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18 janvier 2000 - La situation en Angola : Intervention de M. Alain Dejammet, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Nous avons bénéficié aujourd’hui de plusieurs interventions qui ont été concordantes, convergentes : l’exposé, comme toujours précis, rigoureux, de Monsieur Prendergast, l’intervention édifiante de l’ambassadeur du Canada - je pense que nous ne saurons jamais assez féliciter le président du Comité des sanctions pour l’opiniâtreté, la volonté qu’il manifeste pour donner une signification à l’action du Conseil de sécurité et au poids des sanctions - l’intervention, enfin, du Vice-ministre des Affaires étrangères de l’Angola.

J’ai dit que ces interventions étaient convergentes, concordantes. Elles nous amènent donc à conclure que nous ne pouvons que nous associer aux remarques faites au nom de la troïka par l’ambassadeur de la Fédération de Russie. Mais je voudrais également attirer l’attention sur l’intervention de l’ambassadeur du Royaume Uni qui a fait état d’une déclaration de l’Union européenne. Je crois qu’avec raison l’Ambassadeur Greenstock a rappelé que l’Union européenne, qui se félicitait du tour pris par les événements et de l’extension de l’administration du gouvernement de l’Angola, attire l’attention des autorités de Luanda, les encourage à mettre en place les conditions politiques, sociales et économiques qui permettront à la démocratie et à l’Etat de droit de s’épanouir en Angola. Il est en effet tout à fait bon que, à mesure que le gouvernement de Luanda réaffirme son autorité sur l’ensemble de l’Angola, il puisse administrer la preuve de son adhésion à ces valeurs de bonne gestion, à ces valeurs démocratiques qui confirment la consolidation d’une société civile libre. C’est l’objectif de la communauté internationale dans son appui au gouvernement de Luanda et nous ne pouvons donc que nous réjouir de tout ce qui peut être fait en ce domaine par les autorités angolaises.

Monsieur le Président, quelles autres leçons pouvons-nous retenir de ce débat ?

D’abord, sur les sanctions, il est clair, je l’ai déjà dit et la démonstration en a été faite par l’ambassadeur du Canada, que la volonté d’un président du Comité des sanctions, les moyens qu’il se donne pour s’acquitter de ses fonctions, aboutissent à des résultats. Il est patent que ces résultats se traduisent sur le terrain par les difficultés éprouvées par l’UNITA et sa perte d’influence. Le mérite en revient à la manière dont ce Comité des sanctions a su mener à bien l’application rigoureuse des décisions du Conseil de sécurité.

Autre remarque, Monsieur le Président, vous avez eu raison de vouloir, durant ce mois, enchaîner logiquement les débats et vous aviez été bien inspiré en invitant Madame Ogata à venir ici, parce que je crois que nous devons garder à l’esprit, aujourd’hui où nous parlons de l’Angola, ce qu’elle a dit de la situation humanitaire. Vous aviez eu raison, l’autre jour, de vous interroger sur les limites du mandat du HCR, car le problème en Angola est un problème de réfugiés, certainement, puisqu’il y a quand-même quelques centaines de milliers de réfugiés angolais dans les pays voisins, mais c’est surtout un problème considérable de personnes déplacées, plusieurs millions, et de façon encore plus inquiétante, c’est un chiffre de près de quatre millions de personnes touchées par la guerre que nous devons avoir à l’esprit. D’où la nécessité que nous suivions les appels lancés par Madame Ogata à l’aide internationale, que nous répondions favorablement à l’appel commun des Nations unies en faveur de l’Angola, qui s’élève à 258 millions de dollars, et enfin que nous tenions compte de ce qui a été dit par Madame Ogata sur la persistance du problème posé par les mines anti-personnelles, dont certaines d’ailleurs ont été posées depuis la reprise des combats. Au-delà donc du seul problème de l’Angola, ceci renforce notre conviction sur la nécessité d’une interdiction totale des mines anti-personnelles.

Autre remarque, Monsieur le Président, qui résulte des interventions faites, c’est évidemment le lien entre toutes les crises en Afrique. L’Angola a été amené à intervenir en République démocratique du Congo puisque l’UNITA cherchait à opérer à partir de ce territoire et l’on voit que le conflit atteint d’autres pays de la région, puisque très récemment ce sont nos amis namibiens qui ont été frappés et que des pertes civiles sont désormais enregistrées en Namibie également. Ceci souligne la nécessité pour nous, Conseil de sécurité, de traiter de l’ensemble des crises de la région d’une manière globale, chacune de ces crises affectant la sécurité dans les pays voisins.

Ces observations, évidemment, conduisent à prendre conscience du rôle nécessaire des Nations unies. L’ambassadeur du Mali a eu raison d’évoquer la mémoire, devant laquelle nous nous inclinons, de Maître Beye, qui venait du Mali. Nous ne pouvons, en ayant le souci de respecter sa mémoire, que souhaiter maintenir un rôle des Nations unies en Angola. Et nous espérons donc que l’accord sur le statut de la mission sera très prochainement définitivement agréé et mis en oeuvre. Nous saluons la décision du Secrétaire général de charger l’Ambassadeur Gambari, son conseiller spécial pour l’Afrique, d’une mission plus particulière en ce qui concerne l’Angola.

Mais nous ne pouvons pas ne pas réfléchir aux leçons du passé. La MONUA a été critiquée pour n’avoir pas vu que l’UNITA ne respectait pas ses engagements au titre du Protocole de Lusaka, en particulier en ce qui concerne le désarmement et la démobilisation. Je crois qu’il faut méditer sur cet aspect de la tragédie angolaise. Si la MONUA n’a pas pu remplir entièrement ses obligations, nous devons faire en sorte que les Nations unies ne s’exposent pas à de telles critiques ou à la répétition de pareilles observations lorsque nous prendrons, dans quelques jours, des décisions importantes sur le déploiement d’observateurs en République démocratique du Congo, chargés de la surveillance et du respect de l’accord de Lusaka. Je crois qu’il faut avoir très présentes à l’esprit les leçons de ce qui s’est passé en Angola et éviter de répéter les mêmes erreurs. Si nous sous-estimons, si nous sous-calibrons une mission des Nations unies, c’est-à-dire si nous avons à l’esprit des effectifs insuffisants, nous risquons de priver cette mission de la masse critique, du volume suffisant indispensable pour que cette mission puisse remplir son mandat. Or un échec en République démocratique du Congo ferait courir le risque que nous assistions, impuissants, à une reprise des hostilités comme nous en avons vécu la triste expérience à propos de l’Angola.

Je crois donc, Monsieur le Président, qu’il est indispensable que le Conseil de sécurité, sous votre autorité, ait en mémoire, très présente, cette expérience de l’Angola, au moment où il prendra les décisions importantes touchant l’ampleur, la configuration de l’opération que nous souhaitons mettre sur pied à propos de la République démocratique du Congo.

Je vous remercie, Monsieur le Président.



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