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10 décembre 2002 - Protection des enfants dans les conflits armés : Intervention de M. Jean-Marc de La Sablière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Permettez-moi tout d’abord de remercier chaleureusement la Présidence colombienne, en la personne de Mme la Ministre des affaires étrangères, pour avoir pris l’initiative d’organiser aujourd’hui ce débat public sur la protection des civils dans les conflits armés.

Je remercie également le Secrétaire Général pour son rapport, extrêmement complet, qui nous permet de donner un contenu concret à nos discussions. La présence du Directeur du Comité international de la Croix-Rouge - que je salue - est également importante à cet égard et illustre - si besoin en était - l’attention que l’organisation des Nations Unies accorde à la protection des civils dans les conflits armés.

A l’évidence, l’un des aspects les plus odieux des conflits contemporains porte sur le sort réservé aux populations civiles. On ne le rappellera jamais assez : ce sont aujourd’hui les civils - et au premier chef les femmes et les enfants - , et non les combattants, qui sont les principales victimes des conflits.

Face à cette évolution, la Communauté internationale est d’abord apparue impuissante, car le droit humanitaire s’était essentiellement bâti par référence aux " guerres classiques ", qui séparaient très nettement les civils des combattants. Mais cette période est désormais derrière nous et on peut mesurer aujourd’hui les efforts accomplis par les Nations Unies depuis plus de trois ans, avec l’adoption, par le Conseil de Sécurité, de la première résolution spécifiquement consacrée à la protection des civils dans les conflits armés.

Le rapport du Secrétaire général - qui est le troisième consacré à cette question - illustre bien le chemin parcouru. Parmi les progrès accomplis, on peut citer : l’intégration dans le mandat de certaines opérations de maintien de la paix d’éléments relevant de la protection des civils (en Sierra Leone et en RDC, notamment) ; le souci, lorsque de nouvelles sanctions sont décidées, de ne pas aggraver la situation humanitaire, ou encore la lutte contre le recrutement d’enfants soldats. Cette question - qui a fait, comme le savez, l’objet d’un engagement particulier de la France - donnera lieu d’ailleurs prochainement à un débat spécifique.

Il me serait difficile de citer de façon exhaustive tous les éléments du rapport qui sont particulièrement importants. Permettez-moi néanmoins de relever un point qui - me semble-t-il - n’avait pas été traité sous cet angle jusqu’à présent : la nécessité de faire prendre conscience à toutes les parties aux conflits - pas seulement les Etats mais aussi les groupes armés - des violations qu’elles commettent vis-à-vis des populations civiles, notamment en ce qui concerne les restrictions d’accès à l’aide humanitaire. Il est essentiel en effet que les organisations humanitaires aient accès à toutes les populations, ce qui peut impliquer un contact direct avec des groupes armés non-étatiques. La préoccupation qui doit dominer toutes les autres en la matière, c’est bien d’assurer la protection effective des civils les plus vulnérables, en particulier les femmes et les enfants.

Je souhaiterais également saluer la prise en compte de la question de l’exploitation illégale des ressources naturelles dans les zones de non-droit que créent les conflits armés, qui a pris une ampleur inquiétante ces dernières années. Il importe en effet de mettre fin aux abus constatés, parmi lesquels le recours massifs au travail forcé, en particulier des enfants.

Nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins : après la période de prise de conscience et de mobilisation de la communauté internationale - mobilisation qui ne doit évidemment pas se relâcher - il faut désormais aller de l’avant dans la mise en œuvre pratique de nos objectifs. La " feuille de route " proposée par le Secrétaire général pour la protection des civils dans les conflits armées constitue à cet égard une contribution décisive. Il conviendra, pour qu’elle soit réellement opérationnelle, de préciser quels sont les acteurs ou les institutions concernés par chacune des mesures, d’établir sans doute des priorités et de fixer un calendrier indicatif. Ce travail devra naturellement s’effectuer dans la concertation la plus large possible au sein du système des Nations Unies et sans doute au-delà.

Je voudrais terminer mon propos par une question :

A la fin du rapport, est évoquée une évolution récente qui complique singulièrement les efforts de la Communauté internationale pour assurer une meilleure protection des civils dans les conflits armés : il s’agit de la participation d’organisations terroristes à des conflits armés. Cette évolution est-elle prise en compte dans la " feuille de route " proposée par le Secrétaire général ? Quelles types de mesures peuvent être envisagées dans le cadre de la problématique spécifique de la protection des populations civiles ?./.



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