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22 octobre 2002 - Afrique : Intervention de M. Yves Doutriaux, Représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies

Comme l’ont noté les précédents orateurs, l’Afrique centrale est déchirée par de nombreux conflits auxquels le Conseil de Sécurité consacre une part importante de son temps de travail. Je ne vais pas revenir sur la description de chacun des conflits qui endeuillent la région, ou sur les efforts conséquents déployés par les Nations Unies en appui aux processus de paix en RDC, en Angola, en République Centrafricaine ou au Burundi. Je voudrais simplement faire part des réflexions suivantes que nous inspirent le suivi de ces dossiers au Conseil et les interventions des Ministres qui se sont exprimés tout à l’heure.

La coopération avec les Etats de la région, pour commencer, apparaît de plus en plus comme une nécessité. De fait, le Conseil a su se constituer une relation de travail privilégiée avec les Etats de la région et le meilleur exemple est sans doute celui du conflit en RDC, à propos duquel le Conseil a pu établir un véritable partenariat avec les signataires de l’accord de Lusaka, partenariat qui s’est progressivement étoffé à la faveur des missions régulières du Conseil sur place, et des rencontres à New York, ici même, au moins une fois par an.

Cette relation de confiance établie entre le Conseil et les Etats de la région lui permet d’avoir à la fois un contact direct avec la réalité du terrain et un relais pour passer les messages nécessaires - et parfois les avertissements qui s’imposent. De fait, l’effort de tous les pays de région est nécessaire pour consolider les progrès qu’a enregistrés dernièrement le processus de paix en RDC, progrès qui restent encore très fragiles :

* Tous les Etats de la région doivent exercer les pressions nécessaires pour que les groupes et factions armées sur lesquels ils ont de l’influence, dans l’est du pays, déposent les armes et pour que cessent les massacres qui y prennent place.

* Le processus de retrait des forces étrangères doit être mené à son terme, car c’est une condition nécessaire au retour à la paix, enfin, dans la région, et les Etats concernés doivent coopérer pleinement à la mise en œuvre du programme de démobilisation et de rapatriement / réinsertion des membres des groupes armés.

* Il faut aussi que les parties mettent pleinement en œuvre les résolutions du Conseil, à commencer par la démilitarisation de la ville martyre de Kisangani : là encore, les Etats voisins ont un rôle à jouer pour amener les rebelles du RCD à se conformer à cette obligation.

* La Monuc devra se déployer dans l’est du pays, à la fois pour mieux observer la situation sur le terrain, et pour apporter son appui aux processus de retrait et de DDR.

* Les Congolais, pour leur part, doivent maintenant s’entendre sur les modalités de la transition politique dans ce pays, et arriver à un accord politique incluant toutes les parties.

* Enfin, la mobilisation de tous va être nécessaire pour mettre un terme au pillage des ressources du Congo. Comme vient de nous le rappeler le rapport Kassem, le pillage est un des moteurs de ce conflit, et il bénéficie de complicités dans tous les camps : il n’est pas acceptable que les ressources de ce grand pays continuent à être utilisées pour le plus grand malheur du peuple congolais.

Le processus de paix en RDC n’est pas dissociable du processus engagé au Burundi et là aussi, le Conseil encourage la région dans ses efforts. Le dernier sommet de l’Initiative Régionale a permis de progresser vers le cessez le feu, et il faut maintenant que les derniers mouvements rebelles récalcitrants cessent les hostilités et négocient de bonne foi.

Le processus en Angola a connu des bouleversements considérables cette année, et pour la première fois, le Protocole de Lusaka est en passe d’être appliqué. Il faut que les Angolais tirent pleinement profit de cette chance historique de permettre un retour de la stabilité et de la prospérité pour tous dans ce pays trop éprouvé par l’Histoire.

La RCA, enfin, constitue un bon exemple de coopération entre le système des Nations Unies et l’Afrique centrale en matière de maintien de la paix et de la sécurité. Une force internationale d’observation va s’y déployer, à la suite d’une initiative régionale menée par le Président Bongo auquel je rends hommage. Les Chefs d’Etat de la CEMAC l’ont décidé lors du Sommet de Libreville du 2 octobre. Cette force aura un rôle stabilisateur pour le pays et au delà pour la région toute entière. Il s’agit d’une force d’observation, et non d’interposition : c’est dire que la responsabilité première de la stabilité régionale dépendra avant tout des parties elles-mêmes. Il faudra qu’elles mettent en œuvre à brève échéance les mesures de confiance qui ont été acceptées au sommet de Libreville, et notamment procèdent à l’éloignement des personnes qui constituent un obstacle aux relations de bon voisinage entre la RCA et le Tchad. Il importe également que le président Deby se rende prochainement à Bangui, comme il en a exprimé l’intention.

Notre Conseil a établi un véritable partenariat avec le CEMAC pour le déploiement de cette force. Dans une déclaration présidentielle adoptée vendredi dernier, il a apporté son soutien politique aux Etats de la CEMAC. Il a encouragé les pays extérieurs au continent à fournir des contributions, logistiques ou financières. Notre Conseil a aussi posé des bases d’un bon partenariat entre la force et la présence des Nations Unies sur le terrain : une liaison avec le BONUCA et le général Cissé est prévue, le Gabon comme nation-pilote fera rapport au Conseil de sécurité.

Au-delà du suivi de ces crises, de l’engagement du Conseil et de ses partenaires de la région, l’expérience que nous avons accumulée en Afrique centrale nous montre que les questions de sécurité ne sont pas les seules à prendre en compte pour arriver à un règlement définitif. La réussite des processus de paix repose bien sûr en premier lieu sur les efforts des parties elles-mêmes, mais tout processus de paix a besoin qu’on lui donne les moyens financiers nécessaires à son succès. Dans le prolongement des missions qu’il a effectuées dans la région des Grands Lacs, le Conseil a entamé un dialogue fructueux avec la Banque Mondiale et avec le FMI et nous sommes heureux de constater l’implication croissante des institutions financières internationales dans la consolidation des processus de paix dans la région, comme le montrent les décisions récentes prises sur la RDC et le Burundi. Au-delà des efforts d’urgence de la Banque et du Fonds, le retour de la stabilité à long terme dans la région passe sans doute par l’organisation d’une conférence internationale pour la paix, la sécurité, la démocratie et le développement dans la région des Grands Lacs, qui associerait à la fois les parties, les Etats de la région et les membres de la communauté internationale à la définition des mesures à prendre et à la mobilisation des moyens nécessaires pour les mettre en œuvre. Une telle conférence permettrait d’aborder de manière inclusive les différents aspects des conflits dans l’Afrique des Grands Lacs. Selon la France, le moment est venu de réfléchir aux modalités et conditions de cette conférence. La mobilisation de tous sera nécessaire pour en permettre le succès.



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