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11 mai 2000 - La situation au Kosovo : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je voudrais d’abord évoquer un point de procédure auquel la France attache une grande importance. Après la séance consacrée le 9 mai à la Bosnie-Herzégovine, la réunion d’aujourd’hui se déroule à nouveau sans que les Etats de l’Union européenne non-membres du Conseil, sans que la Présidence de l’Union Européenne puissent s’exprimer. Ces Etats n’ont pas pu intervenir au Conseil de sécurité sur le Kosovo depuis près d’un an, depuis l’adoption de la résolution 1244. Cette situation n’est pas justifiable, alors que l’Union européenne et ses Etats membres sont de loin les plus importants contributeurs au Kosovo, avec une contribution globale de 8 milliards d’euros pour 1999-2000.

Cette mission du Conseil de sécurité au Kosovo était nécessaire et elle fut utile. Nécessaire, en raison de l’importance des enjeux de cette opération pour la région et pour les Nations Unies. Utile pour recueillir, sur place, l’avis des responsables de la MINUK, pour percevoir l’ampleur des difficultés quotidiennes auxquels ils sont confrontés. Utile pour prendre le pouls d’une population dans toutes ses composantes, de ses souffrances mais aussi de ses aspirations. Utile enfin pour transmettre des messages de modération, de renoncement à la violence et de coopération avec la MINUK. La délégation française tient donc, comme les autres, à féliciter l’ambassadeur Chowdhury pour la conduite de cette mission mais aussi le Secrétariat qui a permis la diffusion rapide du rapport.

Beaucoup de points méritent d’être relevés dans ce rapport détaillé et précis. J’y reviendrai. Mais il serait dommage que l’examen nécessaire de questions spécifiques conduise à passer sous silence le tableau d’ensemble décrit par la mission : la constat de progrès remarquables accomplis par la MINUK en moins d’un an, l’hommage justifié rendu à M.Kouchner, mais aussi le rappel de l’immensité de la tâche confiée à cette mission et du fait que la réconciliation ne se fera pas en un jour, que les blessures mettront du temps à cicatriser et que l’impatience n’est pas de mise dans certains domaines.

Nul besoin ici de répéter les conclusions et propositions de la mission. Elles ont été diffusées dès son retour et sont connues de tous. Il nous suffira de dire que le bilan très positif que la mission dresse de l’action de la MINUK, sans omettre les domaines dans lesquels des progrès sont encore nécessaires, est conforme à notre appréciation.

Certains sujets nous semblent mériter une attention particulière. Je ferai cinq remarques.

- Le lancement de la campagne d’enregistrement et la préparation des prochaines élections exigent, comme le note le rapport, qu’un suivi strict de ce processus soit assuré. Ces élections municipales à l’automne sont de nature à entraîner un véritable "choc démocratique" positif. Il est essentiel toutefois que nous soyons très précis et rigoureux s’agissant du processus de préparation du scrutin et des conditions de sa tenue. L’enregistrement a débuté dans de bonnes conditions. La difficulté tient évidemment, comme l’a relevé la mission du Conseil, dans le refus actuel des Kossovars serbes de participer à ce processus. Il est essentiel de tout mettre en oeuvre, au niveau politique mais aussi dans les préparatifs matériels, pour permettre cette participation serbe. L’enjeu, c’est l’intégration des Serbes dans la vie politique du Kosovo, c’est aussi la préparation des conditions de leur avenir au sein du Kosovo. L’enjeu, c’est, de façon plus générale, la participation de toutes les communautés à l’avenir du Kosovo.

- Dès à présent, grâce aux efforts inlassables du Représentant spécial, des responsables serbes ont décidé de prendre part en qualité d’observateurs aux séances du Conseil Administratif Intérimaire et du Conseil de Transition du Kosovo. C’est une étape importante qui va dans le sens de ce que nous souhaitons. La mission a également constaté l’amélioration des relations entre communautés au niveau local, peut-être en raison du caractère moins politique et plus pratique des discussions à ce niveau. Ainsi se mettent en place, progressivement, dans le cadre de la co-administration, les conditions d’une association de toutes les communautés à la gestion administrative du Kosovo et les fondements de leur co-existence. Il faut désormais conforter ces évolutions. Il faut que les bénéfices d’une telle participation apparaissent clairement dans une amélioration de la vie quotidienne des minorités afin de renforcer la position de ceux qui ont fait ce choix courageux.

- L’amélioration de la vie quotidienne des minorités est indispensable non seulement pour permettre à ceux qui le souhaitent de rester au Kosovo, mais aussi pour ceux qui le souhaitent d’y revenir et d’y demeurer de façon durable. Cette amélioration de la vie quotidienne passe par la possibilité pour les populations minoritaires de simplement pouvoir se déplacer sans encombre, d’avoir accès aux écoles, aux soins médicaux et aux services administratifs. Elle passe surtout par le renforcement des conditions de sécurité, par la protection contre les actes de violence à motivation ethnique et contre les activités criminelles de tous ordres. La situation s’est améliorée, mais la mission reprend un constat malheureusement connu : le manque de moyens à la disposition de la MINUK pour établir un Etat de droit. La priorité devrait notamment aller à l’envoi de juges et de procureurs internationaux. La culture d’impunité ne saurait demeurer. Il s’agit d’une exigence simple mais indispensable : la poursuite des responsables de délits et le droit pour tous à un procès équitable.

- Une réconciliation durable exige également que la question des prisonniers et des personnes disparues reçoive une réponse appropriée, comme l’ont montré les récentes manifestations à Pristina. L’incertitude des familles nourrit en effet le soupçon et l’esprit de revanche. Nous approuvons l’idée de nommer un envoyé spécial pour les disparus et les détenus. Une coordination avec le CICR serait évidemment nécessaire sur le sujet. Enfin, il va de soi que le mandat de cet envoyé spécial devrait concerner les disparus et détenus de toutes les communautés.

- Une pacification des esprits passe par une relance des activités économiques, par la perspective pour les familles de trouver des emplois, de retrouver les conditions d’une vie normale. Beaucoup d’entreprises ont déjà repris leur activité et la MINUK a déjà beaucoup fait pour metttre en place le cadre nécessaire à une relance écomique et à un reprise des investissements. C’est une dimension d’un règlement qu’il convient de ne pas négliger.



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