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16 novembre 2000 - La situation au Kosovo : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies au nom de l’Union Européenne

J’ai l’honneur de prendre la parole au nom de l’Union européenne. Les pays d’Europe Centrale et Orientale associés à l’Union européenne (Bulgarie, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, République Tchèque, Roumanie, Slovaquie, Slovénie), ainsi que Chypre, Malte et la Turquie, pays également associés, se rallient à cette déclaration.

Je souhaite tout d’abord rendre un chaleureux hommage au Représentant Spécial du Secrétaire Général et à la MINUK pour le travail immense qu’ils ont accompli, au Kosovo, depuis près d’un an et demi. Lorsqu’il a pris ses fonctions, M. Bernard Kouchner a été confronté à une société kosovare profondément meurtrie et divisée, à une administration effondrée, à des drames humanitaires criants et à une économie en ruine. Sans relâche, avec son équipe, dans des conditions particulièrement difficiles, il a mis en oeuvre le mandat que le Conseil de sécurité lui a confié. Il a fait vivre la résolution 1244. Que ses efforts tenaces, qui portent aujourd’hui leurs fruits, soient ici salués.

Souvenons-nous.

En 1999, des centaines de milliers de Kosovars avaient été jetés sur les routes ou avaient pris le chemin de l’exil, loin de leurs foyers. La plupart sont maintenant de retour dans leurs villes et leurs villages d’origine. Un an après cet exode, les activités du pilier humanitaire de la MINUK ont pu prendre fin.

L’économie avait été anéantie et nombre d’habitations détruites. C’était "l’année zéro" du Kosovo. Aujourd’hui, l’initiative privée vient conforter l’aide internationale massive pour que la reconstruction soit menée à bien. A cet égard, l’Union européenne a joué un rôle décisif. Des dizaines de milliers de maisons sont rebâties, des combinats obsolètes sont progressivement mis aux normes, un budget du Kosovo est mis en place, un cadre juridique mieux adapté favorise la reprise de l’activité économique. Dans tous les secteurs, qu’il s’agisse du logement, de l’éducation, de la santé, des transports ou des infrastructures, les résultats sont là.

Les structures administratives n’existaient plus. Les anciennes, asservies aux intérêts particuliers d’un régime qui avait bafoué le droit des gens, s’étaient évanouies dans la tourmente. Les nouvelles restaient à édifier selon les principes de l’Etat de droit. La MINUK y a veillé. Elle y a travaillé méthodiquement. Elle a fixé des règles. Elle a créé de toutes pièces un appareil administratif. Elle s’est efforcée d’amener les responsables kosovars, quelle que soit leur origine ethnique, à participer ensemble à cette oeuvre. Elle n’a pas persévéré en vain.

Je tiens à féliciter le Représentant Spécial pour la préparation et le déroulement des élections municipales, au Kosovo, le 28 octobre. La KFOR et la MINUK ont veillé, ensemble, à garantir la sécurité.

Ce scrutin a été révélateur des évolutions favorables constatées ces derniers mois. Il s’est déroulé dans un climat apaisé. Il a été caractérisé par un taux de participation remarquablement élevé. Il a révélé le sens des responsabilités de la population, qui a accompli son devoir civique dans l’ordre et la dignité. L’administration pourra être plus proche de la population et mieux à l’écoute de ses attentes. Une nouvelle étape importante a été franchie dans la mise en oeuvre de la résolution 1244, qui demeure la clef de voûte de l’action de la communauté internationale au Kosovo.

L’approfondissement de la démocratie, la construction de l’Etat de droit et le respect des droits des minorités continuent à être au premier rang des priorités de la MINUK. A cet égard, s’agissant des élections locales, il convient de se réjouir de l’intention de M. Bernard Kouchner de désigner des représentants des Serbes du Kosovo dans certains conseils municipaux et d’organiser ultérieurement des élections partielles. D’une manière générale, toutes les initiatives lancées par la mission des Nations Unies pour permettre aux membres de la communauté serbe et d’autres minorités de vivre chez eux en paix et en sécurité doivent être saluées.

Cependant, même moins nombreuses, des manifestations d’intolérance subsistent. Ceux qui ont intérêt à faire échouer la réconciliation entre Kosovars de toutes origines poursuivent leurs provocations. Le meurtre de quatre membres de la minorité ashkalie, de retour dans leur village, vient récemment d’en donner un exemple odieux, qu’il faut condamner de la façon la plus ferme. Mais l’impunité ne prévaudra pas : les provocateurs n’auront pas le dernier mot. Ils seront poursuivis et devront répondre de leurs actes. Bernard Kouchner en a pris l’engagement.

Tous les habitants du Kosovo ont vocation à vivre ensemble sur leur terre commune. Cela implique le retour des réfugiés serbes, roms ou d’autres minorités. Une société kosovare multi-ethnique, démocratique et prospère, unie dans le respect des droits et de l’identité de chacun, est plus que jamais l’ambition affirmée de la communauté internationale. Malgré les obstacles qui doivent encore être surmontés, les Nations Unies appuient résolument le Représentant Spécial dans sa volonté inlassable d’atteindre cet objectif.

Les changements démocratiques dans la région permettront de progresser plus facilement. Les fils du dialogue pourront être renoués entre hommes et femmes de bonne volonté. Les gestes de paix pourront se multiplier. Les voies d’une nécessaire coopération pourront être de nouveau explorées. Le retour chez elle de la combattante des droits de l’homme Flora Brovina est une première illustration d’importance de ce contexte nouveau, qui ouvrira la voie à une résolution rapide de la question des prisonniers et des disparus dans son ensemble. Appelons de nos voeux la poursuite de ces évolutions encourageantes. Conformément à nos attentes, elles permettront d’édifier le Kossovo sur la base du droit et de la justice.



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