Twitter Facebook Flickr Youtube RSS Share

6 janvier 2014 - Groupe de travail ouvert sur les ODD - « Villes et établissements humains durables, transports durables » - Intervention de M. Jean-Marc Chataigner, Directeur général adjoint mondialisation, développement et partenariats au ministère des Affaires étrangères

Messieurs les Présidents, Mesdames et messieurs,

J’ai l’honneur de m’exprimer au nom de la chaise partagée par l’Allemagne, la Suisse et la France.

L’urbanisation constitue, sans aucun doute, l’un des phénomènes planétaires les plus marquants de ce début du XIXème siècle. Plus d’une personne sur deux vit déjà en ville aujourd’hui, en 2030, il s’agira de trois sur cinq. C’est un doublement de la population urbaine que nous devons anticiper dans les pays en développement.

Cette croissance exponentielle, d’une vitesse sans précédent, soulève d’immenses défis pour le développement durable, à la fois économiques, sociaux, environnementaux, énergétiques, culturels et institutionnels :
-  La question urbaine est centrale pour la lutte contre la pauvreté. Près de 860 millions de personnes dans le monde, soit un citadin sur trois, vivent dans des quartiers précaires. Elles pourraient être 2 milliards en 2030.
-  Les dynamiques en jeu entre espace rural et espace urbain sont cruciales, que cela soit pour préparer une urbanisation durable, réduire les inégalités ou garantir à tous une sécurité alimentaire. Nous ne pouvons plus opposer développement urbain et développement rural qui sont inextricablement liés.
-  Les villes génèrent également une empreinte écologique majeure, consommant de l’énergie et des ressources et produisant 70% des gaz à effets de serre. Si elles contribuent donc significativement à l’accélération du changement climatique, elles sont aussi particulièrement vulnérables à ses conséquences, notamment à l’élévation du niveau de la mer, la majorité des mégalopoles se situant en zone côtière.

Mais cette croissance urbaine offre aussi de fabuleuses opportunités. En effet, les villes représentent un véritable foyer pour le changement. Elles constituent un moteur de prospérité et de croissance, concentrant 80% de l’activité mondiale, l’innovation et la créativité. La densité et le potentiel de connexion des villes sont des leviers majeurs pour le développement.

Comme l’a reconnu la déclaration finale de Rio+20, « Le futur que nous voulons », des villes bien gérées peuvent assurer l’accès aux services et le développement économique local, tout en contribuant à un développement plus durable. L’urbanisation est ainsi un processus inévitable, irréversible et les villes sont le lieu qui cristallise tout autant les défis que les solutions pour un développement durable. La prise en compte du développement urbain est ainsi une condition nécessaire à la réalisation des futurs objectifs du développement durable. Les villes, et plus largement les établissements humains durables, incluant les transports, devraient donc prendre une place importante dans l’agenda du développement après 2015. Nous souhaiterions insister sur 3 grands principes :

• Premièrement, reconnaître le rôle crucial des autorités locales. Un développement urbain durable est inenvisageable sans autorités locales et régionales fortes et la mobilisation de la société civile. Ces dernières représentent l’échelon politique légitime et adapté pour conduire une stratégie de développement territorial. Elles seules peuvent garantir un processus décisionnel participatif et des politiques centrées sur la personne. Une gouvernance locale démocratique, transparente et redevable, propre à chaque société, est cruciale pour le développement. Elle constitue une condition indispensable à la légitimité et à l’efficacité des politiques publiques. Elle se fonde sur un renforcement des capacités et une participation de l’ensemble des acteurs à commencer par les habitants eux-mêmes à l’élaboration et la mise en œuvre des politiques publiques. Les autorités locales et régionales doivent donc être ciblées par le nouvel agenda et voir leurs capacités financières et de maîtrise d’ouvrage, développées.

• Deuxièmement, adopter une approche intégrée du développement urbain. Seule une planification urbaine et territoriale fondée sur une vision stratégique du territoire permet de traiter l’ensemble des défis, urbains et ruraux. Tout en visant un meilleur accès aux infrastructures et aux services, il s’agit de développer des villes plus compactes, vertes et inclusives pour renforcer la cohésion sociale, la connexion de tous et la résilience au changement climatique. Cette planification doit accompagner, en priorité, la croissance des villes moyennes et garantir une cohérence et une bonne transition entre espace rural et espace urbain. Elle doit être gérée par une gouvernance multi-niveaux.

