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23 mars 2004 - Moyen-Orient : Intervention de M. Jean-Marc de la Sablière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Avant de commencer, je rappelle que la France s’associe pleinement au discours qui sera prononcé tout à l’heure par la présidence de l’Union européenne.

La France condamne l’action conduite contre Cheikh Ahmed Yassine qui a fait dix morts palestiniens comme elle a toujours condamné le principe de toute exécution extrajudiciaire, contraire au droit international. La pratique des exécutions extrajudiciaires viole les principes fondamentaux de l’Etat de droit sans lequel il n’y a pas de politique juste et efficace possible, y compris en matière de lutte contre le terrorisme. Cette pratique des forces armées israéliennes doit cesser. Au-delà de son caractère illégal, l’attaque d’hier risque d’être contre-productive au plan politique. Elle comporte des risques d’aggravation de la tension dans les territoires palestiniens occupés et dans l’ensemble de la région. Elle compromet les efforts déployés au cours des derniers mois pour obtenir un cessez-le-feu des mouvements palestiniens. Elle ne peut que conduire à une radicalisation des esprits dans la population palestinienne, et au-delà, parmi les populations du Proche et du Moyen-Orient. La France marque son extrême préoccupation devant le risque d’une nouvelle dégradation de la situation et appelle toutes les parties à la plus grande retenue face à ce nouveau coup porté aux efforts récents pour une reprise du processus politique.

La France reconnaît le droit imprescriptible d’Israël à la sécurité et son droit à se défendre et à lutter contre les attentats terroristes, qui sont absolument condamnables, moralement répugnants et qu’aucune cause ne saurait justifier. La France condamne systématiquement les attentats suicides et autres attaques terroristes commises contre des civils israéliens par les groupes palestiniens armés, notamment les brigades du Hamas. Cependant, la lutte contre le terrorisme doit se faire dans le respect du droit. Son efficacité dépend en effet de son caractère légitime, crédible et juste.

La sécurité d’Israël et de ses citoyens passe par la paix. La violence, qui a tué plus de 3.200 Palestiniens et plus de 900 Israéliens depuis la fin septembre 2000, ne peut pas être une solution.

Tout doit être fait pour sauver la Feuille de route et avec elle, pour sauver la possibilité d’un règlement juste et négocié fondé sur les principes consacrés par les résolutions 242, 338, 1397 et 1515 du Conseil de sécurité et le principe de l’échange de la terre contre la paix. Il n’y a pas d’alternative à la relance de la mise en œuvre de la Feuille de route qui reste le seul plan de règlement agréé par les deux parties et endossé par la communauté internationale. Le dialogue et le processus politiques doivent reprendre. La France réaffirme sa conviction que seule une solution juste et négociée conduisant à la fin de l’occupation de 1967 et à la création à côté d’Israël d’un Etat palestinien indépendant, viable, pacifique et souverain apportera à Israël la sécurité à laquelle tous les Israéliens ont droit.

La France appelle les parties à remplir immédiatement leurs obligations réciproques et parallèles dans le cadre de la Feuille de route. Le premier pas est de renoncer à la violence. L’Autorité palestinienne doit mettre en œuvre les réformes sécuritaires, et faire en sorte que son appareil de sécurité soit centralisé sous une autorité unique. Elle doit prendre les mesures nécessaires pour démanteler les infrastructures terroristes, prévenir de nouvelles attaques et s’assurer que les auteurs des actes terroristes sont traduits en justice. La communauté internationale est prête à aider les Palestiniens à remplir leurs obligations. Le gouvernement d’Israël doit respecter ses obligations de puissance occupante en vertu de la quatrième convention de Genève. Les autorités israéliennes doivent renoncer à la construction de la barrière de séparation empiétant sur les territoires palestiniens occupés depuis 1967, arrêter la politique d’implantation de colonies de peuplement, y compris à Jérusalem Est et prendre les mesures nécessaires pour améliorer la situation humanitaire et économique de la population palestinienne, notamment en mettant fin aux bouclages et aux entraves à la circulation des biens et des personnes.

La France est convaincue que c’est seulement par une action collective que la communauté internationale, en particulier à travers le Quartet, peut jouer un rôle essentiel pour contribuer à l’avènement d’une solution juste et acceptable par les deux parties. Il faut sortir de l’impasse actuelle et mettre fin au cycle de la haine et de la vengeance. Nous avons le devoir collectif d’agir pour aider les parties à prendre le risque de la paix.

L’enjeu est d’autant plus fondamental que le règlement du conflit israélo-palestinien est une condition essentielle pour que le Moyen-Orient retrouve la stabilité et puisse s’engager sur la voie des réformes et de la modernisation./.



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