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22 décembre 1999 - Timor oriental : Intervention de M. Alain Dejammet, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je voudrais me joindre à ceux qui vous ont exprimé leur reconnaissance pour l’organisation de ce débat. Je voudrais également remercier M. Annabi pour les informations qu’il nous a apportées et qui nous permettent de faire une évaluation actualisée de la situation au Timor oriental.

Les informations, de manière générale, sont positives et ceci est évidemment un motif de satisfaction pour les membres du Conseil de sécurité. L’Ambassadeur du Brésil a justement rappelé que c’est son pays qui, dès le mois d’avril, a commencé à sensibiliser les membres du Conseil à l’évolution de la situation. Et je crois que nous pouvons, a posteriori, considérer que les mois écoulés ont donné pour une fois l’exemple d’une action active et finalement heureuse du Conseil de sécurité. Mais le mérite pris dans le traitement de cette affaire par l’un des membres du Conseil, au départ le Brésil, évidemment l’action efficace du Portugal, puis ensuite, lors de la crise d’août-septembre, les efforts des présidents successifs du Conseil de sécurité à cette époque, tout ceci doit, je crois, être justement rappelé.

Ajuourd’hui les indications portant sur le fonctionnement de l’ATNUTO, je le répète, nous conduisent à des conclusions plutôt optimistes. Tout ceci s’explique sans doute par les objectifs clairs que le Représentant spécial sait assumer et notamment l’insistance qu’il met sur le thème de la réconciliation nationale. Je crois que lorsqu’une volonté aussi évidente anime un haut fonctionnaire des Nations unies, lorsque celui-ci lui consacre toute l’énergie de la bonne équipe qu’il a su réunir avec lui, les résultats s’ensuivent. Et l’on voit effectivement des rencontres entre chefs de milices qui étaient réputés anti-indépendantistes et dirigeants actuels du mouvement vers l’indépendance de Timor. On voit ces rencontres s’organiser. On assiste à la mise en place d’institutions dans tous les domaines, sur le plan administratif, mais également sur le plan judiciaire. On voit se concrétiser ce qui est l’un des buts poursuivis théoriquement par les Nations unies dans d’autres situations dans le monde, qui est celui de l’apaisement et de la réconciliation nationale. Et je crois que là encore, hommage vraiment très sincère doit être rendu à M. Vieira de Mello et à l’équipe qu’il a constituée.

Les résultats ne se font pas attendre et je crois qu’ils se sont manifestés lors de la réunion des donateurs. La communauté internationale étant témoin d’une entreprise qui réussit répond et répond généreusement aux appels qui sont lancés. La conférence des donateurs qui s’est réunie récemment à Tokyo a donné des résultats qui dépassaient en fait les attentes.

Et ceci évidemment est bien, mais je crois que pour une fois nous pourrions presque comparer la situation dans cette région d’Asie à ce qui se passe en Europe, parce que l’on parle souvent de double standard, de disproportion entre ce qui est fait pour l’Europe et pour d’autres régions du monde. Je crois que nous devons avoir à l’esprit la générosité qui s’est manifestée à propos du Timor, qui est venue aussi de l’Union européenne, mais qui est venue à titre bilatéral de plusieurs pays de la région, je pense au Japon, à l’Australie, à la Thaïlande, je pense en fait pratiquement à tous les pays d’Asie qui ont répondu bilatéralement très généreusement aux appels. Et je souhaiterais qu’une telle générosité se manifeste aussi à propos d’une autre région, le Kosovo, qui a bien besoin d’un soutien financier de la communauté internationale si nous voulons donner à l’opération des Nations unies les mêmes chances de réussite qu’à celle qui se déploie actuellement à Timor.

Le résultat se manifeste aussi dans le retour des réfugiés. Toutefois nous comprenons qu’il y a encore plusieurs dizaines de milliers de réfugiés qui n’ont pas fait mouvement et je souhaiterais savoir de M. Annabi s’il peut expliquer ces chiffres, soit par des refus volontaires de réfugiés ou par d’autres raisons. Est-ce que, malgré les conditions de sécurité offertes dans le Timor oriental, malgré la volonté de réconciliation nationale affirmée par l’ATNUTO et par les dirigeants timorais réunis autour de M. Vieira de Mello, est-ce que, malgré ces informations satisfaisantes, un certain nombre de réfugiés refusent volontairement de rentrer à Timor est, ou est-ce dû à des difficultés logistiques - état des routes, difficultés d’acheminement.

Le deuxième enseignement positif, c’est évidemment l’évolution rapide d’une opération qui était au départ autorisée par le Conseil de sécurité, mais qui était de caractère intergouvernemental, vers une opération de maintien de la paix des Nations unies. Sur ce terrain, je ne puis que marquer ma complète adhésion avec les idées martelées par le représentant du Canada. Il avait incontestablement raison sur le fond. Cette opération doit être une opération des Nations unies. La réalité commande souvent et pour réagir vite nous sommes parfois amenés à utiliser la formule d’une autorisation donnée par le Conseil de sécurité à une force multinationale. En l’espèce, c’est d’ailleurs l’Australie, mérite en a déjà été rendu, qui a pris sur elle le principal de la responsabilité et du fardeau de cette opération, au prix des coûts qui ont été soulignés à juste titre par l’Ambassadeur du Canada. Et ceci s’explique compte tenu de l’urgence et de la nécessité de réagir vite. Cela n’a pas été la seule expérience. Nous avons vu en Afrique des précédents de ce genre, nous l’avons vu aussi en Europe avec l’opération Alba, mais les membres du Conseil de sécurité qui soulignent que notre objectif devrait être le déploiement d’une véritable opération des Nations unies avec un financement obligatoire ont raison. C’est la raison pour laquelle je ne puis que me réjouir, comme l’Ambassadeur du Canada, que très bientôt cette évolution ait lieu et que nous ayons affaire à une opération de maintien de la paix.

La seule question que je me permettrais de poser à M. Annabi dans ce domaine est de savoir si le chiffre important qui a été prévu - plus de huit mille hommes - pour cette opération, avec les coûts qui s’ensuivent, pourrait être éventuellement revu à la baisse dans des conditions réalistes et pour autant, bien sûr, que les conditions de sécurité soient respectées. Voilà une situation, sur le terrain, qui nous paraît évoluer de manière satisfaisante, sous réserve aussi que les procédures en cours dans le domaine des droits de l’homme soient respectées, parce qu’elles sont liées à l’affermissement de la réconciliation nationale. Est-ce que, dans ces conditions, le volume de l’opération proprement militaire ne peut pas être revu à la baisse ? C’est au Secrétariat de nous founir des informations en ce domaine.

Je répète, le coût total de l’opération est important. Il est parfaitement justifié, mais il se traduit par des résultats positifs. Ayons cela à l’esprit lorsque nous examinons la situation également au Kosovo où les engagements de la communauté internationale, sur le plan financier, sont malheureusement inférieurs. Je vous remercie.



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