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11 mai 2000 - La situation au Sierra Leone : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Il était bon que le Conseil de sécurité tienne, à la demande du Groupe africain, cette réunion publique pour exprimer avec force l’émotion mais aussi la solidarité de toute la communauté internationale devant la crise en Sierra Leone.

Je remercie le Secrétaire général de son analyse de la situation et je lui demande de bien vouloir transmettre à M. Bernard Miyet et à toute l’équipe du Secrétariat notre gratitude pour leur mobilisation exceptionnelle dans cette épreuve.

Mais nos pensées vont d’abord aux hommes de la MINUSIL qui demeurent retenus. Ce soir, la communauté internationale tout entière doit dire à tous ceux qui les retiennent, et d’abord à Foday Sankoh : Relâchez-les ! Permettez-leur d’accomplir leur mandat ! Les Nations unies n’accepteront pas l’inacceptable. Elles ne renonceront pas. Elles ont un mandat à accomplir et elles l’accompliront.

Ce soir est le temps de la solidarité. Ce soir est le temps du refus.

Déjà, les premières mesures opérationnelles prises par le Général Jetley témoignent de la détermination de la MINUSIL à se reprendre, à renforcer ses capacités, à accomplir sans défaillance son mandat. La France soutiendra toute proposition du Secrétaire général visant au renforcement, sous casque bleu, de la MINUSIL qu’il estimerait nécessaire. Elle salue chaleureusement l’intervention rapide de la Grande-Bretagne. Elle est prête à réfléchir à une adaptation du mandat de la force pour tenir compte de la rupture unilatérale de l’accord de Lomé par le RUF.

Ce soir, il faut que M. Foday Sankoh et tous les responsables du Front révolutionnaire uni comprennent qu’ils n’ont d’autre choix que le plein respect et la mise en oeuvre de l’accord de paix de Lomé. La France réaffirme son appui aux autorités démocratiquement élues de la Sierra Leone qui coopèrent de façon exemplaire avec les Nations unies. Elle appelle le RUF à reprendre sans délai cette coopération.

Nous ne devons pas oublier qu’en Sierra Leone, comme ailleurs en Afrique, l’exploitation illégale des ressources naturelles, et notamment des diamants, alimente les forces de la guerre. En Sierra Leone, comme en Angola et en République démocratique du Congo, les Nations unies doivent réagir en établissant un mécanisme de surveillance et en prenant des mesures vigoureuses pour tarir les financements qui permettent au RUF de poursuivre son effort de guerre. La France appelle notre Conseil à agir avec détermination dans ce domaine.

Au-delà des réactions immédiates de détermination et de fermeté qu’ensemble nous devons manifester, notre Conseil devra réfléchir avec le Secrétaire général aux leçons à plus long terme que nous devrons tirer de cette crise.

Le premier enseignement est qu’il n’existe aucun moyen d’instaurer la paix si toutes les parties au conflit ne sont pas résolues à la faire régner. Pour atteindre cet objectif, et en accompagnement de tout déploiement d’une Force, une pression internationale de tous les instants doit être maintenue sur tous les acteurs de la crise.

Le deuxième enseignement est qu’il faut assurer une vraie cohérence - gage d’une réelle efficacité - entre le mandat d’une Force et le volume, la préparation et l’équipement des contingents chargés de l’appliquer. Reconnaissons aujourd’hui que cela n’a pas été le cas de façon suffisante pour la MINUSIL.

Mais, au-delà de ces deux enseignements, nous devons nous garder de tout amalgame hâtif. La crise de Sierra Leone jette inévitablement une ombre sur l’engagement des Nations unies en Afrique. La France l’affirme avec force : chaque crise a ses caractéristiques propres. Celle qui nous mobilise ce soir ne doit en rien nous détourner d’agir en République démocratique du Congo ou ailleurs sur le continent. C’est la conclusion que je tire, sans hésiter, de la longue mission que je viens d’effectuer dans la région des Grands Lacs et dans la Corne de l’Afrique avec six autres membres de notre Conseil.

La France rend hommage aux efforts accomplis actuellement par tous les chefs d’Etat africains concernés et notamment ceux du Mali, du Nigeria, de la Guinée et du Liberia pour ramener à la raison Foday Sankoh et les dirigeants du RUF. Toute l’Organisation des Nations unies se tient aux côtés de l’Afrique pour rétablir la paix en Sierra Leone, comme pour aider le continent à surmonter chacune de ses crises, en tenant pleinement compte de leur spécificité.

Ensemble, affirmons ce soir notre détermination, notre solidarité, notre engagement aux côtés de nos partenaires africains, et d’abord du peuple de Sierra Leone martyrisé.



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