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13 décembre 2001 - République démocratique du Congo : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Je m’associe à l’intervention que prononcera tout à l’heure la Belgique au nom de l’Union européenne, mais je souhaiterais faire les remarques suivantes à titre national.

Nous avons aujourd’hui l’occasion de discuter, en présence du ministre des Affaires étrangères de la RDC et des ministres et représentants des partenaires du processus de paix en RDC, des rapports du groupe d’experts sur l’exploitation illégale des ressources de la RDC. Plutôt que = des = rapports, je devrais plutôt parler = du = rapport du groupe d’experts. L’étude remarquable produite par l’ambassadeur Kassem est en effet un additif au rapport soumis en avril dernier, et les deux font un tout. Cette vaste étude, qui couvre toutes les dimensions de la question, nous amène à tirer plusieurs conclusions.

Tout d’abord, il est malheureusement manifeste, aujourd’hui, que le pillage est devenu l’élément moteur du conflit. Nous croyions que l’exploitation illégale était une conséquence du conflit ; nous sommes maintenant en droit de nous demander si elle n’est pas devenue une des causes de sa continuation. Certaines des parties impliquées trouvent semble-t-il un intérêt à la poursuite du conflit

Certes, on peut se féliciter de certains éléments positifs. La question est de plus en plus prise au sérieux par les parties elles-mêmes, comme le montrent les travaux, en Ouganda, de la Commission Porter, créée à la demande du président Museveni.

Néanmoins, il reste beaucoup à faire. Le processus de paix reste fragile. Il avance, par exemple, sur la question du dialogue intercongolais, comme le montre la récente et très encourageante rencontre d’Abuja. Le Conseil a décidé du démarrage de la phase III du déploiement de la MONUC et, bientôt, pourra démarrer le processus de désarmement et démobilisation des groupes armés, une préoccupation légitime des Etats de la région. L’Ouganda, mais aussi l’Angola ou le Zimbabwe, ont commencé à retirer leurs troupes du territoire de la RDC. Mais le processus de paix n’a pas encore franchi le point de non-retour. La situation militaire reste incertaine dans l’Est de la RDC, notamment. Or, c’est dans ces régions orientales que se trouvent la plupart des ressources soumises au pillage.

Nous savons tous aujourd’hui que la poursuite de l’exploitation illégale des ressources de la RDC n’est pas compatible avec l’avancement du processus de paix. Tant que certains auront le choix entre la poursuite d’activités lucratives et la mise en oeuvre l’Accord de Lusaka, il y a malheureusement peu d’espoirs que revienne la paix et que soit restaurée la souveraineté de la RDC.

Que faire ? Le rapport de l’ambassadeur Kassem nous dit que l’exploitation illégale des ressources de la RDC continue sans faiblir. Cette situation doit cesser. Il revient en premier lieu à ceux qui, d’une manière ou d’une autre, jouent un rôle qui n’est pas le leur dans ces activités, soit directement, soit par l’intermédiaire de mouvements sur lesquels ils exercent un contrôle, d’y mettre fin. Les deux rapports du groupe d’experts identifient à cet égard plusieurs Etats de la région dont les troupes sont présentes en RDC. Il leur revient d’examiner sérieusement les informations contenues dans ces rapports, et de prendre les mesures qui s’imposent.

Mais la communauté internationale a aussi un rôle à jouer pour inciter les parties prenantes à faire le nécessaire. Les organisations internationales et mécanismes spécialisés, les agences de l’ONU, les institutions financières et, bien sûr, le Conseil de sécurité, peuvent apporter une contribution utile au règlement de cette question et, par conséquent, à la poursuite du processus de paix.

C’est dans cet esprit que nous renouvelons le mandat du groupe d’experts pour une nouvelle période de six mois. Cette reconduction nous permettra de mieux suivre l’évolution de la situation sur le terrain. Elle va nous aider aussi à préciser et à préparer les mesures que nous pourrions être amenés à prendre. Les experts nous ont en effet soumis, depuis avril, de nombreuses recommandations de bon sens sur lesquelles il nous sera utile d’avoir davantage de précisions. Certaines d’entre elles sont novatrices, comme par exemple l’institution d’un moratoire obligatoire sur certaines ressources, et mériteraient d’être creusées. Sur quelle matériaux faire porter une telle mesure ? Quelle incidence aurait-elle sur le financement du conflit ? Quel impact pourrait-elle avoir sur la situation humanitaire déjà catastrophique du pays, ou sur l’économie de la RDC ?

Un principe essentiel devra en tout cas nous guider dans notre action. Nous ne devons pas oublier qui sont les victimes principales de ces activités : il s’agit de la République démocratique du Congo et des populations congolaises. Il y a une ironie cruelle et intolérable à ce que les extraordinaires richesses de ce pays soient utilisées pour le plus grand malheur de ses habitants. Nous devrons aider la RDC à faire face à cette situation qu’elle n’a pas voulue. En outre, toute action que pourra engager la communauté internationale ne pourra être prise qu’en étroite liaison avec elle et avec son consentement.

La rencontre d’aujourd’hui nous aura permis de rester à l’écoute de nos partenaires du processus de paix. Nous allons prendre en compte leurs observations et les engagements qu’ils auront pris devant nous, en vue de mettre un terme au pillage du Congo. C’est tous ensemble que nous parviendrons à progresser sur cette question./.



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