loin et traiter les racines sociales, institutionnelles et environnementales du problème. C’est l’enjeu des travaux en cours sur des Objectifs de Développement Durable. Notre ambition doit être à la hauteur de cet enjeu : pour la France, l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes doit être au cœur de l’agenda du développement post-2015. C’est un impératif politique, éthique, mais également un investissement sur l’avenir.

Quand nous parlons de femmes, nous parlons de 3,5 milliards de personnes. La moitié de l’humanité, sur laquelle pèsent des discriminations multiformes. La moitié de l’humanité qui combat tous les jours sur le terrain, dans le meilleur des cas pour le plein exercice de droits fondamentaux, mais dans la majorité des cas pour la reconnaissance de ces droits.

Les femmes sont les premières victimes des crises, elles sont aussi les premiers vecteurs de développement. La participation des femmes au marché du travail et aux processus de décision est un facteur direct de croissance. Les études sur la question sont unanimes : l’égal accès des femmes aux ressources productives sauveraient 100 à 150 millions de personnes supplémentaires de la faim.

Ces données justifient un objectif dédié, à part entière, dans l’agenda post 2015 pour le développement. La France y est favorable, comme ONU Femmes, comme le CEDAW, comme beaucoup d’autres pays de toutes les régions du monde y est favorable.

Cet objectif dédié, à part entière, devra bien sûr être accompagné d’une prise en compte transversale du Genre dans tous les autres objectifs par exemple sur la santé.

Dans cet esprit, nous nous félicitons que l’Assemblée Générale ait adopté le 27 novembre dernier la résolution sur le programme d’action de Pékin qui souhaite je cite « que l’objectif de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes soit considéré comme une priorité dans l’élaboration du programme de développement pour l’après 2015 ».

2 – Sur cette base largement consensuelle, comment progresser ?

En termes de procédure et de calendrier, des échéances cruciales se présentent :

Le Groupe de travail ouvert des Etats membres sur les Objectifs de Développement durable se réunira en février avec à son ordre du jour l’autonomisation des Femmes. Il faut s’assurer que l’expertise irremplaçable dont nous avons bénéficié depuis deux jours sera mise à la disposition du Groupe de travail. Il est essentiel que la voix du CEDAW et celle d’ONU Femmes soient présentées, sans doute de manière consolidée. Mme Phumzile a mis un document de travail sur la table, le CEDAW et d’autres partenaires du système sont en train de le nourrir, c’est une contribution dont le Groupe doit avoir connaissance. En marge du Groupe de travail, la France est prête à rassembler les acteurs intéressés pour discuter le contenu et la structure d’un ODD dédié.

La Commission de la condition de la Femme se réunira ensuite en mars 2014, et offrira une occasion unique de cristalliser la discussion.

Sur le fond, quels objectifs précis, quelles cibles envisager ? Là encore, les analyses convergent souvent.

La lutte contre les violences faites aux femmes tout d’abord. Ces violences, qui représentent un obstacle majeur au développement, restent omniprésentes. Aucun pays n’est épargné. Les chiffres parlent : une femme sur trois dans le monde est victime de violences physiques ou sexuelles au cours de sa vie ; 130 millions de femmes ont subi des mutilations génitales. Il ne faut pas nier les pas immenses accomplis ces dernières années : les Nations Unies, sous l’impulsion du Secrétaire General, dont l’engagement personnel doit être, une nouvelle fois, salué, ont pris toute leur place dans ces évolutions, en intégrant cette dimension de lutte contre les abus sexuels au sein de l’Organisation et, sur le terrain, dans les Opérations de Maintien de la Paix - création du poste de Représentante Spéciale, déploiement de conseillers dédiés. La lutte contre les violences faites aux femmes devra donc figurer en bonne place du nouvel agenda du développement. La France, qui présente tous les deux ans a l’Assemblée générale avec les Pays-Bas une résolution sur l’Elimination de toutes les Formes de Violence à l’encontre des Femmes, y est attachée.

Cet agenda devra également intégrer au cœur de ses priorités la santé ; la lutte contre la mortalité infantile et liée à la maternité ; l’accès universel aux droits et à la santé sexuelle et reproductive. Trop de femmes n’ont pas accès aux méthodes modernes de contraception alors qu’il s’agit d’un droit fondamental reconnu il y a 20 ans exactement à la Conférence internationale du Caire.

Le développement ne doit pas seulement bénéficier aux femmes, il doit les inclure dans son principe et sa conception, et notre nouvel agenda post-2015 devra donner aux femmes les chances de maitriser leur avenir et de devenir des acteurs du développement. L’autonomisation économique des femmes est une cible prioritaire, de même que l’égal accès à l’éducation. Aujourd’hui, encore 33 millions de filles dans le monde n’ont même pas la chance d’aller à l’école primaire et de recevoir une instruction élémentaire.

Enfin, pour faire progresser les droits, éradiquer la violence, donner aux femmes la maitrise de leur développement, bref pour un véritable agenda de transformation, il faudra passer par l’égale participation aux espaces de représentation et de décision. Pour accélérer la féminisation de la vie politique, qui demeure dans la majorité des pays du monde une affaire d’hommes, des pays ont eu recours aux quotas. Dans le cas de la France, la méthode a porté ses fruits. Presque 30% de nos parlementaires sont aujourd’hui des femmes, deux fois plus qu’il y a quelques années. Au plan international, la thématique "femmes paix et sécurité" a aussi fait évoluer la réflexion. Il y a quelques années, lorsque les Médiateurs de notre Organisation parlaient de participation des femmes aux processus de paix c’était pour encourager leur "formation", comme si les hommes étaient, eux, de manière innée, formés à la participation aux processus de paix. Aujourd’hui, le ton est diffèrent, affirmatif : les femmes doivent être consultées, et associées. L’Organisation des Nations Unies doit être exemplaire.

Enfin, quels indicateurs, quels instruments de mesures, quels mécanismes pour assurer la redevabilité ? La France propose une approche simple : utiliser l’existant. Prenons par exemple la Convention pour l’Elimination de la Discrimination contre les Femmes, quasi universelle, ratifiée par 187 Etats et son Comité le CEDAW. Peut-on vraiment envisager que ce mécanisme accepte par tous n’ait aucun rôle dans la mesure des progrès ? Il ne s’agit pas de créer dans le cadre des ODD des conditionnalités, ou de nouvelles obligations. Il s’agit au contraire de ne pas ajouter aux mécanismes existants, de ne pas réinventer la roue. Il faut bâtir sur ce socle agréé. La Convention offre des indicateurs, le comité CEDAW peut être un instrument de mesure et d’accompagnement des progrès.

Ce sont là quelques pistes. L’essentiel me paraît aujourd’hui de mettre nos idées en commun et d’inscrire l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes dans ce nouveau cadre de progrès que sont les ODD. Le XXème siècle a vu l’émergence d’un cadre normatif irremplaçable, historique : la Convention CEDAW, Pékin, le Caire. Le XXIème siècle doit être celui d’une mise en œuvre opérationnelle, inclusive, durable de ces droits. 2015 est la date clef. Nous avons 18 mois pour écrire cette nouvelle histoire. Je vous remercie.


En savoir plus sur les droits des femmes.



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