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8 juillet 2014 - ECOSOC - Dialogue ministériel du Forum politique de haut niveau sur le thème "Mesures à long terme pour rendre l’éradication de la pauvreté irréversible et réduire les inégalités"

(A vérifier au prononcé)

Mesdames et Messieurs les Ministres

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs

Chers amis,

L’éradication de la pauvreté nous oblige aujourd’hui à repenser au moins en partie la manière dont nous conduisons nos politiques de développement. L’extrême pauvreté a reculé au cours des décennies précédentes. Mais nous sommes encore loin d’en être sorti. Alors que nous débattons ici et jusqu’en 2015 du futur cadre pour le développement durable, il devient urgent de compléter nos approches et nos pratiques, par une vision de long terme. Celle-ci est indispensable car l’extrême pauvreté n’est pas que conjoncturelle. Elle a des causes structurelles qui méritent une réponse inscrite dans le temps pour en finir avec ce fléau.


Cette vision de long terme, elle est essentielle d’abord parce que le développement fait face à de nouveaux défis, et notamment au dérèglement climatique. Ce phénomène pourrait remettre en question l’ensemble des progrès accomplis dans certains secteurs, je pense en particulier à celui de la lutte contre la mortalité infantile. Ce sont les plus pauvres qui, quelque soit le niveau de développement des pays, sont les plus exposés. Il n’y aura donc pas de lutte contre la pauvreté sans lutte contre le chaos climatique qui nous menace.

Qu’adviendra-t-il, par exemple, des économies qui s’appuient sur un secteur agricole important si elles sont soumis aux chaos climatiques ? Nous savons que les progrès réalisés dans les domaines de la santé, de la sécurité alimentaire, de l’accès à l’eau ou à l’énergie pâtiraient grandement de l’inaction face aux changements climatiques, alors même qu’une action rapide et concertée engendrerait des bénéfices et des économies à long terme.

C’est pourquoi la France est pleinement engagée dans ce domaine et qu’elle accueillera la vingt-et-unième conférence des parties à Paris, en décembre 2015. C’est également pour cette raison qu’il faut intégrer de manière ambitieuse les enjeux climatiques dans l’agenda pour l’après-2015.


Cette vision de long terme, elle est importante aussi parce que, malgré les crises, le monde n’a jamais été aussi riche. Et nous vivons dans un monde qui certes s’enrichit, mais sans que cela ne permettent vraiment de réduire les inégalités. La montée des inégalités concernent autant les pays industrialisés que les pays en développement. Elle résulte de causes conjoncturelles, et notamment des soubresauts économiques. Mais elle résulte aussi de causes et de facteurs structurels auxquels nous devons aussi répondre. Les Objectifs du millénaire pour le développement n’ont pas réellement abordé la question de l’inclusion sociale. L’agenda post-2015 n’a pas le droit de l’ignorer.

Pour éradiquer la pauvreté et atteindre un développement durable, il est important de promouvoir l’idée d’une croissance verte, durable mais aussi inclusive, c’est-à-dire une croissance qui bénéficie à tous, sans discriminations, et qui permet la réduction des inégalités.

Parce qu’elles sont un frein au développement, les inégalités, au premier rang desquelles celle entre les femmes et les hommes et celle à l’endroit des jeunes, doivent être combattues. C’est à cette condition que les sociétés de demain seront plus fortes. Pour combattre les inégalités, la France soutient notamment le principe d’une couverture sanitaire universelle, qui est à la fois un investissement pour tous et un investissement pour chacun. Un investissement pour tous par que donner accès aux soins universel permettra des grands progrès dans la prévention et le traitement des grandes crises sanitaires. Un investissement pour chacun parce que la santé n’est pas et ne peut pas être réservée uniquement à ceux qui en ont les moyens.


Au-delà des intentions et des discours, il nous faut aussi nous doter d’un programme d’action concret, et surtout des moyens de mise en œuvre.

L’intervention publique ne permettra pas de combler seule le déficit de financement pour le développement durable, c’est un fait avéré. L’agenda de l’après 2015 se construit avec la société civile, avec les groupes majeurs. C’est une bonne chose. Mais il faudra aussi que le secteur privé, les collectivités territoriales et toutes les parties prenantes jouent pleinement leur rôle dans la mise en œuvre de cet agenda. Les Objectifs de Développement Durable, ce n’est pas seulement l’universalité au sens des Nations. Il doit fixer des objectifs pour l’ensemble de l’humanité. Nous avons une communauté de destin, chacun doit prendre sa part dans la construction des solutions.

Des flux financiers émanant de la sphère privée, domestique ou internationale sont indispensables pour apporter les ressources nécessaires à la mise en œuvre des futurs objectifs de développement durable. La part de l’aide publique au développement dans les flux financiers à destination des pays en développement reste toutefois importante, en particulier dans les pays les moins avancés, et doit continuer à jouer un rôle de catalyseur.

Dans ce contexte, la France promeut une vision intégrée du financement du développement, prenant en compte l’ensemble de ces flux afin de favoriser leur complémentarité et augmenter leur impact sur le développement local dans une perspective durable.

Seul le développement d’un secteur privé local, la mobilisation pérenne des ressources domestiques et la maximisation de l’orientation des flux financiers mondiaux en faveur des pays du sud contribueront à financer durablement la lutte contre la pauvreté. Pour atteindre cet objectif, il est tout aussi important de continuer notre engagements collectif pour lutter contre l’évasion fiscale et les paradis fiscaux.

Il y a la une large place pour l’innovation. Les financements innovants, qui reposent par exemple sur des partenariats entre acteurs publics et privés, ou sur une plus juste répartition des bénéfices de la mondialisation ou encore sur la recherche d’une plus grande prévisibilité des fonds pour le développement, ont été conçus pour répondre à ces défis globaux.

La France, en tant que secrétariat permanent du groupe pilote sur les financements innovants promeut la mise à l’échelle des initiatives ayant prouvé leur faisabilité telles que les taxes de solidarité, les mécanismes d’incitation et de garantie (garantie d’achats futurs), les obligations vertes ou obligations pour les vaccins ou encore les fonds d’investissements mixtes. Ces financements innovants ne sont pas qu’une incantation. C’est aussi une réalité que la France met en œuvre avec sa Taxe sur les Transactions Financières, dont 15% est destinée au développement, notamment à la lutte contre le changement climatique.

Le Chili a repris la présidence du groupe pilote le 1er juillet et nous nous réjouissons que ce pays exemplaire dans le domaine des financements innovants soutienne cette vision renouvelée du financement du développement dans les travaux de la communauté internationale sur l’agenda du développement durable et du climat. Cette agenda doit trouver toute sa place dans nos discussions.

Car l’innovation, qu’elle soit financière, technologique, sociale doit être au service du développement. L’innovation, c’est finalement notre capacité de transformer l’imaginaire en réel. Nous devons y consacrer une bonne partie de notre énergie.

Je vous remercie.


En savoir plus sur la Conférence des Nations unies sur le développement durable.



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