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16 décembre 1999 - RDC : Intervention de M. Alain Dejammet, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je crois que nous n’avons rien à ajouter au tableau que M. Miyet a fait de la situation. Nous savons que celle-ci est sombre. Elle est caractérisée récemment par des violations de cessez-le-feu. Il y a quelque temps un rapport du Comité international de la Croix rouge décrivait en termes tout à fait angoissants la situation dans le Nord-est de la République démocratique du Congo où des tribus s’affronteraient pour l’occupation des terres avec, pour conséquence de ces affrontements, des milliers de morts.

Donc nous sommes effectivement les témoins plus ou moins silencieux d’une situation dont nous savons tous qu’elle est catastrophique, dont nous savons tous qu’elle exige une réaction du Conseil, et une réaction continue du Conseil de sécurité. Pas seulement, de temps à autre, quelques résolutions ou même quelques débats, mais véritablement un effort concret. En même temps et au même moment, ici, membres du Conseil de sécurité, nous voulons être sérieux. Nous savons bien que les décisions que nous prendrons se traduiront par des risques pour des observateurs, pour des membres d’une mission de la paix.

Evidemment, dans une telle situation, comment ne pas comprendre la réaction de ceux qui invitent les membres du Conseil à réfléchir, à réfléchir à ce qui s’est passé dans d’autres régions du monde, tant en Afrique qu’en Europe, et qui expliquent pourquoi eux-mêmes, pourquoi leurs autorités, pourquoi leurs parlements, demandent davantage de réflexion, exigent que l’on approfondisse toutes les données d’une situation avant de prendre des décisions. Je comprends tout ceci parfaitement. Je comprends à ce sujet entièrement les explications données par les représentants qui se défendent de vouloir traîner les pieds. Je trouve d’ailleurs que ce genre d’explication ou de raisonnement peut s’appliquer à d’autres situations, face à d’autres résolutions dont certains pays, légitimement, peuvent souhaiter qu’elles méritent un ultime examen avant d’être votées, compte tenu des doutes qu’on peut avoir sur leur mise en vigueur effective. Toutes ces réflexions me paraissent donc normales.

En même temps, Monsieur le Président, nous pouvons nous demander ce que nous pouvons immédiatement faire pour essayer d’affronter les risques immédiats qui se posent dans la région et qui se traduisent par des pertes de vies humaines. D’abord, nous devons presser le Secrétariat de poursuivre ses travaux pour produire un concept d’opérations. C’est ce que M. Miyet nous a dit et je crois que c’est la question la plus simple, la plus concrète, que nous devons nous poser et l’invitation la plus expresse à formuler à l’adresse du Secrétariat. Ce Conseil de sécurité doit disposer, de la part du Secrétariat, en accord évidemment avec la Commission militaire mixte, d’un rapport sur le concept d’opérations qui pourra être déployé, mis en oeuvre en République démocratique du Congo. M. Miyet nous a parlé du début janvier. Je crois que, compte tenu du calendrier, c’est une date raisonnable, mais nous attendons avec beaucoup d’intérêt, beaucoup d’impatience, ce rapport du Secrétariat sur un concept d’opérations.

Je crois que cela permettra vraiment au Conseil de sécurité de prendre, cette fois-ci en toute connaissance de cause, ses responsabilités, et j’espère de les prendre de manière active, parce que si la situation est sombre, des signes quand même encourageants existent. Nous pouvons être satisfaits de la décision de nomination d’un facilitateur, une très haute personnalité, très haute, très sage - l’ancien Président du Botswana. Je crois également qu’il faut saluer l’arrivée à Kinshasa du Représentant spécial du Secrétaire général, l’ambassadeur Morjane, qui a une excellente réputation. Et nous espérons qu’il pourra travailler très concrètement.

Des gestes simples pourraient peut-être être effectués pour faciliter le respect du cessez-le-feu. Je me demande dans ces conditions s’il ne serait pas possible à la MONUC d’aider déjà militairement la Commission mixte militaire en lui fournissant des officiers d’Etat-major qui faciliteraient le travail de cette commission. Je me demande d’un autre côté si cette Commission mixte militaire ne pourrait pas fournir aussi rapport au Conseil de sécurité sur les décisions qu’elle prend. Ceci illustrerait une des demandes qui avait été évoquée hier, celle touchant à une meilleure relation, meilleure coopération, entre l’OUA et les Nations unies. Je crois que si le Conseil de sécurité veut s’engager activement, concrètement, dans le traitement de la crise en République démocratique du Congo, il doit disposer de toutes les informations. Il est en droit de souhaiter que la Commission mixte militaire lui fournisse quelques rapports, quelques indications. Voilà qui concrétiserait les voeux qui ont été exprimés sur cette meilleure coordination entre les organisations régionales et les Nations unies.

Je crois également, malgré tous les rappels qui nous sont faits de la difficulté de la situation, qu’il faut raison garder et ne pas perdre tout motif d’optimisme. Certes la situation en République centrafricaine était, voici trois ou quatre ans, moins inquiétante que celle en République démocratique du Congo, par l’ampleur moindre des populations concernées. Mais en nature, cette situation était grave. Il y avait crise. Nous en savons quelque chose parce que la France a joué un rôle pour provoquer une prise en main de la crise en République centrafricaine par les Nations unies. Cela n’a pas été facile. Nous nous sommes heurtés à beaucoup de scepticisme, à beaucoup de réactions telles que nous entendons actuellement à propos de la République démocratique du Congo. On nous a parlé, je me souviens, d’une "entreprise douteuse", dans laquelle nous risquions de nous engager. Alors qu’avec le temps on voit que cette opération s’est terminée tout de même, je ne dirais pas par un succès, mais de manière assez satisfaisante. Et à ce sujet il serait souhaitable que tous les pays qui devaient contribuer au financement de cette opération fassent un petit peu leur examen de conscience et découvrent qu’ils sont peut-être responsables de certains arriérés à propos de cette opération.

