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26 juillet 1999 - Promotion de la paix et de la sécurité : Assistance humanitaire des réfugiés en Afrique : Intervention de M. Alain Dejammet, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président, permettez-moi tout d’abord de vous remercier d’avoir invité le Conseil de sécurité à s’associer au deuil, à la peine de la famille du Souverain du Maroc, devant la disparition de S. M. le Roi Hassan II. Nous sommes également reconnaissants au Secrétaire général d’avoir témoigné, par sa présence aux obsèques, de l’affliction de l’Organisation des Nations Unies. Le Roi du Maroc incarnait une vision, une politique de paix, d’ouverture, de tolérance. Il était respecté et il était aimé de son peuple. La France s’honorait d’être de ses amis.

Lors de sa dernière intervention devant le Conseil de sécurité, au mois de mai dernier, consacrée à la situation au Kosovo, le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés avait conclu son exposé par un appel aux membres du Conseil. Mme Ogata nous invitait à faire en sorte que la mobilisation d’urgence, totalement nécessaire et justifiée en faveur des réfugiés kosovars, ne conduisit pas à négliger les autres foyers de crise dans le monde. Et Mme Ogata avait cité au premier chef l’Afrique. La récente visite en Afrique du Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés et sa présence aujourd’hui parmi nous font écho à cet appel. Autant de signes en effet du degré de priorité que revêt la situation des réfugiés dans cette partie du monde pour le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), bien sûr, mais au-delà pour l’ensemble des Nations Unies.

Notre débat au Conseil de sécurité — dont nous vous remercions d’avoir pris l’initiative, Monsieur le Président — devrait être ainsi l’occasion de confirmer, de renforcer cet engagement de la communauté internationale. Nous avons la responsabilité de tout faire pour que l’Afrique n’ait pas le sentiment d’être, une fois de plus, victime d’une politique inégale, et je ne reprendrai pas à ce sujet les exemples déjà cités par l’Ambassadeur de Chine.

Comme vient de nous le rappeler le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, la situation des réfugiés en Afrique est en effet extrêmement préoccupante. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Sur les quelque 22 millions de réfugiés recensés dans le monde entier, plus du tiers se trouvent sur le continent africain. Pour la seule région des Grands Lacs, on dénombre plus de 6 millions de réfugiés et de personnes déplacées. Devant l’ampleur de ces tâches, toutes les énergies doivent être mobilisées et toutes les solutions explorées.

Dans son rapport sur les causes des conflits et la promotion d’une paix et d’un développement durables en Afrique (S/1998/318), le Secrétaire général de l’Organisa-tion des Nations Unies avait abordé la question des réfugiés dans le contexte plus général de l’assistance humanitaire. Plusieurs priorités revêtant un caractère impératif avaient alors été dégagées. D’abord, la protection des populations civiles dans les zones d’hostilité. On peut s’interroger aujourd’hui, alors que les combats continuent de faire rage, sur la manière dont nous avons véritablement atteint cet objectif. Ensuite, la création de zones de paix pour les enfants. Là encore, malgré les efforts d’Olara Otunnu, nous sommes loin du compte, loin d’être véritablement parvenus à mettre en oeuvre cette élémentaire exigence.

La négociation de cessez-le-feu provisoires pour acheminer les vivres et les secours d’urgence. Sur ce point, sur le terrain, je crois que les progrès, quelques manifesta-tions concrètes d’ouverture, ont pu être enregistrés. La sécurisation et la protection des populations réfugiées, notamment en séparant les éléments armés des civils. On sait qu’il s’agit là d’un problème fondamental où certains ont pu trouver l’origine de la poursuite des conflits dans la région des Grands Lacs. Mais enfin, l’assistance aux pays d’accueil souvent déstabilisés par l’afflux massif de réfugiés. Voici peu de temps, l’Ambassadeur du Gabon mon-trait lui-même comment son pays avait dû faire face aux problèmes posés par l’accueil des réfugiés. Que penser lorsqu’il s’agit d’un pays africain pauvre comme la Guinée qui a dû accueillir une masse considérable de réfugiés.

La mise en œuvre de toutes ces mesures a donc un coût ; de même que la gestion au quotidien des situations d’urgence auxquelles le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés doit continuer de faire face. Dans ce contexte nous ne pouvons que saluer les mesures d’économie qui ont déjà été prises par le HCR ainsi que les efforts de restructuration administrative et budgétaire. En ce qui concerne particulièrement l’Afrique, nous saluons les réformes qui conduisent au sein du HCR à envisager la création d’une structure unique pour l’ensemble du continent. L’introduction de méthodes de gestion des ressources humaines davantage axées sur la recherche des résultats mérite également d’être soulignée. Ceci, pour démontrer que le HCR fait sa part du travail spontanément, sous l’autorité de Mme Ogata, pour parvenir tant bien que mal à atteindre les objectifs qu’il s’est fixés.

