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27 mars 1998 - République centrafricaine : Intervention de M. Alain Dejammet, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

(Résolution 1159 (1998))

Monsieur le Président, au mois de janvier 1997, grâce à une médiation africaine conduite par le Président du Gabon, S. E. El Hadj Omar Bongo, les Accords de Bangui étaient signés. Ces Accords mettaient un terme aux troubles qui avaient déchiré la République centrafricaine au cours de l’année 1996 et ils jetaient les bases de la réconciliation nationale. Pour que ces Accords ne restent pas lettre morte, six pays africains déployaient, avec l’agrément de toutes les parties en République centrafricaine et le soutien français, une force — la Mission interafricaine de surveillance des Accords de Bangui (MISAB) — cette force était chargée d’assurer la sécurité dans Bangui et de superviser la collecte des armes disséminées lors des trois mutineries de 1996. Cette présence sur le terrain était complétée par l’action continue et efficace du Comité international de suivi, présidé par le général Touré, ancien Président de la République du Mali, et chargé, sur le plan politique, de surveiller et d’aider à la mise en oeuvre des Accords de Bangui.

Le Conseil de sécurité a, au mois d’août 1997, approuvé la conduite des opérations menées par la MISAB, à trois reprises, il a depuis renouvelé cette approbation. C’était bien la marque de l’appréciation que le Conseil faisait de l’action de la MISAB. Au terme de 14 mois, la MISAB a accompli, de l’avis de tous, un travail considérable. Elle a aujourd’hui quasiment rempli son mandat. Le calme règne à Bangui, la majeure partie des armes a été récupérée. Comme le constate le Secrétaire général dans son rapport, "des progrès sensibles ont été accomplis" (S/1998/148, par. 15), dans les domaines politique et économique et dans celui de la sécurité.

Toutefois, selon le Secrétaire général, "il reste beaucoup à faire pour assurer une paix durable en République centrafricaine" (ibid., par. 16). La situation n’est pas encore irréversible. C’est pourquoi l’intervention des Nations Unies permettra de maintenir la sécurité et la stabilité à Bangui, et de consolider les progrès réalisés par la MISAB et le Comité international de suivi. Le mandat que le Conseil de sécurité confie à la Mission des Nations Unies en République centrafricaine (MINURCA) et, au sein de celle-ci, au Représentant spécial du Secrétaire général qui dirigera la Mission, répond de façon appropriée à cette nécessité. Ce mandat va au-delà de ce que la MISAB pouvait faire.

Il s’agit de continuer à surveiller et à promouvoir la mise en oeuvre des réformes et des engagements pris par les autorités centrafricaines, y compris ceux relatifs au redressement économique du pays ; il s’agit de contribuer à assurer la sécurité et la stabilité dans Bangui, à renforcer les capacités des forces de police centrafricaines, à maintenir l’ordre, à aider à la préparation des élections législatives prévues pour août/septembre 1998 ; il s’agit enfin d’encourager et de coordonner l’action des institutions et programmes des Nations Unies. La réalisation de ces objectifs justifie bien le recours à la compétence et à l’autorité d’une opération des Nations Unies conduite par un Représentant spécial du Secrétaire général.

La résolution que le Conseil va adopter — et dont l’initiative revient aux membres africains du Conseil, et particulièrement au Kenya — définit un mandat initial pour une durée de trois mois. Ce mandat pourra être renouvelé s’il apparaît que les efforts consentis par les Nations Unies trouvent leur contrepartie dans les efforts que, de leur côté, les autorités centrafricaines devront faire pour mettre pleinement en oeuvre les Accords de Bangui et le Pacte de réconciliation nationale, et pour entreprendre les réformes nécessaires pour assainir la situation politique, économique, financière et sociale du pays. Les autorités de la République centrafricaine se sont déjà engagées dans cette voie, comme vient de le rappeler le représentant du Kenya. Nous nous en réjouissons.

Au moment où le Secrétaire général s’apprête à remettre le rapport sur l’Afrique que lui avait demandé le Conseil de sécurité, dans une session ministérielle en septembre 1997, l’institution de la Mission des Nations Unies en République centrafricaine (MINURCA) nous paraît être l’illustration de cette volonté de l’Organisation des Nations Unies de continuer à être présente en Afrique au service de la paix et de la sécurité. Cette opération des Nations Unies est naturellement et par priorité l’affaire des Africains.

Les six pays qui participaient à la MISAB maintiennent leurs contingents dans la MINURCA et deux autres Etats africains — la Côte d’Ivoire et le Ghana — se joignent à eux. Je crois que notre reconnaissance doit leur être acquise. Ceci montre qu’il n’y a pas lieu de distinguer le nécessaire renforcement des capacités africaines de maintien de la paix, auquel nous sommes tous intéressés — et le rôle des Nations Unies. L’un et l’autre sont complémentaires et s’épaulent mutuellement. De même, l’engagement légitime des pays africains dans le maintien de la paix en Afrique n’est pas exclusif du soutien que peuvent apporter des Etats extérieurs à la région, au continent, mais qui sont désireux de contribuer aussi, sur le terrain, à la paix et à la stabilité en Afrique. C’est ainsi que mon pays, pour sa part, continuera, comme il l’a fait depuis plus d’un an au profit de la MISAB, à fournir à la MINURCA un soutien en matière de logistique et de santé.

Enfin, la MINURCA représente un bon exemple de diplomatie préventive. En ces temps où l’on débat beaucoup de la diplomatie préventive — et de manière tout à fait justifiée —, en ces temps où l’on regrette — parfois avec beaucoup de solennité et d’émotion — que la communauté des nations ne soit pas, dans le passé, intervenue suffisamment vite pour enrayer des conflits, alors je crois qu’en ce temps, il faut effectivement se réjouir qu’à la suite d’une MISAB qui a rempli son contrat, la MINURCA vienne à son tour offrir à la République centrafricaine et, au-delà, à la sous-région, la possibilité de rendre solides et durables la paix et la sécurité retrouvées.



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