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13 mai 2004 - Les opérations de maintien de la paix des Nations unies : Intervention de M. Jean-Marc de la Sablière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Le Conseil de sécurité est heureux de vous voir présider aujourd’hui cette séance consacrée à un thème particulièrement important. Je salue également la présence du Secrétaire général.

Le Représentant permanent de l’Irlande prononcera tout à l’heure au nom de l’Union européenne une intervention à laquelle nous souscrivons pleinement.


I - La mise en œuvre du rapport Brahimi a permis depuis quatre ans des progrès considérables dans la conduite par l’ONU de ses activités de maintien de la paix : nous estimons que le rapport Brahimi reste d’actualité et les quelques éléments de réflexion que je souhaite vous présenter s’inscrivent dans ce cadre.

On observe dans la période récente un changement de dimension du maintien de la paix. La complexité des opérations est de plus en plus marquée. Le nombre des OMP et leurs effectifs sont en constante augmentation. Tout laisse penser que ces tendances ne feront que s’accentuer à l’avenir, en raison des demandes croissantes exposées dans le non papier diffusé par la délégation pakistanaise. Je suis frappé par les chiffres auxquels nous sommes confrontés : 14 opérations en cours, employant un effectif de plus de 51 000 personnes, civils et militaires confondus ; quatre nouvelles missions en préparation ; une augmentation des dépenses qui portera le budget à plus de 3 milliards de dollars.

II - Face à cette évolution l’ONU a jusqu’à présent fait preuve d’une capacité d’adaptation satisfaisante :

- D’abord, je tiens à le souligner, grâce à la compétence et à la motivation des équipes du DOMP, sous l’autorité de Jean-Marie Guéhenno.

- Ensuite, grâce à la mobilisation et au dévouement des hommes et des femmes venus des nombreux pays fournisseurs de contingents.

- Cette capacité d’adaptation s’est aussi traduite un certain nombre d’innovations conceptuelles ou procédurales ; j’en citerai trois :

*Le développement d’opérations complexes qui intègrent désormais des stratégies de consolidation de la paix. Les opérations de maintien de la paix se voient ainsi confier des missions aussi variées que la mise en œuvre de projets à impact rapide, de programmes de démobilisation, désarmement et réinsertion, de renforcement de l’Etat de droit, ou encore d’actions menées en matière de droits de l’homme. Les derniers mandats adoptés - Haïti par exemple - sont frappants à cet égard.

*Les Nations unies ont également amélioré leur capacité de réaction en développant une approche régionale de la gestion des crises. Les missions présentes au sein de la même sous-région sont désormais mieux coordonnées, notamment sur le plan du partage des moyens logistiques. Une réunion des Représentants spéciaux du Secrétaire général placés à la tête des trois missions déployées en Afrique de l’Ouest s’est tenue dans ce cadre il y a quelques jours.

*Enfin, l’adoption de la résolution 1353 a permis d’améliorer la coordination entre le Conseil, le Secrétariat et les pays fournisseurs de troupes.


III - Pour autant, ces progrès ne seront pas suffisants. Il faut pousser plus loin la réflexion. Trois questions peuvent être posées à cet égard.

1 / Est-il possible de limiter la durée des opérations de maintien de la paix ?

C’est difficile, mais nous devons nous y efforcer.

- En premier lieu, en examinant de manière systématique la durée et l’adaptation des mandats et l’adéquation des effectifs des missions, en fonction de l’évolution de la situation sur le terrain. Ce questionnement doit être effectué de manière régulière et approfondie, quelle que soit l’ancienneté de la mission. Le Conseil doit aussi périodiquement s’interroger sur la question de l’efficacité de la mission : à partir de quel moment une mission a-t-elle atteint ses objectifs ? à partir de quel moment le maintien d’une OMP peut-elle contribuer à la déresponsabilisation des acteurs locaux ?

- En second lieu, il me semble important de généraliser la démarche retenue récemment dans la résolution 1528 sur la Côte d’Ivoire. Cette démarche consiste à envisager la stratégie de sortie dès la mise en place de l’opération. Cette recherche d’une vision sur le long terme de l’évolution des opérations de maintien de la paix devrait, à notre sens, s’accompagner d’une préparation scrupuleuse du passage de relais aux acteurs du développement et de la transition (notamment agences, fonds et programmes des Nations unies, institutions financières internationales).