Mais la situation financière du HCR pour ses pro-grammes en Afrique reste naturellement préoccupante. Seuls les programmes en faveur de l’Angola sont financés à plus de 50 %. Pour l’Erythrée, l’Ethiopie, la Sierra Leone, ils ne le sont qu’à environ 25 %. Ils le sont à moins de 25 % pour la République démocratique du Congo, à moins de 10 % pour le Congo. Tout à l’heure, des statistiques ont été faites entre ce qui revenait à un réfugié ou une personne déplacée en Europe et en Afrique. Ce constat doit évidemment nous inciter à prendre nous-mêmes, nous, membres des Nations Unies, nos responsabilités.

Certes, comme l’avait rappelé le Secrétaire général, l’essentiel dépend des Africains eux-mêmes. La question des réfugiés ne se réglera pas indépendamment des solutions de fond aux problèmes que connaît l’Afrique : le sous-développement, la multiplication des conflits, la difficile transition vers la démocratie et la bonne gouvernance. Mais là aussi, sur tous ces points, nous pouvons, nous devons — le Conseil de sécurité en particulier — intervenir. Nous devons aider les Etats africains dans leur effort vers la bonne gouvernance, vers la transition vers la démocratie, mais aussi et surtout, vers le règlement des conflits régionaux. Mais nous devons aussi aider matérielle-ment, financièrement le HCR. Pour sa part, notre pays, malgré les obligations auxquelles il s’efforce de faire face sur le plan bilatéral dans l’ensemble des pays en voie de développement, s’est efforcé tout au long des dernières années de maintenir le niveau de ses contributions.

Nous avons déjà entendu Mme Ogata nous donner quelques signes d’espoir à la suite des récents événements et des accords qui ont été conclus. Mais je souhaiterais, en conclusion, l’inviter à réfléchir aux questions suivantes. La première, je le répète, porte sur la Guinée. C’est le premier pays hôte du continent africain. Il compte près de 500 000 réfugiés sur son territoire, en provenance pour l’essentiel de la Sierra Leone et du Libéria. La Guinée, qui est un pays pauvre, n’est pas en mesure de répondre seule à ce défi majeur. Le compte rendu de la mission en juin dernier du Haut Commissaire faisait état de l’insuffisance des fonds pour la mise en œuvre du programme du HCR. Je ne suis pas certain que le fonds fiduciaire dont nous avions de-mandé la création ait été vraiment rempli. Ma question est donc de savoir si, là aussi, Mme Ogata a pu déceler récemment un certain progrès dans le réapprovisionnement financier du programme indispensable pour la Guinée.

En Sierra Leone, quelles sont les perspectives ouvertes sur le retour des réfugiés par les récents accords ? Existe-t-il déjà un plan de rapatriement élaboré par le HCR ? En dehors de Freetown, où il vient de se réinstaller, le HCR constatait récemment la présence d’une importante population déplacée ne recevant pas la moindre assistance. Qu’en est-il aujourd’hui alors qu’un plan de paix a été signé entre les parties au mois de juin dernier à Lomé, et comment s’organise la répartition des tâches entre le HCR et le Comité international de la Croix-Rouge ? En ce qui concerne l’Angola nous apprécierons évidemment tout ce que pourrait nous dire Mme Ogata, face à ce qui semble bien depuis récemment être une aggravation très sensible de la situation.

Enfin, en ce qui concerne la République démocratique du Congo, les premiers rapports de la mission du Haut Commissaire mentionnaient d’importants mouvements de réfugiés vers la Tanzanie et certains récits de réfugiés ne laissaient malheureusement guère de doutes sur la cruauté des combats et leurs conséquences dramatiques sur les populations civiles. Nous avons pris conscience des signes d’espoir et d’amélioration de la situation que nous a signa-lés Mme Ogata, notamment en ce qui concerne la possibilité de retour des réfugiés, mais toute indication supplémentaire sur ce qui se passe, notamment sur ces flux qui continuent vers la Tanzanie, nous permettrait peut-être de mieux orienter notre aide et prendre conscience, encore une fois, des urgences à emplir.



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