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18 juin 2003 - Afrique centrale : Intervention de M. Jean-Marc de La Sablière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

La mission du Conseil de sécurité qui s’est rendue en Afrique centrale, du 7 au 16 juin derniers, s’était donné pour objectif essentiel d’appuyer les processus de paix en République démocratique du Congo et au Burundi. Alors qu’à Bujumbura, le second Président de la période de transition vient de prendre ses fonctions, et qu’à Kinshasa l’accord global et " inclusif " devrait bientôt, nous l’espérons, se concrétiser par l’établissement d’un gouvernement de réconciliation nationale, force est de constater que les hostilités se poursuivent dans les deux pays. Ils sont, l’un et l’autre, à un moment crucial de leur histoire.

La mission du Conseil a examiné la situation avec les chefs d’Etat des pays qui sont le plus directement impliqués dans ces processus de paix, en Afrique du Sud, en Angola, en République démocratique du Congo, au Burundi, au Rwanda, en Tanzanie et en Ouganda. Elle a pris contact avec les dirigeants des mouvements rebelles armés, à qui des messages très fermes ont été adressés. Elle est allée à Bunia, deux semaines à peine après que l’urgence humanitaire ait conduit le Conseil à adopter la résolution 1484.

A Prétoria comme à Luanda et à Dar-es-Salam, les membres du Conseil ont recueilli les avis des chefs d’Etat sur les deux situations qui étaient au cœur de la mission, compte tenu de la contribution de leur pays au processus de paix.

A Kinshasa, la mission a demandé au Président Kabila et aux autres responsables congolais d’accélérer l’établissement du gouvernement de transition. Nous avons à cet égard bien noté l’engagement pris devant nous par les parties à régler, d’ici la fin du mois, la question de la désignation du personnel politique et militaire de la transition.

A tous, et notamment au RCD-Goma, nous avons rappelé avec la plus grande fermeté que le Conseil exigeait la cessation immédiate des combats. Un cycle de violences a ravagé l’Ituri depuis plusieurs mois. Les offensives se sont récemment intensifiées dans les Kivus. Les premières victimes ne sont pas les combattants, souvent bien armés, mais les populations civiles. Et il ne faudrait pas que l’une des prochaines victimes, si le programme politique de la transition ne se concrétisait pas, soit le processus de paix lui-même.

C’est pourquoi toutes les parties doivent veiller à ce que les groupes armés ne reçoivent plus les soutiens extérieurs grâce auxquels ils perpétuent le conflit. Nous avons dit aux présidents rwandais et ougandais, qui nous ont assurés de leur appui à la force multinationale déployée à Bunia, toute l’importance qui s’attachait à ce qu’ils puissent contribuer à la stabilisation de la région des grands lacs, en exerçant une influence positive sur ces groupes armés.

La mission du Conseil a également été l’occasion de rappeler à tous les acteurs qu’il ne saurait y avoir d’impunité pour les violations des droits de l’homme qui, presque toujours, accompagnaient les combats. Le pillage des ressources naturelles, analysé par le groupe d’experts que préside l’Ambassadeur Kassem, est devenu l’une des causes de la poursuite des hostilités dans l’est de la République démocratique du Congo, et ne saurait être davantage toléré.

A Bunia, les membres du Conseil pu apprécier la remarquable coopération entre la Monuc et la Force intérimaire multinationale d’urgence, dont je tiens ici à saluer le dévouement et le courage. Le déploiement de la force multinationale, qui s’effectue —malgré des conditions logistiques particulièrement difficiles— un peu plus rapidement que ce qui avait été envisagé compte tenu de ces conditions logistiques, a d’ores et déjà commencé à favoriser le retour de la sécurité. Les conditions seront ainsi réunies, lorsqu’elle s’en ira le 1er septembre, d’une efficacité accrue de la présence des Nations unies en Ituri.

