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27 juillet 2000 - La situation en Angola : Intervention de M. Yves Doutriaux, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies, au nom de l’Union Européenne

Madame la Présidente

J’ai l’honneur de prendre la parole au nom de l’Union Européenne.

Les pays d’Europe Centrale et Orientale associés à l’Union européenne (Bulgarie, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, République tchèque, Roumanie, Slovaquie, Slovénie), Chypre, Malte et la Turquie (pays également associés) se rallient à cette déclaration.

Je voudrais pour commencer remercier l’Ambassadeur Gambari pour l’exposé qu’il vient de nous faire sur le conflit angolais, un des plus longs que connaît l’Afrique, et où les progrès sur le chemin de la paix sont malheureusement beaucoup trop lents. Le dernier rapport du Secrétaire Général contribue à identifier certaines des difficultés qu’il faudra arriver à surmonter pour aboutir à un règlement et limiter les souffrances du peuple angolais.

La responsabilité principale du conflit angolais incombe à l’Unita, qui n’a pas respecté les engagements qu’elle avait pris pour permettre le retour à la paix. L’Union Européenne condamne à cet égard une nouvelle fois, et de la façon la plus solennelle, les initiatives militaires de l’Unita et de son chef, Jonas Savimbi, ainsi que les actes de guérilla auxquels se livrent ses troupes.

L’Union Européenne partage la préoccupation du Secrétaire Général devant l’absence d’efforts significatifs en vue de permettre un règlement politique du conflit. Ainsi qu’elle le rappelait dans sa position commune du 19 juin dernier, l’Union Européenne est prête à appuyer, dans le cadre de sa politique étrangère et de sécurité commune, toutes les initiatives de nature à contribuer à une telle solution politique, sur la base du protocole de Lusaka et des résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité. A cet égard, l’Union salue et encourage les initiatives louables prises par les Eglises et plus généralement par la société civile, dont témoigne en dernier lieu la réunion à Luanda du Congrès pour la Paix, du 18 au 21 juillet.

Dans l’immédiat, l’Union Européenne entend continuer à soutenir les efforts déployés par la communauté internationale en vue de renforcer l’efficacité des mesures et des sanctions prises à l’encontre de l’Unita. L’Union Européenne se félicite de la constitution récente de l’instance de surveillance établie par la résolution 1295, et entend lui apporter son plein soutien. De même, elle appelle tous les Etats à coopérer avec cette instance, et se félicite de ce que certains d’entre eux, notamment parmi ceux mis en cause dans le rapport du groupe d’experts publié en avril dernier, aient fait part de leur disponibilité à accueillir les représentants de l’ONU en charge du suivi des sanctions relatives à l’Unita. L’Union Européenne les encourage à maintenir cette approche coopérative, également concrétisée dans un certain nombre de cas par des décisions de rupture de toutes leurs relations avec l’Unita. L’Union rappelle par ailleurs qu’elle est disposée à apporter son assistance aux Etats africains, notamment ceux de la SADC, en vue de les aider à assurer pleinement la mise en oeuvre de ces sanctions.

Il est par ailleurs heureux de constater que le commerce illicite des diamants, par lequel l’Unita finance son effort de guerre, fait actuellement l’objet d’une prise de conscience, à laquelle les efforts de l’Ambassadeur Fowler auront sans doute en partie contribué. Le Congrès international des diamantaires, qui vient de se tenir à Anvers, en fournit une illustration encourageante. Il convient par ailleurs d’observer que, de son côté, le Conseil de Sécurité s’efforce désormais d’identifier les liens entre l’exploitation et le trafic illicite des matières premières, et la poursuite des conflits. Après l’Angola, le Conseil a créé des groupes d’experts travaillant sur la situation dans la région des Grands Lacs, et en Sierra-Leone. L’Union Européenne apportera son soutien à ces différents efforts s’attaquant aux racines des conflits. A cet égard, la proposition, faite au cours du sommet du G8 à Okinawa, de créer sous le contrôle du Conseil de Sécurité un groupe permanent d’experts indépendants qui seraient nommés par le Secrétaire Général des Nations Unies pour mettre au point les modalités d’interdiction des trafics illicites méritera d’être soigneusement étudiée afin d’être mise en oeuvre.

Madame la Présidente,

La situation humanitaire en Angola est aujourd’hui catastrophique. La reprise du conflit sur une vaste échelle a eu des effets dévastateurs pour les populations, et a entraîné de nouveaux mouvements de réfugiés et de personnes déplacées. Ainsi que le mentionne le rapport du Secrétaire Général, on estime aujourd’hui à 2,5 millions le nombre de personnes déplacées en Angola, soit environ 20 % de la population. Il faut souligner ici les efforts accomplis, dans leurs domaines de compétence, par le PAM, le CICR, ou le HCR, en appui à ces populations réfugiées et déplacées qui nécessitent un soutien urgent de la part de la communauté internationale.

Cette situation dramatique est encore aggravée par la poursuite du conflit. L’acheminement de l’aide humanitaire se heurte à des difficultés liées à l’absence de sécurité sur de nombreux axes routiers. L’Union Européenne se joint à l’appel du Secrétaire Général pour que toutes les parties concernées facilitent l’acheminement des secours d’urgence. Ceux-ci doivent pouvoir être distribués sans restriction et en toute sécurité, conformément aux principes humanitaires internationalement reconnus. De leur côté, il importe que les autorités angolaises mettent en oeuvre une politique sociale et économique au bénéfice des populations des zones qu’elles ont reprises à l’Unita, condition nécessaire à un réel processus de pacification. Il est par ailleurs impératif que les parties, et en particulier l’Unita, cessent de poser des mines et fassent en sorte que ces armes soient dûment répertoriées de manière à pouvoir être éliminées.

Alors que le Conseil se réunissait hier pour évoquer la question des enfants dans les conflits armés, force est de constater que la situation en Angola est, de ce point de vue aussi, dramatique. Des générations d’enfants ont grandi pendant le conflit, et nombre d’entre eux n’ont jamais connu d’autres réalités, qu’il s’agisse des enfants combattants, ou de ceux qui, à cause du conflit, sont devenus orphelins, ou ont été blessés ou déplacés.

Madame la Présidente,

L’Union Européenne souhaiterait une fois encore rendre hommage aux efforts déployés au service de la paix en Angola par l’ONU, qui a déjà payé un lourd tribut humain à ce conflit. A cet égard, elle espère que la lumière pourra être faite sur les conditions dans lesquelles deux avions de l’ONU se sont écrasés à la fin 1998 et au début de 1999. L’Union Européenne se félicite de ce que les autorités angolaises aient pu renforcer les conditions de sécurité, et qu’elles soient à même d’aider l’équipe de l’ONU à se rendre sur les lieux pour enquêter.

L’Union Européenne pense que l’ONU a un rôle à jouer pour aider le Gouvernement angolais, notamment dans ses efforts en vue de renforcer les institutions et les pratiques démocratiques, ou pour assurer le respect des droits de l’homme, de la liberté des médias, et des normes de l’Etat de droit. Ainsi que le souligne à juste titre le rapport du Secrétaire Général, le respect des droits de l’homme et la bonne gouvernance constituent autant de conditions pour parvenir à un règlement du conflit. L’Union Européenne salue et encourage les efforts déployés en ce sens par le Bureau des Nations Unies en Angola.

Madame la Présidente, je vous remercie.



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