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26 février 2002 - Moyen-Orient : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

La France s’associe pleinement au discours que prononcera tout à l’heure l’Espagne au nom de l’Union Européenne.

Je souhaite également à titre liminaire vous remercier d’avoir organisé ce débat public sur la situation au Moyen Orient, en réponse à la demande légitime et justifiée des Palestiniens, relayée par l’Ambassadeur du Yémen au nom du groupe des pays arabes. La France considère qu’il est normal et essentiel que le Conseil de sécurité, conformément aux responsabilités qui lui incombent au titre de la Charte des Nations Unies, puisse débattre et s’exprimer sur la situation actuelle, qui constitue incontestablement une menace pour la sécurité et la paix internationales. Le secrétaire général, dans son intervention de jeudi dernier, a fait entendre la voix de la sagesse et de la raison. Il est urgent que notre Conseil soutienne le chemin ainsi tracé.

La nouvelle escalade de la violence entre Israéliens et Palestiniens est d’une extrême gravité. Comme le Secrétaire général l’a souligné ici-même jeudi dernier, les parties sont au bord du gouffre et semblent s’enfoncer dans une guerre totale. Le nombre des morts et des blessés ne cesse de s’élever : 977 Palestiniens et 279 Israéliens ont été tués depuis septembre 2000. Ce bilan est insupportable. Les deux côtés sont perdants. La France déplore les pertes de vies humaines et compatit aux souffrances des populations palestinienne et israélienne qui sont les premières victimes du cercle vicieux de la violence et de l’absence d’une perspective de paix.

L’ensemble de la communauté internationale, notamment notre Conseil, sont d’accord sur les deux éléments de diagnostic suivants :

- premièrement, il n’y a pas de solution militaire au conflit : la détérioration dramatique de la situation dans les derniers jours illustre cruellement l’inanité du recours à la force, à la violence et au terrorisme ;

- deuxièmement, les parties ont besoin de l’assistance de la communauté internationale pour sortir durablement du piège de la violence et parvenir à enclencher à nouveau un réel processus constructif. Ceci suppose naturellement qu’il y ait une volonté politique partagée du côté israélien comme du côté palestinien de reprendre le dialogue direct, sans laquelle les efforts extérieurs resteront vains.

La politique de représailles militaires à l’oeuvre depuis plus d’un an et le recours à la violence ne mènent nulle part. Ils n’apportent pas la sécurité à Israël et plongent les deux peuples israélien et palestinien dans des conditions de vie intolérables. La lutte contre le terrorisme doit être poursuivie avec la dernière énergie, mais elle doit aller de pair avec la recherche non moins énergique d’une solution politique. La paix et la sécurité vont ensemble. C’était l’approche courageusement suivie par Itzhak Rabin. C’est également l’approche défendue devant notre Conseil par le Secrétaire général. Il n’y aura pas de cessez le feu durable sans relance d’une perspective politique qui corresponde aux aspirations légitimes d’Israël et des Palestiniens :

- pour Israël, la pleine reconnaissance de son droit à vivre en paix et en sécurité à l’intérieur de frontières internationalement reconnues,

- pour les Palestiniens, l’établissement d’un Etat viable, indépendant et démocratique ainsi quE la fin de l’occupation de leurs territoires.

Il ne peut y avoir de processus de paix qu’entre partenaires. La destruction des infrastructures de l’Autorité Palestinienne contredit les engagements qui lui sont demandés pour assurer sa part de responsabilité dans le retour au calme. Israël a aussi sa part de responsabilité à assurer, en mettant un terme aux actions de provocation, telles que les exécutions extra-judiciaires, et en levant les restrictions infligées au peuple palestinien qui alimentent le cycle de la violence. Le président Arafat doit pouvoir être entièrement libre de ses mouvements.

Il est urgent et impératif de redonner corps au volet politique qui a disparu et de relancer un véritable processus politique de dialogue et de négociation au Proche Orient dans son ensemble, en vue d’un règlement de paix juste, global et durable sur la base de la mise en oeuvre des résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité et de l’application du principe-clé de l’échange des territoires contre la paix qui est au coeur du processus de paix engagé il y a dix ans à Madrid.

