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29 janvier 2002 - Afrique : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

La France vous remercie d’avoir pris l’initiative d’organiser ce débat public sur l’Afrique, un continent qui est au cœur des préoccupations et de l’engagement du Conseil de Sécurité. Je salue la présence parmi nous de M. Amara Essy, Secrétaire général de l’OUA, porteur des espoirs de l’Union africaine. J’exprime notre gratitude aux ministres qui nous font l’honneur de leur présence à cette table.

Plus tard dans notre débat, M. Solana fera une intervention au nom de l’Union européenne à laquelle la France s’associe pleinement.

L’Afrique a enregistré ces dernières années d’incontestables progrès, qu’il s’agisse de l’enracinement de la démocratie ou du développement économique. Mais de nombreux conflits, à la fois internes et inter-étatiques, freinent et occultent ces avancées. C’est pourquoi, à la demande des dirigeants africains, le Conseil de sécurité a progressivement accepté de s’y engager dans un partenariat pour la paix et la sécurité. Un partenariat qui mobilise l’ensemble des instruments d’intervention dont dispose notre Conseil.

Il y a d’abord la prévention des conflits. Pour des raisons de discrétion, c’est le plus souvent le Secrétaire général de l’ONU qui engage son autorité pour appeler les parties concernées à la recherche d’une solution pacifique. Mais lorsqu’il l’estime opportun, notre Conseil n’hésite pas à agir. C’est ce qu’il fit par exemple, en mai 2000, en se rendant à Addis Abeba et à Asmara pour tenter de prévenir la guerre entre l’Ethiopie et l’Erythrée et plaider pour la mise en œuvre de l’Accord de paix de l’OUA approuvé à Alger. C’est aussi dans cet esprit que le Conseil a rendu publique hier une déclaration sur Madagascar, comme l’avait fait auparavant l’OUA.

Le Conseil apporte naturellement tout son appui aux initiatives de l’OUA ou des organisations sous-régionales qui visent à prévenir les conflits. Je pense en particulier aux observatoires d’alerte avancée de la CEDEAO et de l’IGAD. Je pense au moratoire sur les petites armes en Afrique de l’Ouest ou encore, pour parler de l’actualité immédiate, au projet de rencontre des trois chefs d’Etat de l’Union du Fleuve Mano.

Mais le plus souvent, c’est au stade du règlement des conflits que notre Conseil est invité à agir, en appui aux efforts engagés par les Africains eux-mêmes, sous l’égide de l’OUA ou des organisations sous-régionales.

Il faut aujourd’hui saluer la réussite de l’opération de paix conduite par les Nations unies, avec le concours de la CEDEAO, en Sierra Leone. Avec plus de 17.000 hommes, la MINUSIL est actuellement la plus importante des opérations sous Casque bleu. Elle a permis le désarmement et la démobilisation de 43.000 combattants. Sur cet acquis, nous pouvons organiser des élections qui mettront un terme définitif à dix ans de conflit.

On a trop parlé des échecs de l’ONU pour ne pas souligner aujourd’hui cette évolution prometteuse. Nous sommes tous déterminés à conduire cette opération jusqu’à un succès complet.

Dans la Corne de l’Afrique, 4000 casques bleus veillent à l’accord de paix entre l’Ethiopie et l’Erythrée. Prochainement, notre Conseil enverra sur place une mission importante pour contribuer au règlement des problèmes pendants. Elle préparera la voie, nous l’espérons, à une application irréprochable, par les deux pays, des décisions de la Commission sur le tracé de la frontière.

Il nous faut à nouveau tourner nos regards vers la Somalie. Trop longtemps, ce pays a été abandonné de tous. Les espoirs nés du processus d’Arta ne se sont hélas pas concrétisés. Notre Conseil doit apporter tout son concours à l’initiative prise par les chefs d’Etat de l’IGAD récemment réunis à Khartoum. Il faut organiser, dès que les circonstances le permettront, le retour des Nations unies à Mogadiscio.

Au Burundi, notre Conseil a accompagné les initiatives des présidents Nyerere et Mandela. La France salue le concours des troupes sud-africaines à la mise en œuvre de l’Accord d’Arusha. Elle appuie l’initiative régionale et appelle les mouvements rebelles à rejoindre sans délai le processus de paix. Dès la semaine prochaine, notre Conseil aura l’occasion de faire un point détaillé et particulièrement opportun de ce dossier avec le président Buyoya.

