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11 septembre 1999 - Timor oriental : Intervention de M. Alain Dejammet, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Ce débat du Conseil de sécurité s’imposait. Nous sommes reconnaissants aux Etats Membres qui en ont demandé la convocation sans tarder. Certes, il sera nécessaire aux membres du Conseil de sécurité d’entendre les conclusions de la mission qu’ils ont dépêchée sur place pour arrêter l’action qu’ils doivent envisager. Mais il est juste que, sans plus tarder, ceux qui doivent décider entendent la voix de l’ensemble des Etats Membres des Nations Unies, prennent conscience de l’ampleur des inquiétudes et de l’urgence d’une réaction.

Nous remercions le Secrétaire général de sa présence et de sa déclaration qui témoigne de la gravité de la situation et qui indique ce qui doit être fait.

Ce qui se passe au Timor oriental n’est plus tolérable. Les Nations Unies avaient encouragé, inspiré et accompagné un processus de négociations qui menait à l’autodétermination et qui paraissait exemplaire. Nous avions tous applaudi aux efforts de l’Indonésie, du Portugal et du Secrétaire général des Nations Unies. Nous avions mis au point des procédures qui conduisaient à une consultation libre de la population du Timor oriental et qui consacraient le succès de la démocratie et le respect des droits de l’homme dans cette région du monde.

Aujourd’hui, tout d’un coup, tout paraît s’effondrer sous l’effet de la rébellion d’une fraction — nous espérons, limitée — des populations concernées contre l’ordre international et contre les engagements du Gouvernement indonésien. Mais quel que soit l’écart entre les réactions officielles indonésiennes, qui sont de respecter le référendum, et le comportement des bandes armées, force est de constater les dimensions extrêmement alarmantes du désastre : les informations qui nous parviennent font toutes état de violences, d’assassinats et d’exactions des milices à l’encontre des populations civiles.

Les violences commises ont provoqué des flux massifs de réfugiés et de personnes déplacées. Dili a été mise à sac par les milices. Je ne reviens pas sur les faits qui ont été décrits avec exactitude par les représentants qui m’ont précédé. En vérité, la question qui nous est posée au-jourd’hui est simple : sommes-nous en 1994, à l’heure du Rwanda, en 1998, à l’heure du Kosovo ? Allons-nous réagir à temps, empêcher à temps l’exode forcé, les massacres ?

Certes, les autorités indonésiennes ont pris des mesu-res. Mais il est clair, à l’heure où nous parlons, que ces mesures n’ont pas d’effet : la sécurité n’est pas rétablie. Hier encore le quartier général de la Mission des Nations Unies était attaqué par les milices. Le choix de l’indépen-dance, aujourd’hui combattu par les armes, est menacé.

Dès le début des événements, le Conseil de sécurité, à votre instigation, Monsieur le Président, a réagi. Il a décidé d’envoyer une mission sur place. Il s’est déclaré prêt à assumer toutes ses responsabilités afin que soient restau-rés l’ordre et la sécurité et que les Accords du 5 mai soient pleinement respectés. Jour après jour, le Conseil, unanime, par la voix de son Président, en appelle au Gouvernement indonésien. Nous ne souhaitons pas l’isolement du Gouver-nement indonésien. Nous voulons croire que celui-ci comprend la nécessité de respecter ses engagements et d’assurer l’ordre et la sécurité de tous au Timor oriental. Nous savons bien que cette responsabilité est lourde mais elle n’est pas aujourd’hui assumée. Cette impasse tragique ne peut plus durer. Si les autorités indonésiennes ne sont pas en mesure, comme malheureusement les faits paraissent le démontrer, de s’acquitter seules de leur responsabilité de restaurer l’ordre et d’appliquer l’Accord du 5 mai, alors il faut que l’Indonésie entende l’offre qui lui est faite par la communauté internationale de l’aider à atteindre ces objectifs.

Le Secrétaire général, dans la déclaration qu’il a faite hier, a été très net et très ferme. Je le cite :

"Il est clair que le moment est venu pour l’Indo-nésie de demander l’aide de la communauté internationale pour assumer sa responsabilité de restaurer l’ordre et la sécurité au Timor oriental et de permettre aux personnes déplacées de retourner dans leurs foyers en sécurité. [...] je demande au Gouvernement indonésien d’accepter sans délai l’offre qui lui est faite."

Le Conseil de sécurité a déjà approuvé, hier, cette déclaration, que le Secrétaire général, ce matin, vient de réitérer. Dans ce contexte, nous avons noté, aujourd’hui, avec attention, les déclarations faites en Indonésie par le général Wiranto.

La France souhaite que le Conseil de sécurité se tienne prêt à se prononcer, compte tenu de l’évaluation de la mission dépêchée sur place, sur la création d’une présence internationale de sécurité, d’une force internationale visant à contribuer au retour de la paix. Si les conditions en étant réunies, le Conseil de sécurité décidait de la création de cette force, la France y prendrait sa part.

Je souhaite enfin rendre hommage au courage du personnel de la Mission des Nations Unies au Timor oriental. Tout en tenant compte des conditions de sécurité, la France appelle au maintien d’une présence des Nations Unies au Timor oriental ans intolérable : poursuites des conflits, ingérences extérieures, discrimination, assassinats de personnels diplomatiques iraniens, meurtres de hauts fonctionnaires des Nations Unies, crise humanitaire, contraintes inacceptables imposées aux agences humanitaires et aux organisations non gouvernementales.



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