Twitter Facebook Flickr Youtube RSS Share

27 mars 2002 - Kosovo : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

J’adresse mes chaleureuses salutations à M. Nebojsa Covic, vice-premier ministre de Serbie, et président du centre de coordination conjoint yougoslave et serbe pour le Kossovo. Je me réjouis de la participation d’un éminent responsable politique yougoslave chargé des questions kossovares à notre débat d’aujourd’hui. Je remercie également M. Hédi Annabi pour son exposé, qui met en évidence les succès remportés par les Nations Unies au Kossovo depuis notre réunion publique du 25 février. Ces succès sont d’autant plus notables qu’ils ont été obtenus en peu de temps.

La France souscrit bien entendu à la déclaration détaillée que le représentant permanent de l’Espagne fera tout à l’heure au nom de l’Union européenne. Je me prononcerai sur les questions auxquelles nous attachons une importance plus particulière à titre national.

1) L’élection de M. Ibrahim Rugova à la présidence du Kossovo et la mise en place d’un gouvernement de coalition, sous la conduite de M. Bajram Rexhepi, constituent les développements les plus marquants de ces dernières semaines. Que M. Rugova et M. Rexhepi soient félicités pour leur élection. Il convient de saluer la contribution personnelle de M. Michael Steiner à ce succès. L’accord politique conclu sous l’égide du représentant spécial du Secrétaire Général permet de donner vie au cadre constitutionnel de l’autonomie provisoire.

Il convient que les élus de la coalition " Povratak " jouent tout leur rôle : dans le gouvernement autonome, où le cadre constitutionnel leur a donné une place à part entière, et à l’assemblée du Kossovo, où ils constituent une force politique importante. Ils ont cette responsabilité à l’égard de leurs électeurs, mais aussi à l’égard du Kossovo tout entier, qui doit trouver son épanouissement dans l’application de la résolution 1244 et du cadre constitutionnel. A cet égard, nous soutenons les démarches du représentant spécial pour sortir du blocage actuel.

Un travail d’une ampleur considérable attend le gouvernement kossovar. L’administration du Kossovo au quotidien est désormais de son ressort. Le gouvernement doit donc s’impliquer avec minutie, et sans tarder, dans le détail des tâches de gestion. Le bien-être de toute la population dépend de la qualité de son jugement et de la justesse de ses décisions. Cet enjeu justifie qu’il assume pleinement les responsabilités qui lui ont été dévolues par le cadre constitutionnel.

Dans l’exercice de ses fonctions, il importe aussi que le gouvernement kossovar soit guidé par le souci de l’intérêt général. L’action publique doit être conduite au bénéfice de tous les habitants, y compris de ceux qui appartiennent à des minorités. Le représentant spécial du Secrétaire Général s’en assurera en application des dispositions du cadre constitutionnel et de la résolution 1244.

2) Tout doit être fait pour améliorer le sort des membres des communautés minoritaires au Kossovo. Dans cette perspective, le développement économique et le renforcement de la sécurité seront déterminants pour abaisser le taux d’émigration trop élevé constaté parmi eux.

Parallèlement, par sa portée symbolique et ses implications humaines, le dossier des retours devra continuer à faire l’objet d’une attention soutenue. Nous attendons des responsables kossovars d’origine albanaise qu’ils coopèrent activement avec la MINUK à tous les niveaux, y compris au niveau local, pour que les projets en cours puissent être menés à bien. La mobilisation de tous au service de cette cause est nécessaire. A cet égard, nous avons noté avec appréciation l’appel lancé par M. Rexhepi à Kamenica en faveur de la " libération de l’intolérance " et de " l’intégration des minorités vivant dans les enclaves ". Il faut poursuivre dans cette voie et faire en sorte que des résultats tangibles soient au rendez-vous.

Plus généralement, il est important que l’accord conclu le 5 novembre dernier entre M. Haekkerup et M. Covic soit entièrement appliqué. Nous en voyons aujourd’hui les fruits, avec le transférement des derniers détenus albanais de Serbie vers le Kossovo. Le règlement de cette affaire constitue un succès incontestable, qui illustre l’utilité d’une concertation étroite et confiante entre la MINUK, les élus kossovars et les responsables yougoslaves compétents sur les questions pratiques d’intérêt commun. Nous nous réjouissons à la perspective de voir M. Covic continuer à s’investir dans la mise en œuvre de l’accord du 5 novembre par la voie du dialogue avec la MINUK et bientôt, nous l’espérons, avec les institutions de l’autonomie provisoire.

3) L’accord conclu à Belgrade le 14 mars dernier, sous l’égide de M. Javier Solana, à propos des relations entre la Serbie et le Monténégro contribuera à renforcer la stabilité en Europe du Sud-Est et à rapprocher cette région de l’Europe. Il convient de se féliciter du courage politique des signataires, qui est exemplaire. Cet accord ne modifie pas l’identité et la personnalité internationale de l’Etat. Par conséquent, les obligations et les droits internationaux qui portent sur la République fédérale de Yougoslavie ou qui la concernent continueront de s’appliquer à l’Etat commun " Serbie et Monténégro ", notamment la résolution 1244./.



Bookmark and Share
Bookmark and Share
Rss
Organisation des Nations Unies Présidence de la République France Diplomatie La France à l'Office des Nations Unies à Genève Union Européenne Première réunion de l'ONU