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13 juin 2001 - RDC : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

La mission que vient d’effectuer le Conseil de Sécurité dans la région des Grands Lacs a revêtu une importance exceptionnelle. Elle a permis d’enregistrer un certain nombre de progrès, limités mais bien réels. Le processus de paix en RDC connaît des développements encourageants : le cessez-le-feu est globalement respecté ; le désengagement avance ; plusieurs Etats ont commencé à retirer leurs troupes du territoire du Congo, qu’il s’agisse de l’Ouganda, du Zimbabwe ou, demain, de la Namibie. Le dialogue intercongolais progresse également, avec la tournée dans toutes les provinces de la RDC des émissaires de M. Masire, en vue de désigner les représentants au dialogue dont la réunion préparatoire s’ouvrira le 16 juillet. Enfin, la réouverture annoncée du fleuve Congo, avec l’arrivée de l’unité fluviale urugayenne, est porteuse d’espoir pour des millions de Congolais, de Kinshasa à Kisangani. Aucune des parties ne doit menacer cet espoir. Toutes doivent participer activement à la commission fluviale.

Le Conseil de Sécurité a eu l’occasion d’évoquer ces différents points lors de l’examen du rapport de sa mission dans la région des Grands Lacs. Nous avons aujourd’hui devant nous le rapport du Secrétaire Général sur la MONUC. Au moment où nous préparons le projet de résolution qui doit étendre le mandat de cette opération, il nous revient de faire le point sur la situation actuelle, et de réfléchir aux messages que le Conseil doit adresser aux parties.

Le Conseil de Sécurité partage l’optimisme prudent qu’évoque le Secrétaire Général dans son rapport. Toutefois, le processus de paix n’a pas encore atteint un point de non retour. Il reste fragile. Les parties au conflit doivent poursuivre leurs efforts.

Il faut d’abord que la phase du désengagement soit menée à son terme. Les parties au conflit ont préparé et signé des plans de désengagement qui doivent être intégralement mis en oeuvre. Le Front de Libération du Congo a annoncé qu’il allait désengager ses forces à compter du 1er juin sur les lignes agréees. Cette annonce figure dans le relevé de conclusions de la session conjointe entre le Comité politique et la mission du Conseil de sécurité. M. Bemba l’a confirmé à la mission du Conseil le 25 mai. Il faut maintenant que cette promesse se traduise en actes concrets. Il faut que le FLC se redéploie sans retard sur les positions du sous-plan d’Harare.

La démilitarisation de Kisangani constitue une autre priorité. Le Rwanda et l’Ouganda ont retiré leurs troupes de cette ville. Le Rassemblement Congolais pour la Démocratie doit faire de même. Il n’est pas acceptable que, un an après l’adoption de la résolution 1304, qui exige que Kisangani soit démilitarisée, ses troupes y soient toujours présentes.

Enfin, le FLC comme le RCD doivent coopérer pleinement avec la MONUC. Les obstacles que ces deux mouvements opposent à son déploiement et à sa mission de vérification, et que le Secrétaire Général détaille dans son rapport, sont inacceptables. Ils sont incompatibles avec la poursuite du processus de paix.

Si le cessez-le-feu est dans l’ensemble respecté entre les parties signataires de l’accord Lusaka, nous observons que des groupes armés étrangers non signataires de l’accord ont pris l’initiative d’affrontements. Ces affrontements peuvent mettre en péril le processus de paix. Les populations civiles du Congo et celles des pays voisins, en particulier du Burundi, sont les premières à en faire les frais. Il faut que toutes les parties à l’Accord de Lusaka, et notamment le gouvernement de la RDC, veillent à ce que cesse tout soutien à ces groupes armés étrangers. Cette question doit être réglée par un processus négocié de démobilisation, de désarmement, de rapatriement, de réintégration et de réinstallation de ces groupes. Le Conseil encourage le développement d’un dialogue entre les Chefs d’Etat concernés pour traiter ce problème important conformément à l’Accord de Lusaka. Le Conseil vient d’entendre, à ce sujet, les assurances que vient de nous donner le Ministre Okitundu. Il faut les mettre en oeuvre à bref délai.