Prenons un autre exemple, la Sierra Leone. Ce n’est pas une partie facile. Les Accords de Lomé, nous le savons bien, ne sont pas respectés. Il y a danger, et pourtant les Nations unies ont déployé, ont accepté de déployer, une lourde opération de maintien de la paix - plus de six mille hommes -, ce qui prouve que finalement, quand nous voulons faire quelque chose, nous en prenons la décision. Nous espérons maintenant qu’avec le déploiement effectif de cette opération de maintien de la paix, nous pourrons corriger ce qui ne va pas en Sierra Leone.

Je dis ceci pour indiquer que malgré l’ampleur extraordinaire, la gravité de la crise, nous ne devons pas perdre espoir. Nous pouvons garder à l’esprit les exemples heureux où finalement les Nations unies ont réussi dans leur entreprise en Afrique et nous pouvons quand même fonder notre détermination, d’abord sur la décision que nous avons adoptée avec la résolution 1279, et ensuite sur les informations, espérons-le précises, rigoureuses, que le Secrétariat devra nous fournir début janvier avec son concept d’opération.

Je termine, Monsieur le Président, en accueillant avec satisfaction le programme de travail que nous indique le futur président du Conseil de sécurité. Ceci est bien. Ce programme sera lourd. Il exigera de la part du président beaucoup d’assiduité, beaucoup de présence à cette table. Mais l’enjeu est tel que je pense que votre exemple, Monsieur le Président, sera suivi et se montrera convaincant./.

*

Monsieur le Président,

Je souscris également aux remarques qui ont été exprimées par le représentant des Etats-Unis lorsqu’il demande après tant d’autres ou avec tant d’autres que le Secrétariat, maintenant, effectivement, fasse ce qu’il a d’ailleurs envisagé de faire. Donc ce ne sera pas pour M. Miyet un rappel, ce sera simplement, de notre part, l’expression de l’intérêt que nous portons à ses très prochaines conclusions : concept d’opérations, clarification. J’aime bien ce mot de clarification. Il s’applique à cet objectif, celui d’avoir une opération qui puisse être mise en oeuvre. Il doit s’appliquer, comme vous le savez, dans notre esprit, à d’autres entreprises de l’ONU, à propos d’autres situations délicates dans d’autres régions du monde.

Mais je voudrais retenir de cette réunion, en dehors de ce consensus qui s’est formé sur la désidérabilité, mais également sur la possibilité de monter une opération de maintien de la paix, car je crois que maintenant il est clair qu’il y a là un consensus, et également sur le souhait pressant d’aller vite. Mais en dehors de ce consensus, il me semble qu’une autre idée a reçu un soutien vigoureux. C’est l’idée d’une conférence internationale sur les Grands lacs, sous le parrainage double de l’ONU et de l’OUA.

J’ai écouté avec attention, de ce point de vue, les conclusions du président du Conseil et les remarques qui ont été faites également par le représentant de la Russie. C’est important parce qu’à l’origine il y avait peut-être un peu moins de conviction dans le soutien exprimé pour cette idée. Et cette idée est pourtant naturelle. Chacun sait qu’il faudra bien qu’un moment, autour d’une table, se réunissent les dirigeants de ces pays et qu’ils parlent de leurs problèmes : sécurité des frontières, mais également protection des minorités. Les deux questions sont liées. Autrement les germes du conflit et les raisons des dissensions demeureront.

Donc cette conférence internationale doit être également un objectif moteur, de notre point de vue, des travaux du Conseil. Et je souhaiterais à cet égard me tourner vers le représentant des Nations unies pour qu’il invite le futur président qui aura beaucoup de travail le mois prochain et qui devra exercer en permanence son intérêt, pour qu’il l’invite à réfléchir aussi à ce sujet de la conférence internationale. Il faudrait, il serait bon, que durant cette présidence future et dans la suite des travaux menés ce mois-ci par la présidence du Royaume-Uni, le Conseil de sécurité puisse lancer à la fois quelque chose de concret sur le terrain, mais également, véritablement, l’entreprise diplomatique qui devrait conduire à un règlement politique, diplomatique de l’ensemble de ces problèmes.

Je crois qu’il serait tout à fait heureux qu’à l’occasion de ces différents débats publics qui sont prévus soit lancé réellement, concrètement, sous la future présidence des Etats-Unis, le projet de conférence internationale sur les Grands lacs. Cela donnera du travail pour les autres présidents parce que, encore une fois, il n’y aura pas un mois de l’Afrique. Il n’y a pas besoin de formules pour la presse. Je crois que l’Afrique est un sujet qui, en permanence, comme tous les autres sujets d’ailleurs qui peuvent susciter des crises, doit être à l’ordre du jour du Conseil de sécurité. Et en février aussi bien qu’en mars ou en avril les thèmes, les questions resteront à notre ordre du jour.

Mais je souhaiterais beaucoup que l’objectif d’une conférence commence à être mis en oeuvre sous la future présidence des Etats-Unis.



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