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15 mars 2001 - Moyen-Orient : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

La France exprime d’abord sa très vive émotion et préoccupation devant le drame qui se déroule depuis six mois dans les territoires palestiniens et en Israël : plus de quatre cents morts, en très grande majorité palestiniens, dont plusieurs dizaines d’enfants. Nous voulons ici témoigner de notre profonde sympathie et présenter nos condoléances aux familles de toutes les victimes.

La situation est grave. Les parties donnent le sentiment de contrôler de moins en moins les événements. Insécurité au quotidien dans les territoires palestiniens comme en Israël, désespoir d’une population à qui aucune perspective n’est offerte, situation économique désastreuse, interruption des négociations entre les parties depuis la réunion de Taba, climat de profonde suspicion voire de haine. Les acquis du processus d’Oslo sont menacés.

Le retour au calme est indispensable. La France et l’Union Européenne ont, à plusieurs reprises, condamné la violence sous toutes ses formes : l’usage excessif de la force par l’armée israélienne contre les civils palestiniens et les inacceptables exécutions extrajudiciaires mais aussi les actes de terrorisme qui ont endeuillé le peuple israélien.

La France et L’Union ont aussi marqué leur profonde préoccupation devant les mesures prises par le Gouvernement israélien : blocus des territoires, refus de reverser à l’Autorité Palestinienne les impôts prélevés en son nom, autant de mesures de rétorsion collectives qui ne peuvent qu’exacerber les tensions et le ressentiment de tout un peuple. Plus généralement, Israel se doit de èconvention de Genève, qui s’applique à tous les territoires palestiniens occupés.

L’allégement des restrictions aux déplacements décidé par le gouvernement israélien, s’il se vérifie, va dans le bon sens. La stratégie suivie ces dernières semaines ne pouvait qu’alimenter les frustrations et aggraver une situation économique déjà catastrophique. L’Union Européenne et ses membres, premier contributeur d’aide au peuple palestinien, ont consenti à des efforts exceptionnels pour aider la population et l’Autorité Palestinienne. Toute la communauté internationale doit participer à cet élan de solidarité.

Ces affrontements, ce délitement sont d’autant plus consternants que les deux parties n’avaient jamais paru aussi proches de la paix, à Camp David comme à Taba. Des ouvertures israéliennes et palestiniennes réciproques permettaient pour la première fois d’entrevoir un accord, y compris sur les points les plus délicats : Jérusalem, les réfugiés, les territoires.

L’espoir de paix et de cohabitation harmonieuse, tourné vers la coopération et l’avenir, doit vivre. Nous continuons à penser que les négociations de ces derniers mois tracent la voie à suivre. Les solutions explorées constitueront nécessairement, un jour, les bases du règlement définitif tant attendu. Ce règlement est fondé sur le droit d’Israël à vivre en paix dans des frontières reconnues et sur le droit du peuple palestinien à disposer d’un Etat, d’un territoire, d’une capitale. Il est fondé sur les résolutions 242 et 338, sur le principe de la terre contre la paix et sur les termes de référence de la Conférence de Madrid.

Il importe que les armes se taisent et que le dialogue reprenne. Nous appelons solennellement les dirigeants israéliens et palestiniens à tout mettre en oeuvre pour briser l’engrenage de la violence. La situation présente, dans laquelle chacun attend de l’autre qu’il fasse les premiers pas ne peut conduire qu’à l’impasse. Des gestes forts sont nécessaires pour restaurer une confiance véritable. Le respect des accords signés depuis Oslo et le gel effectif de la colonisation y contribueraient fortement.

Le volet palestinien ne peut être détaché d’un règlement juste et global du conflit entre israël et les pays arabes. Nous appelons à une relance des négociations entre israël et la Syrie, entre israël et le Liban, sur la base des résolutions 242 et 338.

Comment favoriser la relance de la négociation ? Il faut réfléchir sur les moyens de restaurer un minimum de confiance entre les parties. L’impulsion des Etats-Unis reste essentielle. L’Union Européenne, la Russie, l’Egypte, la Jordanie, les Nations Unies peuvent également y contribuer comme ils l’ont montré lors du sommet de Charm-el-Seikh. Le Secrétaire général, qui entretient des contacts étroits avec tous les acteurs impliqués dans la crise du Proche-Orient, peut jouer, en particulier, un rôle utile. Nous soutenons pleinement son action.

Le Conseil de sécurité a aussi son mot à dire. La situation actuelle constitue une menace pour la paix dans la région et ressort donc de sa compétence. Il s’est déjà prononcé sur le passé et l’origine de la crise en adoptant la résolution 1322. Il lui revient maintenant de réfléchir, avec Israël et l’Autorité Palestinienne, à des propositions susceptibles de faciliter les contacts entre les parties et de garantir les résultats obtenus.

Envoyer des observateurs sur le terrain pourrait constituer, à cet égard, un mécanisme utile, pour apaiser les tensions, pour vérifier le respect des engagements souscrits par les parties. C’est pourquoi, la France, avec d’autres pays, notamment le Royaume-Uni, avait été à l’origine de cette idée en novembre dernier. Ce mécanisme n’a cependant d’intérêt que s’il est accepté et agréé par les parties et s’il bénéficie de leur pleine coopération. Le travail des observateurs serait le prolongement de celui effectué par la commission Mitchell. L’outil n’aurait de valeur que dans la mesure ou il s’insérerait dans un cadre plus large : la réduction de la violence, le respect des engagements souscrits lors du sommet de Charm-el-Seikh, la reprise des négociations.

C’est dans cet esprit que nous examinerons toute action éventuelle du Conseil. Mais le Conseil ne sera écouté par les parties que s’il est rassemblé. Il lui faut moins porter un jugement sur le passé que définir une approche positive et faciliter la recherche d’une solution à cette tragédie, en concertation avec Israël et l’Autorité Palestinienne.

Je vous remercie, Monsieur le Président.



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