Twitter Facebook Flickr Youtube RSS Share

25 mars 2004 - La situation en Afrique de l’Ouest : Intervention de M. Pierre-André Wiltzer, Ministre délégué à la Coopération et à la Francophonie

Je me réjouis de la tenue de cette réunion, que la France a souhaitée ce mois ci, en vue d’examiner les problèmes transfrontaliers qui menacent la paix et la sécurité en Afrique de l’Ouest. Je salue la présence du Ministre des Affaires Etrangères du Ghana en Présidence de la CEDAO et de Monsieur Chambas, secrétaire exécutif de la CEDEAO.

1/ Cette réunion du Conseil de sécurité intervient au moment où existe un espoir de règlement des crises en Afrique de l’Ouest, mais où demeurent des menaces et des éléments de fragilité.

Après la Sierra Leone, la Côte d’Ivoire et le Libéria se sont à leur tour engagés dans des processus de paix, avec les accords de Linas-Marcoussis et d’Accra.

Il nous appartient de faire en sorte que ces espoirs de paix se concrétisent. La responsabilité première, à ce titre, est bien entendu celle des signataires de ces accords, qui doivent s’acquitter pleinement et sans préalable, au Libéria comme en Côte d’ivoire, des engagements qu’ils ont pris. La France leur lance un appel en ce sens.

La communauté internationale doit continuer à soutenir leurs efforts, comme elle l’a fait jusqu’à présent avec détermination. A cet égard, l’action de la CEDEAO doit être saluée.

Pour sa part, le Conseil de sécurité a pris de nombreuses initiatives en vue de ramener la paix dans la région.

La France a été à l’avant-garde dans nombre de ces domaines. En Côte d’Ivoire, elle maintiendra une présence substantielle au service de la paix, aux côtés de l’opération de maintien de la paix des Nations Unies qui doit se mettre en place dans les jours qui viennent.

Je rappelle une nouvelle fois que la responsabilité du rétablissement de la stabilité et de la paix appartient d’abord aux parties ivoiriennes elles-mêmes.

Quand un engagement mutuel a été pris il est du devoir de chacun de le tenir.

Au moment où se tient notre réunion, des violences ont lieu en Côte d’Ivoire. La France exprime son inquiétude et lance un appel pressant à la retenue et à la responsabilité à tous les acteurs de la situation en Côte d’Ivoire.

2/ Pour être pleinement efficace, cette mobilisation de la communauté internationale doit profiter dans la durée à la région dans son ensemble.

Nous saluons à cet égard le travail du Représentant spécial du Secrétaire général en Afrique de l’Ouest. Les recommandations présentées ce matin dans le rapport du secrétaire général et les interventions détaillées à son sujet dessinent des pistes de coopération entre les Etats de la région, les organisations régionales (notamment la CEDEAO et l’Union africaine), les Nations Unies et les autres Etats et organisations partenaires.

Quelques points méritent d’être mis en exergue :

- Il faut mieux coordonner les moyens considérables engagés par la communauté internationale dans la région, et les nombreuses initiatives de soutien au processus de paix. La question se pose de façon pressante pour les processus de désarmement, de démobilisation et de réinsertion, conduits parallèlement en Sierra Leone, au Libéria et en Côte d’Ivoire.

- Il est aussi urgent de mettre un terme aux trafics d’armes légères, au recrutement de mercenaires qui déstabilisent des pays entiers. Il en va de la responsabilité de l’ensemble des Etats de la région, mais aussi, et je pense particulièrement aux trafics d’armes, de l’ensemble des autres Etats, qu’ils soient potentiellement concernés par l’exportation, le courtage, ou encore le financement de ces opérations.

- Avec l’aide de la communauté internationale, les pays de la région devront également unir leurs efforts pour mieux contrôler leurs frontières, démanteler les points de contrôle illégaux qui entravent la libre circulation des personnes et des biens, lutter contre l’exploitation illégale des ressources naturelles, assurer la sécurité dans les camps de réfugiés, ou encore combattre le commerce des stupéfiants. Je pense aussi à la situation des enfants dans les conflits armés qui est un aspect particulièrement tragique de ces conflits et qui devrait faire l’objet d’actions particulières de la part des Etats de la région et de la communauté internationale.

Beaucoup de propositions très constructives sont avancées dans le rapport du Secrétaire général. Quelques pistes supplémentaires pourraient être ajoutées à celles ouvertes par le Secrétaire général :

* Pourquoi ne pas envisager la mise en place, dans un cadre régional, d’un embargo sur les armes destinées aux groupes non étatiques ? * Ne pourrait-on pas aider les pays de la région à renforcer leur contrôle sur leurs ressources naturelles, grâce à l’appui des opérations de paix des Nations Unies ou à travers d’autres mécanismes ?

3/ Au-delà de ces propositions, les Etats de la région et la communauté internationale dans son ensemble doivent aussi mettre l’accent sur la prévention des conflits.

Pour éviter de retomber dans une spirale d’instabilité, il faut être vigilants face aux situations qui, sans constituer des crises ouvertes, sont susceptibles d’une dégradation rapide.

* Le Secrétaire général a appelé l’attention sur ce point en conclusion de son rapport ; il nous invite notamment à porter une attention particulière à la situation en Guinée. * D’une manière générale, il convient d’articuler cette approche préventive dans les différentes instances internationales concernées : les Nations Unies et le Conseil de sécurité, naturellement, mais aussi les organisations régionales et sous-régionales ainsi que les institutions financières internationales. Coordonnons mieux notre action collective pour prévenir les crises et les conflits.

4/ Enfin, une mobilisation nouvelle des Africains en faveur de la paix et du développement sur leur continent doit être encore soutenue.

La stabilisation de l’Afrique de l’Ouest et du continent ne sera possible et durable que grâce à la mobilisation des partenaires africains. Il convient de rendre hommage aux initiatives déjà prises.

* La CEDEAO en Afrique de l’Ouest, mais aussi la Communauté Economique et Monétaire d’Afrique Centrale (CEMAC) en République centrafricaine, et l’Union africaine au Burundi, sont notamment des acteurs essentiels du retour à la paix, par leurs intenses efforts diplomatiques mais aussi, lorsqu’il le faut, par la mise en place d’une présence militaire de stabilisation. * L’Union africaine a décidé de se doter d’un Conseil de paix et de sécurité. Ce nouvel organe sera un partenaire privilégié du Conseil de sécurité des Nations unies, puisqu’une partie importante de l’activité de ce dernier est consacrée à l’Afrique.

* Dans le cadre du Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD), les Etats africains ont choisi également de développer encore leur action collective en faveur de la paix et de la sécurité, et pour cela d’accroître leurs capacités institutionnelles et opérationnelles.

Ces initiatives témoignent toutes de la volonté africaine de répondre aux défis de leur continent. Il faut que la communauté internationale de soutienne ces efforts. La France continuera à leur apporter tout son soutien. Elle restera très active avec ses partenaires au sein de l’Union Européenne pour que celle-ci renforce encore sa mobilisation au service de la paix et du développement en Afrique./.



Bookmark and Share
Bookmark and Share
Rss
Organisation des Nations Unies Présidence de la République France Diplomatie La France à l'Office des Nations Unies à Genève Union Européenne Première réunion de l'ONU