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29 août 2000 - La situation à Timor Est : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, au nom de l’Union Européenne

Madame la Présidente

J’ai l’honneur de prendre la parole au nom de l’Union européenne. Les pays d’Europe centrale et orientale associés à l’Union européenne (Bulgarie, Estonie, Hongrie, Lituanie, Pologne, République tchèque, Roumanie, Slovaquie, Slovénie), Chypre, Malte et la Turquie (pays également associés), se rallient à cette déclaration.

L’Union Européenne tient aujourd’hui à réaffirmer son soutien à l’action de l’administration transitoire des Nations Unies à Timor Est (ATNUTO) en vue de conduire Timor Est à l’indépendance. Il y a un an presque jour pour jour, la population timoraise faisait en effet le choix de l’indépendance. Le travail déjà accompli par l’ATNUTO, sous l’impulsion décisive du Représentant spécial du Secrétaire général, M.Vieira de Mello, a été considérable. Il doit être poursuivi en pleine coopération avec les Timorais eux-mêmes. Il est essentiel que toutes les couches de la population timoraise puissent être associées à l’édification du futur état indépendant. La constitution, au mois de juillet dernier, d’un gouvernement mixte associant à parité des représentants de l’ATNUTO et des Timorais nous semble à cet égard tout à fait positive.

L’Union Européenne demeure néanmoins extrêmement préoccupée par la situation de dizaines de milliers de réfugiés est-timorais à Timor Ouest. L’Union Européenne exhorte l’Indonésie à respecter totalement et inconditionnellement l’engagement qu’elle a pris d’aider ceux qui veulent être rapatriés et à mettre un terme aux campagnes inacceptables de désinformation et d’intimidation conduites dans les camps de réfugiés par les milices.

L’Union européenne condamne avec la plus grande fermeté l’agression commise le 22 août dernier contre une équipe du H.C.R. et déplore que cette agression, loin de constituer un acte isolé, s’inscrive dans une série quasiment ininterrompue de harcèlements et de violences contre le personnel humanitaire et contre les réfugiés depuis la fin du printemps. L’Union européenne constate avec une inquiétude particulière que le H.C.R. a été obligé, dans ces conditions, de suspendre sa coopération pendant quelques jours.

L’Union Européenne prend note des nouveaux engagements pris par le gouvernement indonésien pour régler la question des réfugiés. Elle appelle le gouvernement indonésien à prendre des mesures efficaces pour rétablir la loi et l’ordre, créer des conditions de sécurité pour les réfugiés et le personnel humanitaire international, permettre à ce personnel d’accéder aux camps en toute liberté et sécurité et procéder à l’arrestation immédiate et au jugement des miliciens extrémistes qui essaient de saboter le processus de réconciliation. Toutes ces mesures sont indispensables pour mener à bien l’enregistrement des réfugiés, procédure qui doit permettre, notamment, de s’assurer que ces derniers disposent de la liberté effective de choisir entre un retour à Timor Est dans les meilleurs délais ou une installation en Indonésie.

L’Union européenne est profondément préoccupée par les effets déstabilisateurs provoqués par l’incursion de miliciens bien entraînés et bien équipés à Timor Est à partir de Timor Ouest. Les activités de ces milices pourraient contribuer à fragiliser le processus de transition vers l’indépendance. Dans ce contexte, l’Union européenne condamne tout particulièrement l’assassinat à la fin du mois de juillet et au début du mois août de deux casques bleus de l’ATNUTO. Elle déplore également le récent décès d’un soldat du Bangladesh.

L’Union européenne considère que les conditions sont aujourd’hui réunies au Timor Est pour permettre aux Timorais de poursuivre un processus de réconciliation nationale solide et véritable. Il est vital dans ce contexte que la communauté internationale continue de manifester son engagement à soutenir le redressement et le développement de Timor Est.

Le Timor a fait l’objet d’une opération sans précédent des Nations Unies. L’ATNUTO a ainsi bénéficié d’un soutien considérable de la communauté internationale et du budget le plus élevé de toutes les opérations de maintien de la paix en cours. Comme pour d’autres opérations de maintien de la paix, une évaluation permanente de son coût et de ses moyens devra être conduite en vue de la meilleure allocation possible des ressources. L’Union européenne rappelle dans ce contexte la demande faite par le Conseil de sécurité le 3 août dernier de disposer d’une évaluation militaire des conditions de sécurité et de leurs conséquences pour la structure de la composante militaire de l’ATNUTO. L’Union européenne souhaiterait notamment disposer de renseignements actualisés sur les besoins militaires de l’ATNUTO, la répartition effective des moyens sur le territoire en fonction des contraintes locales de sécurité, les tâches effectivement dévolues à la composante militaire de l’ATNUTO et ses perspectives d’évolution.

Comme elle l’avait déjà souligné dans son intervention au Conseil de Sécurité au mois de juin dernier, l’Union Européenne considère que la période de transition à Timor Est entre dans une phase cruciale. La mission des Nations Unies doit, avec les Timorais de l’Est, permettre l’affirmation d’un nouvel Etat démocratique, un Etat dans lequel la primauté du droit sera un fondement essentiel, un Etat indépendant, pleinement intégré dans sa région et vivant en paix avec tous ses voisins./.



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