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28 novembre 2000 - La situation en RDC : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Je souhaite remercier Mme McAskie, coordonnatrice adjointe des secours d’urgence, pour son exposé très utile sur la situation humanitaire en République démocratique du Congo.

Ce débat est une étape importante des travaux que le Conseil conduit ce mois-ci sur la situation en RDC. Il éclaire notre réflexion sur l’attitude de la communauté internationale à l’égard du conflit dans ce pays. Nous aurons à prendre, dans deux semaines, des décisions sur l’action des Nations unies au Congo. Il est nécessaire que le Conseil puisse se prononcer en ayant examiné tous les aspects du dossier. Ceux qui concernent la situation humanitaire sont à nos yeux essentiels.

Or, Mme McAskie l’a souligné, cette situation est dramatique.

Nous avons également à l’esprit les informations qui ont été données par le rapporteur spécial sur les droits de l’homme en RDC, M. Garreton, que les membres du Conseil de sécurité ont pu entendre en octobre en réunion "Arria". M. Garreton a rendu compte des violations des droits de l’homme dans l’ensemble du pays. Il a en particulier souligné que le droit le plus essentiel, le droit à la vie, était largement bafoué dans la partie orientale du pays. Le rapport de M. Garreton dresse la liste des massacres de populations civiles et des affrontements interethniques dans l’Est de la RDC.

Nous avons aussi à l’esprit les informations qui nous sont transmises par les organisations non gouvernementales. Je pense en particulier au rapport publié en juin dernier par l’organisation américaine "International Rescue Committee" qui a estimé que, d’août 1998 à mai 2000, le conflit avait provoqué une surmortalité de 1,7 million de personnes dans la partie orientale de la RDC. Il ne s’agit pas ici de se livrer à une querelle de chiffres. Mais il faut retenir l’essentiel : (1) les victimes du conflit au Congo se comptent, hélas, en centaines de milliers ; (2) les décès proviennent d’une part des violences contre les civils et des déplacements de populations qu’elles entraînent et d’autre part de l’interruption des soins causée par l’instabilité dans la zone et l’absence d’accès à ces populations.

La situation au Congo a des conséquences humanitaires dramatiques. Mais nous devons être conscients que cette crise est, en fait, de nature politique et militaire.

Cette situation trouve ses causes profondes dans les drames qu’a connus la région des Grands lacs au cours de la dernière décennie. La cause immédiate est le conflit qui a été déclenché en août 1998.

Il nous faut donc apporter aux Congolais un appui humanitaire pour les aider à faire face aux besoins immédiats et, dans cet esprit, nous encourageons l’action des agences des Nations unies, du CICR et des organisations non gouvernementales. La France, au sein de l’Union européenne, apporte également une aide à travers l’office européen, ECHO, qui met en oeuvre cette année un programme d’aide en matière de santé et d’assistance aux personnes déplacées.

Il nous faut aussi contribuer au règlement politique du conflit. C’est la responsabilité du Conseil. Les efforts pour mettre en oeuvre l’Accord de Lusaka et les résolutions du Conseil ont rencontré bien des difficultés. Mais, les Nations unies doivent poursuivre leurs efforts. J’ai souvent eu l’occasion de le rappeler dans nos débats, permettez moi de le répéter à nouveau : Il ne faut pas baisser les bras !

Dans les prochains jours, le Conseil devra décider, sur la base des recommandations que fera le Secrétaire général, quel appui la Mission des Nations unies en RDC, la MONUC, peut apporter au processus de règlement. La France estime qu’il faudra poursuivre notre effort. Il faut que la MONUC garde les moyens qui ont été prévus en février dernier, pour jouer son rôle et que ces moyens soient effectivement mis en oeuvre.

A la lumière du débat que nous avons aujourd’hui, nous devrons examiner si la MONUC peut également jouer un rôle pour mieux évaluer la situation humanitaire et contribuer aux efforts d’aide. Il nous paraît souhaitable, à cet égard, de renforcer le volet civil de la mission des Nations Unies.

Dans plusieurs situations de conflits, les Nations unies ont déployé, dans le cadre de leurs missions sur place, une présence civile. Cela a notamment été le cas dans des missions comportant à la fois des volets civils et militaires, par exemple en Angola jusqu’en 1998. Cela est aussi le cas en Afghanistan actuellement, avec des "observateurs civils" de la mission spéciale des Nations unies. Un tel dispositif d’observateurs civils, distincts des observateurs militaires, pourrait peut-être jouer un rôle utile au sein de la MONUC, pour rendre compte de la situation et assurer une liaison avec la société civile. Les conditions de déploiement d’observateurs civils, notamment en matière de sécurité, devraient être examinées avec soin.



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