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26 mars 2002 - Afghanistan : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Permettez-moi d’abord d’exprimer les condoléances et la solidarité du peuple français envers le peuple afghan, à nouveau frappé par une cruelle épreuve, celle du tremblement de terre qui vient de détruire toute une région du Nord du pays et a provoqué des milliers de victimes.

Une intervention sera prononcée par l’ambassadeur d’Espagne au nom de l’Union européenne. La France y souscrit pleinement. Je limiterai donc mon intervention à quelques commentaires.

Cette séance se prête à un premier bilan six mois après le début de l’intervention militaire de la coalition, trois mois après la prise de fonction de l’administration intérimaire, trois mois aussi avant l’ouverture de la Loya Jirga d’urgence.

Ce bilan est nettement positif. Le chemin parcouru en six mois est impressionnant :

- La lutte contre le terrorisme d’abord. Elle a marqué des points décisifs et se poursuit sans faiblesse et sans relâche. Les Etats-Unis et leurs alliés, dont la France, traquent les éléments d’Al-Qaeda.

- La transition politique progresse aussi. Le peuple afghan reprend la maîtrise de son destin. La Loya Jirga d’urgence, au mois de juin, marquera une nouvelle étape vers la création d’un gouvernement pluri-ethnique, représentatif et démocratique. Le comportement responsable des autorités de transition a largement permis d’éviter la réédition des erreurs du passé : je pense aux exactions en 1992 à Kaboul, ou en 1997 à Mazar.

- Enfin, la reconstruction de l’Afghanistan est désormais bien engagée, avec le concours de toute la communauté internationale, illustré par les annonces faites à Tokyo. Certains signes à travers tout le pays témoignent de cette véritable renaissance. Le plus émouvant est sans doute la rentrée scolaire : samedi dernier, un million et demi d’enfants des deux sexes se sont littéralement rués vers leurs écoles, vers la connaissance. Le Ministre français des Affaires étrangères, M. Hubert Védrine, présent à Kaboul, a vécu ce moment d’espoir en rendant visite aux deux lycées de la capitale réhabilités par la France, le lycée Esteqlal pour les garçons et le lycée Malalaï pour les filles.

La réussite de la reconstruction réside désormais, en partie, dans une bonne coordination entre les donateurs bilatéraux et multilatéraux, regroupés dans l’ASG ou le Groupe de mise en œuvre, ou au travers du Système des Nations Unies. Sur place, une personne devrait, selon nous, assurer cette indispensable coordination : Lakhdar Brahimi.

A New York aussi, le chemin parcouru en seulement six mois est impressionnant :

- Les résolutions se sont enchaînées à un rythme soutenu : les principes du règlement (résolution 1378), l’endossement des accords de Bonn (résolution 1383), le mandat de l’ISAF (résolution 1386), la création d’un régime "déterritorialisé" contre Al-Qaeda pour remplacer les sanctions contre l’Afghanistan (résolution 1390).

Une nouvelle résolution est en préparation. Elle permettra de mettre en œuvre rapidement les excellentes recommandations du Secrétaire général. Elle donnera une forme structurée et unifiée à la présence des Nations Unies qui s’est développée avec une efficacité impressionnante sous l’autorité de Lakhdar Brahimi. La France y travaille. Un projet sera présenté demain lors de nos consultations.

La question de la sécurité demeure plus difficile à traiter :

- Un accord se dessine pour prolonger l’ISAF au-delà de l’échéance de la résolution 1386, le 20 juin. Il faudra décider ensemble le bon moment pour l’annoncer et la bonne durée.

- S’agissant de l’expansion géographique de la Force, au-delà de Kaboul et de ses environs, la position des principaux contributeurs est claire. Ils y sont défavorables. En effet, malgré elle, une force étendue au-delà de Kaboul et de ses environs aurait à arbitrer des conflits qui relèvent du seul pouvoir afghan.

- La priorité absolue doit donc aller à la formation de l’armée et de la police afghanes unifiées. Il faut créer une armée qui échappe aux clivages ethniques ou régionaux, au jeu des clientèles politiques et des seigneurs de la guerre.

- Il faut aussi recourir à tous les instruments disponibles pour contribuer à la sécurité et à l’ordre dans les provinces. Le levier économique devra être utilisé avec détermination. L’aide à la reconstruction ne pourra pas être acheminée dans les provinces où les autorités locales violent massivement les droits de l’homme ou entretiennent un climat d’insécurité. En revanche, bien sûr, l’aide humanitaire ne saurait être conditionnelle.

La France prendra toute sa part dans la reconstruction de l’Afghanistan.

- Elle a déjà pris des engagements précis en matière de santé, d’éducation, d’agriculture, d’administration, de patrimoine, de formation de la future armée afghane et de la police ainsi que d’aide à la lutte anti-drogue.

- La mise en œuvre de ces engagements dans la durée a fait l’objet de discussions approfondies avec les autorités afghanes : lors de la visite du Président Hamid Karzai à Paris, le 28 février, et dimanche dernier, à l’occasion du déplacement à Kaboul de M. Hubert Védrine./.



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