Nous considérons que le Conseil de sécurité sur ces deux points doit être de plus en plus rigoureux. Sinon c’est à terme l’appréciation des contraintes financières lourdes qui finira par devenir le critère de décision de création ou de prorogation des mandats.

2 / Est-il possible de mieux répartir le fardeau de l’exécution des opérations de maintien de la paix ?

Quelles que soient les réformes envisagées, la responsabilité principale du maintien de la paix devra rester au Conseil de sécurité et, sur le terrain, au représentant spécial du Secrétaire général. On peut toutefois se demander si dans ce cadre, il ne serait pas possible de faire davantage appel aux agences, fonds et programmes des Nations unies pour exécuter certaines missions civiles intégrées désormais dans les OMP. On sait qu’actuellement un nombre significatif d’emplois civils ouverts au sein des missions ne sont pas pourvus. On peut se demander s’il ne serait pas plus pertinent de les associer à l’exécution de certaines tâches civiles afin d’introduire une meilleure cohérence dans l’utilisation de nos instruments.

Dans le même esprit, la coopération avec les organisations régionales, qui disposent souvent d’une capacité de réaction plus rapide que les Nations unies devrait être renforcée. La réussite des opérations récentes menées par l’Union européenne en République démocratique du Congo, par la CEDEAO au Libéria, ou par l’Union Africaine au Burundi ne peut que plaider en faveur d’une telle démarche.

Dans le prolongement de ces interventions réussies, on peut aussi signaler au titre des avancées récentes, l’initiative européenne de déploiement rapide de groupements tactiques ou encore les programmes d’appui au développement des capacités régionales, et notamment africaines, de maintien de la paix.

3 / Enfin j’en arrive à ma troisième interrogation : comment assurer une meilleure utilisation des ressources disponibles ?

Il faut continuer sur la voie du progrès et améliorer encore les capacités opérationnelles de maintien de la paix de l’ONU.

- La planification intégrée des missions doit encore être développée. Ma délégation est convaincue que le représentant spécial du Secrétaire général devrait être nommé le plus rapidement possible après le vote d’une résolution créant une opération. L’implication de celui-ci dans la mise en place de la mission permettrait au déploiement des opérations de s’effectuer sous son autorité de façon plus coordonnée.

- Les processus existants de concertation avec les contributeurs de troupes devraient être revitalisés et associer de façon plus étroite les autres contributeurs, notamment financiers. Il nous semble que les dispositions contenues dans la résolution 1353 pourraient être mieux exploitées et d’autre part, le groupe de travail sur les opérations de maintien de la paix pourrait être mieux utilisés.

Au delà des aspects purement militaires, deux autres idées importantes me semblent devoir être explorées :

- S’agissant tout d’abord du fonctionnement interne du Secrétariat. Le DOMP dispose d’ores et déjà de moyens importants et il nous semble qu’il rencontre pourtant des difficultés notamment lors du déploiement sur le terrain des nouvelles opérations. Il faut dire que beaucoup d’opérations sont nouvelles ; c’est un travail très lourd qui est celui du DOMP. A cet égard, un bilan des points de blocage qui limitent la capacité du DOMP pourrait permettre de dégager des pistes de réforme.

D’ores et déjà, on peut réfléchir aux moyens de donner au DOMP une flexibilité budgétaire accrue, notamment pour lui permettre de faire face aux problèmes de recrutement auxquels il est confronté. Il faut également rechercher les moyens d’améliorer l’information des Etats membres sur les besoins du DOMP. Ce qu’a dit le Secrétaire général sur les policiers francophones est tout à fait approprié. Les propositions britanniques relatives à l’établissement, à échéance régulière, d’un bilan des ressources, disponibles ou manquantes, et des priorités du DOMP me semblent de ce point de vue aller dans la bonne direction.

- Enfin, il faut aussi réfléchir aux moyens d’améliorer le suivi politique des missions. Ce suivi est important en lui même pour la crédibilité du Conseil de sécurité et l’efficacité des missions mais il peut aussi contribuer à une meilleure gestion des ressources.

Ma délégation vous est reconnaissante d’avoir organisé ce débat. Il est important en effet, face aux demandes nouvelles dont il est saisi, que le Conseil de sécurité prenne le temps de réfléchir, indépendamment de l’examen d’un conflit particulier, aux conditions dans lesquelles il conduit ses activités de maintien de la paix et à la façon dont il va devoir faire face à ces nouveaux défis./.



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