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13 juin 2002 - Moyen-Orient : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

La France s’associe pleinement au discours qui a été prononcé par l’Ambassadeur d’Espagne au nom de l’Union européenne.

Israéliens et Palestiniens sont aujourd’hui enfermés dans une logique infernale. Le sang continue de couler, tous les jours. Les résolutions 1402 et 1403 du Conseil de sécurité ne sont toujours pas respectées. Nous sommes face à une impasse catastrophique qui conduit les deux peuples et la région vers le gouffre :

Israël poursuit au nom de la lutte anti-terroriste une logique militaire répressive et sécuritaire qui ne laisse aucune perspective de reprise du dialogue et dont les conséquences humanitaires sont tragiques pour la population palestinienne. Les actions contre l’Autorité Palestinienne et les villes palestiniennes, en particulier les incursions répétées en zone A, la réoccupation de Ramallah, la cantonnalisation de fait de la Cisjordanie, les entraves à la circulation des personnes et des biens contreviennent au droit et sont contre-productives. Elles doivent cesser sans délai. Il en va de même pour la poursuite de la construction de colonies, notamment à Jérusalem et de la destruction des infrastructures administratives et économiques, des terrains agricoles et des habitations. Ces actions unilatérales ne font qu’aggraver le désespoir de la population. Elles gênent la mise en œuvre des réformes souhaitées par tous et entravent les efforts de l’autorité palestinienne en matière de sécurité. La lutte contre le terrorisme, parfaitement légitime, doit se faire dans le respect du droit et en particulier du droit international humanitaire et des engagements internationaux d’Israël. Elle ne saurait justifier la punition collective et l’humiliation quotidienne de tout un peuple.

Du côté palestinien, certains groupes et individus poursuivent une logique terroriste aveugle, inacceptable et contre-productive. Les extrémistes prennent en otage l’ensemble de la population. La France a condamné avec la plus extrême fermeté les derniers attentats qu’aucune cause ne peut justifier. Ceux-ci ont également été condamnés sans appel par l’Autorité Palestinienne et Yasser Arafat, son président élu. Les dirigeants palestiniens et nombre de leurs concitoyens sont conscients de l’impact destructeur de ces attaques sur la cause nationale légitime des Palestiniens. Au-delà de ces condamnations, l’Autorité Palestinienne doit mettre en œuvre tous les moyens dont elle dispose encore pour prévenir et mettre un terme aux attentats. Les réformes annoncées par l’Autorité Palestinienne et les premières mesures prises vont dans le bon sens. La France a salué la publication de la loi judiciaire et de la loi fondamentale de même que la formation d’un nouveau gouvernement, le processus en cours de rationalisation et d’amélioration de l’appareil de sécurité ainsi que l’annonce de l’organisation d’élections locales et législatives. L’effort doit être poursuivi. Il est essentiel que les Palestiniens soient à même de mettre en place les structures politiques, administratives, légales et sécuritaires qui formeront l’armature de leur futur Etat. Elles constitueront la garantie d’une administration efficace, transparente et démocratique répondant aux aspirations de la population palestinienne. La communauté internationale doit soutenir ces efforts de reconstruction et de réforme. Ceux-ci sont également dans l’intérêt d’Israël, qui aurait tout à gagner en les facilitant.

La communauté internationale a le devoir urgent de trouver un moyen de sortir les parties de l’engrenage dans lequel elles sont enfermées. Impératifs sécuritaires et humanitaires doivent être réconciliés d’urgence. Il est essentiel de s’inscrire en faux contre la tentation du fatalisme et de la résignation au pire. Le pire n’est pas inéluctable. Mais il faut du courage et beaucoup de sens des responsabilités pour l’éviter, de la part des parties, de leurs dirigeants et de la communauté internationale.

Nous sommes dans un moment critique et paradoxal : nous n’avons jamais été aussi près, sur le plan diplomatique international, d’un consensus sur les contours précis d’une solution définitive du conflit et d’une paix durable ; en même temps nous semblons n’avoir jamais été aussi loin de sa mise en œuvre sur le terrain.

Nous sommes d’accord sur les objectifs : il faut mettre fin à l’occupation israélienne de 1967 sur la base des résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité ; il faut créer un Etat palestinien indépendant, démocratique et viable, vivant côte à côte avec l’état d’Israël dans des frontières sûres et reconnues ; il faut trouver, par la négociation, une solution juste de toutes les questions pendantes relatives au statut permanent du futur état palestinien, en particulier la question de Jérusalem et des réfugiés ; il faut une normalisation des relations entre tous les pays de la région.

Il s’agit maintenant de définir la feuille de route qui nous conduira de la vision de la paix globale, durable et juste à sa mise en œuvre. Pour cela, le projet de conférence internationale pour la paix au Proche Orient lancé par M.Colin Powell et par le Quartet peut être un instrument particulièrement utile. Encore faut-il s’atteler sans attendre à en définir précisément les objectifs, les termes de référence, le calendrier et le format.

Pour la France, les objectifs sont ceux décrits ci-dessus. Les termes de référence doivent être construits sur la base qui forme désormais le socle du consensus international : les résolutions 242, 338, 1397 du Conseil de sécurité ; les principes de la conférence de Madrid et notamment le principe de l’échange des territoires contre la paix ; les accords d’Oslo ; l’acquis des négociations passées ; la proposition saoudienne de paix entérinée par le sommet arabe de Beyrouth et réaffirmée par le sommet tripartite de Charm El Cheikh ; la vision américaine développée par le Président Bush et le Secrétaire d’Etat Colin Powell.

Les participants devraient inclure l’ensemble des parties, y compris la Syrie et le Liban, ainsi que les Etats arabes les plus concernés (Egypte, Jordanie, Arabie saoudite, Maroc). Le calendrier doit être réaliste mais il est urgent d’avancer de façon substantielle. Il est en effet urgent de redonner espoir aux Palestiniens et aux Israéliens par un processus politique véritable. Les problèmes sécuritaires ne peuvent pas être traités seuls. Leur solution durable passe par des mesures sur les plans humanitaire et politique : il faut en même temps relancer la perspective d’un Etat palestinien viable et mettre fin à la tragédie humanitaire et à la détérioration économique sans précédent dans les territoires palestiniens.

Les déclarations récentes du secrétaire d’Etat américain sont encourageantes et doivent être soutenues. Les efforts des Etats-Unis sont essentiels et déterminants. La France attend avec intérêt leurs nouvelles propositions, dont la présentation a été annoncée pour bientôt par les autorités américaines. Elle compte sur le Quartet et l’ensemble de ses membres pour progresser rapidement. Le Conseil de sécurité, dont les résolutions doivent être mises en œuvre, doit continuer d’inscrire sa contribution dans la même dynamique./.



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