Mais c’est peut-être en République démocratique du Congo que notre Conseil s’est le plus investi. A juste titre : en trois ans, ce conflit dans lequel interviennent sept Etats voisins, a fait sans doute 2,5 millions de victimes congolaises. Au fil des rencontres, un partenariat confiant s’est établi entre le Conseil et tous les signataires de l’Accord de Lusaka. Nous sommes déterminés à poursuivre notre action jusqu’à la paix. Nous serons d’une inusable détermination. Le moment est sans doute venu de réfléchir, avec nos partenaires africains, aux objectifs d’une nouvelle mission du Conseil, qui pourrait se rendre dans la région dès le printemps.

Au total, les opérations de paix conduites en Afrique mobilisent plus de la moitié de tous les casques bleus déployés à travers le monde, pour un coût de plus 1,5 milliard de dollars. C’est dire à quel point l’Afrique est, pour notre Conseil, une priorité absolue.

En complément des efforts diplomatiques et du déploiement des soldats de la Paix, le Conseil a su utiliser au mieux l’instrument des sanctions. Décidées contre l’UNITA ou le RUF, elles se sont révélées efficaces parce qu’elles sont ciblées et assorties d’objectifs politiques clairs. Pour la plupart désormais limitées dans le temps, leur mise en œuvre fait l’objet d’une évaluation et d’un contrôle régulier par des panels d’experts indépendants. Et c’est ainsi que notre Conseil a fait apparaître au grand jour le rôle clé des trafics d’armes et de matières premières de grande valeur dans la perpétuation des conflits en Afrique, de la Sierra Leone à la RDC, en passant par le Liberia et l’Angola. Nous devons accentuer encore nos pressions pour tarir ces trafics, liés entre eux. Dans cette perspective, la France propose la création d’un mécanisme permanent de suivi de la mise en œuvre des embargos décidés par le Conseil de sécurité. Une unité d’experts indépendants pourrait être créée, sous la supervision du Conseil de sécurité et des Comités des sanctions. La France soumettra à ses partenaires, dès les prochains jours, un texte sur ce sujet.

Ce partenariat prometteur entre l’OUA et le Conseil de sécurité s’est progressivement élargi à d’autres institutions. Face à des conflits complexes, notre Conseil a élaboré des stratégies de sortie de crise comportant certes un volet militaire, mais intégrant aussi la nécessaire reconstruction de l’Etat, de l’économie, de la société des pays concernés. Pour mettre en œuvre ces stratégies cohérentes, nous avons appris à travailler avec la Banque mondiale et le PNUD en particulier. C’est le cas en Sierra Leone. Ce doit être le cas aussi au Burundi et en RDC. L’ensemble des donateurs peuvent apporter un concours décisif au succès de ces deux processus de paix en s’engageant sans attendre. Il faut que les peuples meurtris de ces deux pays reçoivent maintenant les dividendes de la paix qui vient. J’ajoute que seules ces stratégies globales permettront des progrès durables de la bonne gouvernance et des Droits de l’Homme.

Sur tous ces dossiers, la France s’est résolument engagée. Les liens tissés par l’Histoire l’expliquent. Mais il y a plus : pour les Français, l’Afrique est une affaire de cœur. C’est pourquoi, plus de 40 ans après les indépendances, la France demeure, avec 4,5 milliards de dollars en 2000, le premier donneur d’aide bilatérale au continent africain. S’y ajoute un effort massif d’annulation de dettes, pour plus de 8 milliards de dollars.

La France est également déterminée à poursuivre son action en faveur de la paix, avec l’OUA et le Conseil de sécurité. 5.800 soldats français sont présents sur le continent, à Djibouti, au Sénégal, en Côte-d’Ivoire, au Gabon et au Tchad, à la demande de ces pays. Mais la France souhaite désormais aider les Africains à gérer eux-mêmes les problèmes de sécurité. Notre programme Recamp contribue à la formation et à l’équipement d’unités africaines, qui peuvent être placées sous casque bleu. C’est le cas, par exemple, des contingents sénégalais qui servent aujourd’hui dans la MONUC, en RDC.

Plus largement, la France se réjouit de la détermination des chefs d’Etat africains à prendre en main le développement de leur continent. Elle s’est déjà montrée favorable à l’initiative africaine, le NEPAD. Le président de la République réunira à Paris le 8 février une douzaine de chefs d’Etat et de gouvernement Africains et le président de l’OUA pour faire le point des travaux menés sur la base du NEPAD, dans la perspective du Sommet du G8 à Kananaskis.

Que nul n’en doute : avec l’OUA aujourd’hui, l’Union africaine demain et le Conseil de sécurité, la France est, et demeurera, aux côtés des pays africains qui veulent avancer vers la paix et le développement./.



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