C’est cette conviction de la nécessité de relancer une dynamique politique, afin de redonner aux populations confiance dans la perspective d’une paix négociée, qui motive les idées de l’Union européenne et particulièrement les idées françaises. Comme vous le savez, ces idées consistent, d’une part, à organiser, dans les territoires palestiniens, des élections centrées sur le thème de la paix. Elles consistent, d’autre part, à reconnaître un Etat palestinien comme point de départ d’un processus de négociation. Ces deux propositions sont étroitement complémentaires. Il s’agit d’une part de confirmer l’adhésion d’une majorité des Palestiniens au principe sur lequel a été fondé le processus de paix, d’autre part de restaurer, en Israël, le sentiment qu’il existe, dans le camp palestinien, une majorité favorable à la paix et des institutions mandatées pour reprendre les négociations.

Nous avons bien conscience que ces propositions soulèvent des questions délicates de mise en oeuvre. La tenue d’une consultation populaire, sous observation internationale, supposerait bien évidemment, sur la base des dispositions du plan Tenet et des recommandations du rapport Mitchell, des mesures de part et d’autre visant à l’instauration d’un cessez-le-feu effectif et au rétablissement de la confiance. Ces mesures devraient conduire au retrait de l’armée israélienne sur ses positions d’avant septembre 2000 et à la levée des bouclages. Nos idées sont une contribution à la réflexion. Il s’agit de remobiliser les partisans d’une paix négociée dans les deux camps et de sortir du cycle de la violence.

Dans cet esprit, la France apporte également son entier soutien aux efforts courageux et responsables du vice premier ministre israélien, Shimon Pérès et du président du conseil législatif palestinien, Abou Alaa. Ils méritent d’être soutenus et poursuivis. Plus largement, nous saluons et encourageons les différentes initiatives de dialogue et d’échanges de vues informels lancées récemment par les partisans de la paix du côté israélien comme palestinien. Je pense notamment aux deux groupes réunis autour de Yasser Abderrabo, Sari Nusseibeh, Yossi Sarid et Yossi Beilin. Je rappelerai aussi l’initiative de paix du président de la Knesset et du président du Conseil législatif palestinien, qui ouvre une voie de dialogue entre représentants élus des deux peuples.

Les efforts et les idées de tous sont nécessaires et utiles. Au-delà des idées suggérées par la France et certains de ses partenaires européens, de nombreux autres pays, en particulier dans le monde arabe, ont un rôle essentiel à jouer et sont en mesure d’apporter une contribution utile et constructive. Les deux pays ayant signé un traité de paix avec Israël, l’Egypte et la Jordanie, sont impliqués dans des efforts diplomatiques patients et constructifs que nous devons encourager. De même, l’implication de l’Arabie saoudite, dont le Prince héritier a lancé des pistes de réflexion particulièrement intéressantes, doit être saluée. Nous espérons qu’elles porteront leurs fruits et obtiendront un large soutien au sein du monde arabe. Naturellement, l’implication des Etats-Unis, qui ont été les co-parrains du processus de paix depuis la conférence de Madrid, est essentielle. Nous souhaitons qu’elle soit active et déterminée. Elle réussira d’autant mieux qu’elle se fera en concertation avec les autres membres de ce qu’il est convenu d’appeler le "quartet", à savoir les Nations Unies, la Russie et l’Union européenne.

Pour conclure, que doit-on attendre du Conseil de sécurité ? A écouter les interventions des représentants palestinien et israélien, il nous semble qu’il y a aujourd’hui une occasion à saisir pour engager un effort collectif constructif en vue de l’adoption par le Conseil de sécurité d’un texte de nature à contribuer à assurer un cessez-le feu durable et à relancer un processus de paix véritable. La France est prête à travailler avec détermination dans cette perspective./.



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