Les violations des droits de l’Homme constituent un autre motif de grave préoccupation pour le Conseil. Toutes les parties au conflit doivent faire bien davantage dans ce domaine, notamment dans l’Est du pays. Nous sommes préoccupés de constater que, partout, les organisations locales de défense des droits de l’Homme sont soumises à de graves harcèlements. Les enfants restent les principales victimes du conflit, comme vient de le rappeler avec éloquence M.Otunnu. Ses recommandations, et notamment la démobilisation des enfants soldats, doivent être appliquées en priorité par tous.

Le pillage des ressources naturelles de la RDC doit cesser. Le Conseil a pris bonne note des initiatives annoncées par certains Etats, comme l’Ouganda, pour faire la lumière sur cette question. Mais, là encore, nous attendons des résultats. Le groupe d’experts créé par le Conseil nous remettra cet été une évaluation complémentaire de la situation. Nous sommes résolus à prendre les mesures nécessaires, s’il le faut, pour mettre un terme à ce pillage, qui est devenu un des moteurs du conflit.

Seul un respect complet par les parties des obligations qu’elles ont elles-mêmes négociées permettra à la dynamique de paix de se poursuivre. Car c’est bien aux belligérants eux-mêmes qu’incombe la responsabilité première de mettre en oeuvre le processus de Lusaka.

Le Conseil de Sécurité, pour sa part, est déterminé à aider les parties dans leurs efforts si elles respectent pleinement leurs engagements. Il l’a démontré en autorisant le déploiement de la MONUC. Celui-ci est aujourd’hui dans sa deuxième phase, qui consiste à accompagner le processus de désengagement. Comme le Secrétaire Général, nous estimons que, pour soutenir la dynamique de paix, il convient maintenant de préparer la phase suivante. Cette phase III permettra d’aider les parties à appliquer les plans de retrait et de DDRR. Mais, là encore, la balle est dans le camp des parties. Des plans d’ensemble ont été préparés. Ils constituent une bonne base de départ. Ils doivent d’urgence être finalisés. Pour engager son travail de planification, le Secrétariat de l’ONU a, en effet, besoin d’informations détaillées sur la localisation et les effectifs des forces étrangères comme sur les itinéraires qu’empruntera leur retrait. De même, le Secrétariat a besoin de précisions sur les effectifs et la localisation des groupes armés étrangers, et sur les sites où ceux-ci seront regroupés pour être démobilisés. Toutes les parties doivent fournir dans les meilleurs délais ces indications, sans lesquelles la MONUC ne pourra pas leur apporter son soutien. Il faut, enfin, co-localiser la Commission Militaire Mixte au siège de la MONUC pour permettre une coopération quotidienne entre ces deux institutions.

Les parties à l’Accord de Lusaka ont établi avec le Conseil de Sécurité une relation de partenariat. Au delà du Conseil, c’est la communauté internationale dans son ensemble qui doit aujourd’hui mobiliser ses efforts. Elle doit apporter rapidement une aide économique importante à la RDC pour que le retour de la paix s’accompagne d’une amélioration des conditions de vie des Congolais. La communauté internationale doit également être prête à aider tous les Etats de la région à mettre en oeuvre les solutions qu’ils auront mises au point entre eux pour assurer la stabilité en Afrique centrale. Nous pensons en particulier au projet de conférence régionale sur la paix, la sécurité, la démocratie et le développement. Mais, une fois encore, ce sont les efforts que déploieront les parties au conflit qui permettront à ce partenariat de porter tous ses fruits.

Parce que nous allons prolonger le mandat de la MONUC, nous devons poursuivre nos contacts étroits avec les signataires de l’Accord de Lusaka de façon à évaluer au mieux, au plus près, notre soutien au processus de paix. Comme le suggérait l’Ambassadeur Greenstock, nous pourrions profiter de l’ouverture de la 56ème session de l’Assemblée Générale, à la fin du mois de septembre ou au début du mois d’octobre, lorsque les ministres du Comité Politique de l’Accord de Lusaka seront présents à New York, pour organiser une nouvelle rencontre avec le Conseil de Sécurité, afin d’approfondir notre dialogue confiant, notre coopération au service de la paix pour le peuple congolais, au service de la paix pour tous les peuples de la région des Grands Lacs./.



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