• Troisièmement, renforcer la durabilité environnementale des villes ainsi que leur résilience au changement climatique et aux catastrophes naturelles. La planification urbaine doit traiter ces défis avec une approche globale, pour mettre en place aussi bien une meilleure efficacité énergétique, une meilleure gestion des déchets, des infrastructures et des transports durables et résistants, que des systèmes d’alertes précoces. Il convient également d’appuyer la résilience des territoires, la préservation de la biodiversité et des espaces verts en ville ainsi que la réduction de la pollution de l’air. Le soutien des initiatives des autorités locales et régionales en faveur de la mitigation et de l’adaptation au changement climatique sera capital..

Pour poursuivre ces trois grands objectifs, l’Allemagne, la Suisse et la France soutiennent, en particulier, l’intégration de trois priorités dans l’agenda après 2015.

-  Afin de promouvoir des villes durables, économes en ressources et résilientes, ainsi que la protection de la biodiversité et le développement des espaces verts, et de lutter contre le changement climatique en réduisant les émissions de gaz à effet de serre, il est tout d’abord capital de garantir un accès universel aux services énergétiques modernes, de développer les énergies renouvelables , et d’améliorer l’efficacité énergétique. Des mesures innovantes devraient être mises en œuvre pour une utilisation efficace de l’espace et des ressources, concernant les bâtiments et les infrastructures, la gestion des déchets. Il est également nécessaire de développer l’accès durables aux services écosystémiques et l’accès aux transports durables et peu consommateurs d’énergies fossiles afin de stimuler la croissance et de permettre un développement inclusif.

-  La promotion de l’inclusion sociale et l’amélioration du sort des plus démunis, suppose, ensuite, d’assurer à tous un accès à un logement décent et aux services de base, en visant en priorité les quartiers pauvres et précaires. Nous devons poursuivre nos efforts réalisés pour les Objectifs du Millénaire pour le Développement afin de garantir un accès universel à l’eau et à l’assainissement, droits de l’Homme dont la reconnaissance constitue un grand progrès pour le développement humain. L’accès universel et abordable aux transports durables est également un enjeu fondamental. Il suppose une planification territoriale et urbaine intégrant les transports, pour connecter efficacement les différents espaces de vie et de travail. En ce qui concerne les bidonvilles, la priorité devrait être donnée à la prévention du développement de nouveaux quartiers précaires et à la réhabilitation in situ des quartiers existants, en prenant appui sur des processus participatifs. L’une des clefs de l’inclusion sociale réside dans le renforcement de la sécurité foncière en reconnaissant la diversité des droits, y compris les droits d’usage et les modes traditionnels de régulation. Une grande attention devra être portée à l’égal accès des femmes au foncier. La cohésion et l’inclusion sociale suppose, par ailleurs, de garantir à tous la sécurité dans son espace de vie, un autre défi majeur à prendre en compte dans le futur agenda.

-  Enfin, nous devons soutenir un développement économique local équitable et équilibré et l’attractivité des villes et des territoires en créant un environnement favorable aux entreprises et à l’innovation, en intégrant davantage le secteur informel, et en soutenant la production et la consommation de produits et de services durables à l’échelon local. La valorisation du patrimoine, la régénération urbaine et le développement de la culture sont également des éléments stratégiques pour renforcer aussi bien l’identité et l’attractivité des territoires que la cohésion sociale.

Je voudrais conclure en insistant sur l’association des autorités locales et régionales et de la société civile au sens large incluant notamment le secteur privé dans la définition comme dans la mise en œuvre du futur agenda global du développement durable. Dans cette optique, je souhaite souligner la nécessité de consulter la Taskforce globale des autorités locales et régionales pour l’agenda post 2015 pour définir des cibles infra-étatiques, exercice que nous encourageons. Le futur agenda ne pourra progresser qu’avec la pleine participation des acteurs locaux, leur expérience est irremplaçable, leur action, déterminante.

Je vous remercie pour votre attention.

En savoir plus sur le développement durable : http://www.franceonu.org/la-france-...



Bookmark and Share
Bookmark and Share
Rss
Organisation des Nations Unies Présidence de la République France Diplomatie La France à l'Office des Nations Unies à Genève Union Européenne Première réunion de l'ONU