Il est très vraisemblable que les camps où se sont rassemblées, à Bunia, les personnes déplacées par les récentes violences grossiront à mesure que la situation s’y normalisera. Les besoins humanitaires auxquels la communauté internationale aura à faire face seront considérables.

Bunia a été profondément traumatisée par les massacres dont ses habitants ont été les victimes. Un grand nombre des miliciens que nous avons pu voir sur le bord de notre route, étaient de jeunes enfants. La dignité, la détermination des représentants des institutions intérimaires de l’Ituri et des associations de femmes que la mission a rencontrés à Bunia, témoignent cependant que la paix et la réconciliation sont profondément voulues par la population, ce qui est une donnée essentielle dans la recherche d’une solution politique.

En Ituri comme dans le reste de la République démocratique du Congo, nous avons dit à tous que la solution du conflit ne peut être que politique. La Monuc devra, avec les autorités de transition à Kinshasa, œuvrer dans ce sens.

C’est dans cette perspective que les membres du Conseil devront examiner les recommandations que le Secrétaire général nous a soumises dans son dernier rapport spécial sur la Monuc. Il s’agira de définir quel pourrait être le rôle le plus efficace de la Monuc dans le processus de paix en République démocratique du Congo, y compris en envisageant notamment la possibilité de lui confier un mandat plus robuste en tenant compte du départ de la Force multinationale de Bunia le 1er septembre.

A Bujumbura, l’alternance intervenue le 30 avril à la tête de l’Etat, conformément à ce qui avait été prévu par l’accord d’Arusha, a rendu ce processus irréversible. Faute d’un cessez-le-feu complet, la paix dans ce pays demeure cependant fragile.

La mission du Conseil a donc encouragé les Burundais a faire les derniers gestes qui, aussi difficiles soient-ils après dix ans de guerre civile, leur permettront de sceller leur réconciliation. Nous avons invité les acteurs de la transition à continuer de démontrer leur détermination en accélérant les réformes, en particulier celle des forces de sécurité et celle de la justice. Nous avons exhorté les belligérants à mettre fin aux hostilités. Nous avons notamment fait savoir, de la manière la plus claire, aux mouvements rebelles qui n’ont pas signé l’accord d’Arusha, que les engagements de cesser-le-feu devaient être respectés. Nous leur avons dit qu’en tant que Burundais, ils devaient faire preuve de responsabilité en se joignant au processus de paix, et avons encouragé le gouvernement à leur ménager, dans cette perspective, une place dans l’armée et les institutions de transition. A tous, également, nous avons souligné que les graves violations des droits de l’homme dont les Burundais ont été les victimes ne pourraient pas rester impunies.

Les membres du Conseil ont pu apprécier le travail de la mission déployée par l’Union africaine au Burundi. Cette opération de paix, la première menée par l’Union africaine, mérite l’appui de la communauté internationale.

De même, la mission a constaté la nécessité d’apporter une aide budgétaire et économique adéquate au gouvernement de transition.

Cette mission du Conseil de sécurité, qui intervenait à un moment particulièrement délicat des deux processus de paix en cours en Afrique centrale, a permis de renouveler un dialogue direct avec leurs acteurs. Conscients que notre déplacement dans la région ne manquerait pas de susciter de forts espoirs, nous avons pris soin de rappeler à nos différents interlocuteurs que c’était avant tout et par-dessus tout d’eux-mêmes que dépendaient la paix et la réconciliation en République démocratique du Congo et au Burundi. Les Etats de la région ont également un rôle important à jouer pour y favoriser le retour de la paix et de la sécurité. La nécessité de rétablir la confiance de part et d’autre des frontières a, à cet égard, été reconnue par tous. Il me semble que, tout en ayant à l’esprit la perspective de la conférence internationale sur la paix dans l’Afrique des grands lacs, nous pourrions dès à présent réfléchir à la forme que pourrait prendre l’idée d’une déclaration de bon voisinage, et qui a suscité des premières réactions d’intérêt de la part des chefs d’Etat à qui nous l’avons soumise.



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