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25 janvier 2001 - La situation en Sierra Leone : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Je souhaiterais tout d’abord indiquer que ma délégation s’associe pleinement au discours que l’ambassadeur de Suède prononcera dans le cours de ce débat au nom de l’Union européenne.

Nous nous réjouissons de ce que le rapport du groupe d’experts créé par la résolution 1306 pour étudier la question du commerce des diamants et des armements en relation avec la Sierra Leone puisse faire l’objet aujourd’hui d’un débat public du Conseil de sécurité. C’est pour nous un point de principe fondamental que des rapports qui mettent en cause, d’une façon ou d’une autre, des Etats puissent faire l’objet d’un débat contradictoire, transparent et ouvert à tous. Il s’agit là également d’une occasion importante de dialogue entre les pays membres du Conseil de sécurité et tous les pays membres de notre organisation afin que chacun puisse apporter ses vues et participer au débat.

Avant d’en venir au contenu de certaines des recommandations formulées par le groupe d’experts, je souhaiterais partager avec les membres du Conseil l’appréciation positive que porte la France sur le contenu de ce rapport. Le travail qui a été réalisé par les experts est un travail sérieux et complet, dont les informations nous paraissent mieux recoupées que celles données par d’autres rapports l’an passé. Le rapport met bien en évidence l’existence d’un réseau complexe et enchevêtré de soutien au RUF. Au-delà de la responsabilité du Libéria, dont nous espérons tous qu’il pourra effectivement rectifier ses errements passés, nous devons réfléchir tous ensemble, pays membres du Conseil de sécurité, pays membres de l’OUA et des organisations sous-régionales africaines, pays acheteurs de diamants, pays vendeurs d’armes, aux moyens de mettre en échec la criminalité organisée qui profite et abuse du conflit sierra léonais, comme malheureusement d’autres conflits en Afrique. Ces criminels agissent bien souvent, comme le rapport le marque clairement, à l’insu des autorités nationales compétentes qui, faute de moyens ou faute de volonté politique, n’arrivent pas à maîtriser leurs agissements.

Des noms, les mêmes, reviennent d’un rapport à un autre. Je n’en citerai qu’un, celui de Victor Bout, qui posséderait une flotte de plus de 50 avions et qui serait à lui seul impliqué dans nombre de trafics illégaux dans toute l’Afrique en soutenant les mouvements les plus condamnables comme le RUF ou l’UNITA. Il est temps aujourd’hui que la Communauté internationale, unie, rassemblée, mette enfin un terme à ce type d’agissements. Tous les pays devraient apporter leur coopération à cette fin.

La France a particulièrement apprécié deux recommandations générales qui sont faites dans le rapport. Elle espère profondément qu’une suite concrète pourra leur être donnée :

- La première recommandation porte sur l’extension du régime de certification des diamants sierra léonais. Les experts souhaitent que ce régime puisse servir de modèle dans le cadre du processus dit de Kimberley. Nous soutenons cette idée. Nous appuyons également l’idée d’une extension progressive du régime de certification sierra léonais à tous les pays voisins et de la sous-région.

- La seconde recommandation vise à un meilleur contrôle des exportations des petites armes par les pays producteurs eux-mêmes. Le renforcement des contrôles douaniers, avec un appui approprié de la Communauté internationale, constitue à cet égard une priorité.

Une large partie du rapport est consacrée à l’implication des autorités du Libéria dans le conflit sierra léonais et le soutien continu qu’elles ont apporté au mouvement rebelle en lui fournissant des armes, en achetant ses diamants, en hébergeant certains des ses cadres. Nous voulons croire, Monsieur le Président, que la publication de ce rapport, la prise de conscience de la Communauté internationale, les dommages qui en résultent pour le Liberia, amèneront le gouvernement libérien à réviser drastiquement sa politique. Cependant, trop de promesses ont été faites par le passé pour que nous puissions nous contenter de belles paroles. La France appuie donc le principe de l’établissement d’un régime de sanctions effectif contre les dirigeants libériens. Nous n’entendons pas là promouvoir une approche punitive mais au contraire une approche incitative pour accompagner les mesures qui seront prises au niveau national. La France est notamment encouragée par la décision récente prise par le Libéria d’expulser de Monrovia tous les dirigeants du RUF qui y résident. Au delà du Libéria, le règlement de cette crise en Afrique de l’Ouest nécessitera également la bonne volonté de tous les pays voisins et le souci d’aller vers la paix régionale, plutôt que de jeter inutilement de l’huile sur le feu.

Afin qu’il puisse avoir un impact positif sur la situation, le régime des sanctions qu’adoptera le Conseil de sécurité doit à nos yeux respecter les principes suivants :

1/ les mesures proposées doivent être de durée limitée : il ne s’agit en aucun cas de faire preuve d’une quelconque complaisance à l’égard des agissements condamnables des autorités libériennes, mais seulement d’assurer que le que le Conseil de sécurité sera en mesure de réexaminer en profondeur et régulièrement le dossier, y compris, le cas échéant, au regard de l’évaluation qu’il fera à cette occasion, pour proroger ces mesures.

2/ Les mesures proposées ne doivent en aucun cas pénaliser ou affecter la population libérienne - une des plus pauvres du monde. Les mesures proposées doivent avoir un lien avec le conflit sierra léonais et l’imbrication du Libéria dans ce conflit.

3/ Les mesures proposées doivent être incitatives et liées à des critères précis de levée. Il faut que les autorités libériennes sachent bien ce qu’elles ont à faire pour obtenir la levée des mesures qui les affectent.

4/ Les mesures proposées ne doivent pas gêner le possible développement d’une solution négociée avec l’aide de la CEDEAO. Elles doivent s’intégrer comme un élément d’un règlement politique global et ne pas se substituer à lui. Les vues de la CEDEAO, organisme impliqué en premier plan dans la gestion de cette crise, doivent être écoutées et respectées par le Conseil de sécurité.

5/ La France privilégie une approche progressive dans la mise en oeuvre des sanctions afin de permettre au gouvernement démocratiquement élu du Libéria de faire preuve de ses responsabilités.

En continuant à appuyer le RUF, les dirigeants libériens prendraient la lourde responsabilité d’isoler davantage leur pays de la Communauté internationale et ils contribueraient ainsi à brider ses chances de développement. Nous les appelons instamment à ne pas faire ce choix et au contraire à coopérer pleinement en vue de l’établissement d’une paix régionale durable./.



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