Twitter Facebook Flickr Youtube RSS Share

21 janvier 2002 - Kosovo : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Je souhaite d’abord remercier M. Jean-Marie Guéhenno pour les indications qu’il nous a données sur la situation et les perspectives au Kosovo. Je rends aussi hommage à M. Hans Haekkerup pour les succès qu’il a enregistrés au cours de l’année écoulée. La France se réjouit de l’annonce, par le Secrétaire général, de son intention de nommer M. Michael Steiner à la tête de la MINUK. Elle forme les vœux les plus chaleureux pour le plein succès de son action.

Plus tard dans notre débat, le représentant permanent de l’Espagne exposera de façon complète la position de l’Union européenne. La France s’associe pleinement à sa déclaration. Je me limiterai, quant à moi, à quelques brefs commentaires additionnels.

1) Il y a deux mois, le 17 novembre, les électeurs kosovars de toutes origines ont choisi les cent vingt membres de l’assemblée du Kosovo. A l’occasion de ce scrutin, en se rendant aux urnes pacifiquement et en nombre, ils ont montré leur sens des responsabilités. Ce faisant, ils ont apporté une contribution décisive à l’ouverture d’une nouvelle page de la mise en œuvre de la résolution 1244 : celle des institutions de l’autonomie provisoire. Conformément au cadre constitutionnel, ces institutions se verront graduellement transférer d’importantes attributions de la MINUK et prendront en charge l’administration du Kosovo au jour le jour. Les bases d’une appropriation par les Kosovars de la gestion de leur vie quotidienne ont ainsi été posées.

A ce stade, toutefois, les institutions de l’autonomie ne sont toujours pas en place : les effectifs de la présidence de l’assemblée du Kosovo ne sont pas au complet ; le processus de désignation du président du Kosovo n’a pas abouti ; le gouvernement n’est pas encore constitué. Par conséquent, à ce jour, la dévolution de pouvoirs prévue par le cadre constitutionnel n’a pas pu être menée à bien comme prévu.

Dans ces conditions, il est important que les responsables politiques kosovars répondent aux attentes des populations en contribuant à donner vie aux institutions de l’autonomie provisoire. Il est souhaitable que ces institutions deviennent une réalité au plus vite afin d’assumer pleinement les fonctions que la communauté internationale leur a reconnues.

Dans cette perspective, les élus devraient s’atteler sans tarder à la désignation de tous les membres de la présidence de l’assemblée, ainsi qu’à l’élection du président du Kosovo. L’implication active et responsable des membres de l’assemblée dans ces choix est requise par l’esprit de ce processus démocratique. Le boycott n’est pas une solution.

2) Je souhaite également exprimer notre consternation face au meurtre de M. Smajl Hajdaraj, membre de l’assemblée du Kosovo. Nous condamnons le lâche attentat dont cet élu kosovar a été la cible. Nous appuyons les efforts de la MINUK pour en arrêter les auteurs, les traduire en justice, déterminer leurs mobiles et identifier leurs éventuels commanditaires. Nous réprouvons catégoriquement l’intimidation, la violence et les atteintes au pluralisme, qui ne sauraient être tolérées en aucune circonstance dans la vie publique kosovare.

D’une manière générale, la lutte contre l’insécurité, les violences et la criminalité organisée seront, cette année encore, au cœur des préoccupations de la MINUK. La poursuite des actions résolues engagées dans ce domaine est indispensable, dans l’intérêt du Kosovo comme de toute la région. La KFOR et la MINUK, en particulier son pilier "justice et police", continueront à s’investir dans cette tâche. Les responsables politiques kosovars devraient apporter tout leur concours au succès de cette entreprise essentielle.

3) Le développement du dialogue avec les autorités yougoslaves fait aussi partie des priorités de l’année qui commence. Nous l’appelons de nos vœux. Il s’agit de mettre pleinement en œuvre le document conjoint signé le 5 novembre par M. Haekkerup et M. Covic. De ce point de vue, la réunion du groupe de travail de haut niveau institué par ce document, le 18 janvier à Belgrade, est de bon augure. Il serait souhaitable que des représentants des nouvelles institutions kosovares élues puissent rapidement se joindre à ceux de la MINUK lors de futures rencontres. Il n’y aurait que des avantages à ce qu’une coopération pragmatique puisse s’établir sur les questions d’intérêt commun. La compréhension mutuelle, la réconciliation interethnique et, plus largement, le rapprochement des Balkans avec l’Europe s’en trouveraient favorisés.

A court terme, des progrès sur le dossier des prisonniers et des disparus seraient souhaitables. Ils paraissent à portée de main. Par ailleurs, il conviendrait que les responsables politiques kosovars se prononcent clairement et sans tarder en faveur du retour au Kosovo des personnes appartenant à des minorités. Des gestes en ce sens conforteraient les projets lancés par la MINUK, dont nous escomptons l’accélération.

4) M. Steiner prendra ses fonctions à un moment crucial, après les élections du 17 novembre et avant la mise en place effective des institutions de l’autonomie provisoire. Il bénéficiera de tout notre soutien dans la mission délicate qui l’attend./.



Bookmark and Share
Bookmark and Share
Rss
Organisation des Nations Unies Présidence de la République France Diplomatie La France à l'Office des Nations Unies à Genève Union Européenne Première réunion de l'ONU