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24 octobre 2000 - Les femmes, la paix et la sécurité : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, au nom de l’Union Européenne

Monsieur le Président,

J’ai l’honneur de m’exprimer au nom de l’Union Européenne. Les pays d’Europe centrale et orientale associés à l’Union Européenne (Bulgarie, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, République Tchèque, Roumanie, Slovaquie et Slovénie) et les pays associés (Chypre, Malte) se rallient à cette déclaration.

Monsieur le Président,

Permettez-moi de vous remercier, au nom de l’Union Européenne, d’avoir inscrit à l’ordre du jour de nos travaux le thème des femmes dans la paix et la sécurité. L’intérêt du Conseil de Sécurité pour la situation spécifique des femmes est récent : le Conseil a ainsi salué leur rôle particulier le 8 mars dernier à l’occasion de la journée internationale des femmes, à l’initiative de notre président en exercice d’alors, l’Ambassadeur du Bangladesh. Ce débat s’inscrit logiquement dans l’intérêt porté à la protection des civils dans les conflits armés et dans la compétence du Conseil pour la paix et la sécurité.

Nos travaux ne doivent pas ignorer ceux engagés par ailleurs aux Nations-Unies : la question des femmes dans les conflits a été en effet un des douze domaines d’action de la plate-forme de Pékin et la session spéciale de l’Assemblée Générale de juin 2000, qui inscrivait justement la paix dans son intitulé, a repris et renforcé les recommandations sur ce thème.

Le rôle des femmes dans toutes les situations sera, je n’en doute pas, pris en compte par le Conseil de Sécurité.

Une première remarque, si vous le permettez : lorsqu’on traite des conflits, le rôle des femmes apparaît essentiellement passif. Les femmes ne sont mentionnées généralement que comme victimes. De fait, dans la mesure où ce sont les populations civiles qui souffrent le plus des conflits, elles représentent un fort pourcentage des victimes.

Il importe donc que les forces de maintien de la paix soient sensibilisées et formées pour prendre en compte dans leurs missions leurs besoins spécifiques de protection. Au cours des dernières années, une attention particulière a été portée à l’utilisation de la violence sexuelle comme arme de guerre. Ces agressions visent essentiellement les femmes, parfois victimes de viols systématiques et d’agressions commises en raison de leur sexe. Ces actes ne doivent pas rester impunis.

A cet égard, l’Union Européenne se félicite que la Cour Pénale Internationale qualifie de crimes de guerre et, dans des circonstances précises, de crimes contre l’humanité, les actes de violence sexuelle commis en temps de conflit. Elle appelle tous les Etats à signer ou à ratifier le statut de la Cour Pénale Internationale et à en intégrer les principes dans leur législation nationale.

Les femmes constituent aussi une grande proportion des populations réfugiées ou déplacées, ce qui les expose à une très grande vulnérabilité. L’Union Européenne est préoccupée du développement de la traite dans les situations de conflit. Elle se réjouit de l’avancement des travaux d’adoption de la Convention sur la criminalité transnationale organisée et de ses protocoles, notamment celui relatif à la traite des êtres humains, et appelle à leur conclusion rapide.

Mettre fin aux violences impose de répondre à un double défi : le devoir de justice d’une part, la nécessité de réconciliation d’autre part. Les femmes ont souvent eu une action déterminante dans ce domaine, notamment en Afrique - je pense par exemple au Burundi - ou en Amérique Latine. Nous avons tous en mémoire l’exemple des grand-mères de la place de mai qui ont permis d’éviter que la mémoire des disparus ne sombre dans l’oubli.

Cet exemple nous montre aussi, et j’en viens à ma deuxième remarque, que les femmes ne sont pas seulement victimes dans les situations de conflit : elles peuvent jouer un rôle essentiel dans leur résolution et dans la reconstruction. Bien qu’encore sous-représentées dans les postes de décision, les femmes ont commencé à participer activement à la résolution des conflits, au maintien de la paix, à la défense et aux affaires étrangères. Il importe de créer les conditions qui leur permettent d’être encore davantage parties prenantes.

Au sein des instances compétentes des Nations Unies, il est acquis que les femmes doivent pouvoir se faire entendre et avoir accès aux postes décisionnels. Il faudrait également faire plus souvent appel à des femmes qui disposent de l’expérience et des compétences requises pour les postes de représentants ou d’envoyés spéciaux. Nous disposons là d’un réservoir de ressources humaines dont les Nations Unies ne tirent pas assez parti.

Le rapport Brahimi offre l’occasion d’une réflexion approfondie sur l’intérêt de stratégies intégrées de prévention des conflits et de consolidation de la paix. Il apparaît que le rôle des femmes n’y est pas intégré, y compris par des recommandations sur la formation en la matière des personnels des Nations Unies envoyés sur le terrain. L’importance nouvelle donnée aux volets civils des opérations de paix devrait permettre aux femmes d’y participer plus largement. Une composition équilibrée des équipes devrait être recherchée et permettre aux femmes d’exercer leur aptitude largement reconnue de nouer des contacts avec les communautés locales et de partager les réalités quotidiennes. Nous souhaiterions que cette question soit prise en considération dans l’examen de suivi de ce rapport.

Dans leur pays même, les femmes doivent être encouragées à participer à la réconciliation et à la reconstruction, parce qu’elles s’y attachent déjà dans les faits. Il conviendrait d’étudier les moyens de mieux associer la société civile, et plus particulièrement les organisations de femmes, aux activités dans des domaines cruciaux au moment de la reconstruction, comme par exemple la justice. Il est également essentiel de maintenir les services sociaux de base, en particulier pour les femmes et les enfants, dans les situations post-conflit.

La cohésion sociale, nécessaire à la stabilisation des Etats qui sortent d’une situation de conflit ou qui en sont menacés, est favorisée par l’égalité entre les femmes et les hommes et le respect de leurs droits. La reconstruction des institutions démocratiques et de la vie politique et publique d’un pays doit s’accompagner de la participation des femmes au processus de décision, dans un souci de parité. A cet égard, l’Union Européenne salue les initiatives menées par l’OSCE en Bosnie-Herzégovine et, au sein du Pacte de stabilité pour les Balkans, la création d’un groupe de travail qui a défini un plan d’action visant à la parité hommes-femmes.

L’Union européenne souligne également que cette question figure en bonne place dans la déclaration adoptée lors du Sommet du millénaire qu’il nous appartient de mettre en oeuvre, pour le bénéfice des populations concernées.



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