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29 novembre 2000 - La situation en Guinée-Bissao : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, au nom de l’Union Européenne

Madame la Présidente

J’ai l’honneur de m’exprimer au nom de l’Union Européenne. Les pays d’Europe centrale et orientale associés à l’Union Européenne (Bulgarie, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, République Tchèque, Roumanie et Slovénie) et les pays associés (Chypre et Malte), se rallient à cette déclaration.

L’Union européenne souhaiterait tout d’abord vous remercier pour l’organisation de ce débat qui illustre de façon concrète et vivante les défis de la consolidation de la paix et de la gestion des situations post-conflit.

Avec le retour de la démocratie, les attentes de la population bissao-guinéenne étaient importantes et nombreuses : rétablissement de la paix civile et de la bonne gouvernance, reconstruction économique et sociale, sécurité aux frontières, affirmation progressive des institutions civiles par rapport à l’ex-junte militaire. Force est de constater à ce stade que ces objectifs n’ont été que partiellement atteints. En dépit de l’organisation réussie en début d’année des élections législatives et présidentielles qui ont conféré nouvelles institutions une incontestable légitimité, le caractère multidimensionnel de la situation de crise affectant la Guinée-Bissao en renforce la complexité et implique une gestion coordonnée et véritablement intégrée de tous les partenaires concernés. Le retour à la paix et au développement durables passe par la résolution de problèmes structurels qui sont à la fois de nature politique (relations jusqu’ici délicates et complexes entre l’autorité civile et le pouvoir militaire, divergences au sein du gouvernement), institutionnelle (problèmes de coordination de l’équipe gouvernementale, carence généralisée des services publics, gestion critiquable des finances publiques) et aussi internationale. L’Union européenne reconnaît à cet égard que l’appui des bailleurs de fonds multi et bilatéraux a sans doute manqué d’une stratégie cohérente et coordonnée. En particulier, les décaissements des fonds promis ont probablement été trop lents pour favoriser la stabilisation de la situation post-conflit et la réussite de l’expérience démocratique issue des scrutins de novembre 1999 et janvier 2000. La sécurité en Guinée-Bissao comporte aujourd’hui de graves risques de déstabilisation interne - les événements de la semaine passée l’ont encore montré - et le cas échéant, de déstabilisation régionale.

L’installation dès juin 1999 du représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies et de son bureau (UNOGBIS) a joué un rôle déterminant dans la bonne issue du processus électoral, qui n’aurait pu se dérouler sans l’implication personnelle et constante de M. Nana Sinkam. L’action de ce dernier, son courage et sa détermination, ont sans conteste également favorisé la semaine dernière une issue heureuse face aux menaces de déstabilisation démocratique. S’il est utile d’envisager dès maintenant la prolongation du mandat de l’UNOGBIS, au delà de mars 2001, pour conforter notamment la bonne issue du processus de démobilisation, il est parallèlement indispensable qu’un engagement massif et déterminé des bailleurs de fonds permette de franchir les prochaines échéances qui seront décisives.

Pour l’Union européenne, cet engagement ne peut se fonder, au moins provisoirement, sur les critères financiers habituels et les ratios classiques. Les conditionnalités devraient tenir compte de la situation post-conflit. Il ne faut pas perdre de vue que le Produit Intérieur Brut (PIB) de la Guinée-Bissao a chuté de 28% en 1998, et que l’emploi rémunéré public ou privé s’y est raréfié. Le rétablissement d’une souveraineté démocratique à partir d’installations détruites ou pillées, de télécommunications défaillantes, d’administrations dépeuplées et de finances publiques asphyxiées par le coût des forces armées constitue un défi pratiquement impossible à relever sans un appui international suffisant. Il s’agit donc d’envisager et de mettre en place au plus tôt une aide quantitativement et qualitativement appropriée avec des conditionnalités adaptées.

Du point de vue de l’Union européenne, cette aide devrait porter à la fois sur l’annulation de la dette et sur des appuis budgétaires qui permettraient au Gouvernement de Guinée-Bissao de couvrir les financements des services sociaux de base et de sécuriser le paiement des salaires sur plusieurs mois. Des projets visant à redémarrer l’activité économique pourraient également être mis en oeuvre. Pour sa part, le Gouvernement de Guinée-Bissao devrait analyser le plus tôt possible les besoins d’assistance technique nécessaires pour assurer une bonne gestion de cette aide internationale. L’Union européenne appelle de ses voeux, un effort national visant à remédier aux dysfonctionnements parfois constatés (montant excessif des per diem, missions administratives trop nombreuses, multiplication de dépenses non budgétées). Des changements de responsables et un remaniement profond des pratiques actuelles devraient accompagner, à tous les niveaux, indispensable effort de redressement.

Le nouveau pouvoir civil en Guinée-Bissao s’est trouvé confronté la semaine passée au comportement irresponsable d’une partie des forces militaires. Ceci n’était pas totalement imprévisible. La junte militaire auto-proclamée conduite par le Général Mané n’avait en effet pas conduit à terme son processus de dissolution malgré la tenue des élections législatives et présidentielles. L’Union européenne se réjouit du ralliement au gouvernement démocratiquement élu du Président Kumba Yala de la très grande majorité des forces militaires et du soutien exprimé par la population. Pour l’Union européenne, il est prioritaire dans le nouveau contexte de faire en sorte que de tels événements ne se répètent plus et que la Guinée-Bissao et la Communauté internationale mettent en place dans les plus brefs délais le processus de démobilisation, désarmement et surtout réinsertion (DDR) des militaires, paramilitaires et anciens combattants. Après le recensement des anciens combattants et des forces paramilitaires qui vient de s’achever, le recensement des forces armées doit être effectué au plus vite et dans la transparence de façon à inscrire dans le budget 2001 un plafond d’effectifs réaliste et financièrement soutenable. Ceci est la condition préalable pour que le programme de démobilisation soit conduit à son terme dans les plus brefs délais.

L’Union européenne appelle le gouvernement de la Guinée-Bissao à poursuivre une politique de dialogue ouverte et sans exclusive permettant de mettre en place une véritable réconciliation nationale. La Guinée-Bissao a besoin de paix. La Guinée-Bissao a aussi besoin d’unité. Nous espérons que ce message pourra être entendu par tous. A cet égard, l’Union européenne sera particulièrement sensible aux actions prioritaires visant au respect des Droits de l’Homme et de libertés publiques. Elle souligne également la nécessité d’accepter et de préserver les diversités politiques, culturelles et religieuses.

Je voudrais pour conclure revenir sur la dimension régionale de la crise bissao-guinéenne. L’Union européenne prend note avec intérêt des initiatives prises par les gouvernements sénégalais et bissao-guinéen pour circonscrire les incidents frontaliers qui se sont produits entre juin et septembre 2000. L’Union européenne accueille très favorablement la désignation par le Gouvernement de Guinée-Conakry d’un Ambassadeur résident, ainsi que celle par le Sénégal d’un chargé d’affaires. L’Union européenne appelle de ses voeux une meilleure entente entre tous les pays de la région et la mise en oeuvre dans ce contexte d’un contrôle plus efficace des trafics de petites armes, conformément à l’esprit et à la lettre du moratoire adopté par l’ensemble des pays de la CEDEAO à Bamako sur l’importation, l’exportation et la fabrication des petites armes.



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