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3 février 2000 - Timor Oriental : Intervention de M. Alain Dejammet, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Monsieur le président, je voudrais m’associer aux paroles de bienvenue qui vous sont adressées et vous confirmer notre entier soutien dans le mois de votre présidence. Je voudrais également remercier une fois de plus M. Vieira de Mello pour la qualité, la clarté de son exposé. Le rapport écrit qui nous a été soumis était lui-même extrêmement détaillé et nous permettait d’avoir une image très claire et en même temps positive du travail de l’ATNUTO au Timor oriental, mais nous ne pouvons que nous réjouir de voir le responsable de ce rapport et le responsable des Nations unies sur place être présent avec nous aujourd’hui pour nous confirmer les orientations de ce rapport et pour répondre éventuellement à nos questions.

En fait les choses sont simples parce que beaucoup repose, Monsieur le président, sur la confiance dont M. Sergio Vieira de Mello bénéficie de notre part. Cette confiance est entière parce que nous savons qu’il a l’énergie, la capacité, le dynamisme pour mener à bien cette tâche qu’il a parfaitement décrite comme étant une mission de co-architecture. Il ne s’agit pas uniquement de remplir un vide, d’administrer de manière intérimaire Timor oriental, mais il s’agit d’être présent et de bâtir avec les Timorais une nouvelle architecture. Et je pense que Sergio Vieira de Mello s’y emploie avec toute l’efficacité qui lui est commune.

J’ai donc peu de questions à vous poser car vous avez fait ce qui était envisageable. Vous rencontrez tous les Timorais, mais vous allez également en Indonésie et vous vous efforcez d’atteindre ce qui doit être notre objectif commun - la réconciliation nationale - afin de permettre le retour de tous ceux qui sont partis. A cet égard d’ailleurs, je me bornerai à une simple petite question. On évoque ceux qui sont à Timor ouest. On évoque ceux qui sont dans des camps de réfugiés, on évoque le rythme de leur retour, mais il y a depuis le début de cette longue affaire beaucoup de Timorais qui étaient partis à l’étranger, bien au-delà. Avez-vous une idée du nombre de Timorais qui ont émigré très loin de Timor, qui ne sont pas à Timor ouest, qui ne sont pas en Indonésie, mais qui pourraient souhaiter revenir dans le pays.

La clé, c’est effectivement ce que vous avez indiqué, les perspectives aussi, les perspectives de réintégration, les perspectives d’intégration dans les services publics. A la base de tout cela il y a ce travail que vous vous efforcez de promouvoir de réconciliation nationale et je ne doute pas qu’avec l’équipe dont vous vous êtes entouré vous avez obtenu des résultats, puisqu’un conseil national a été créé.

Mais vous avez, je pense, mis l’accent sur les deux clés du parachèvement du succès. L’une de ces clés, c’est la question des droits de l’homme. C’est la question de la justice. L’autre clé, ce sont les perspectives économiques qui permettraient de donner l’assurance à tous les Timorais qu’ils peuvent travailler, vivre ensemble dans un pays reconstruit.

En ce qui concerne le premier point, je souscris, pour être bref, à ce qui a été dit par l’ambassadeur du Royaume Uni. Nous savons que ce devoir de mémoire et ce devoir de justice sont heureusement compris, non seulement à Timor, mais heureusement, comme le démontre le rapport d’enquête conduit par les autorités indonésiennes elles-mêmes, en Indonésie. Et ceci nous donne des motifs d’espérance, car notre souci est que l’impunité soit effectivement pourchassée, que la justice passe, mais nous avons noté avec intérêt l’effort volontaire que les autorités indonésiennes mènent elles-mêmes en cette direction, ce qui nous permet, je crois, d’espérer que nous puissions nous acquitter de ce devoir de justice souhaité, voulu par les Timorais, voulu par la communauté internationale, d’une manière qui sera conforme aux aspirations des autorités indonésiennes et de la population de Timor. Voilà, me semble-t-il, récemment, un développement satisfaisant et nous en reparlerons, comme l’a indiqué l’ambassadeur du Royaume uni, sous l’autorité du président du Conseil de sécurité, dans nos consultations.

La seconde condition, la seconde clé, c’est effectivement la situation économique. Il faut pouvoir donner quelques perspectives immédiates de vie convenable aux habitants de Timor. Et de ce point de vue il faut bien reconnaître qu’il y a une succession d’événements récents dont vous avez été témoin, dont vous avez failli vous-même être victime, parce que je crois que vous avez eu des expériences difficiles, qui sont dus à cet état de dégradation de la situation économique. Et il n’y aura pas de véritable retour, de véritable réconciliation, si ceux qui sont dans des camps ne sont pas assurés de pouvoir évidemment être réintégrés, mais de pouvoir trouver des conditions de vie normales.

Vous avez évoqué, pour vous en féliciter, le volume des contributions qui avaient été promises, engagées, à l’occasion de ces réunions de contributeurs, mais vous avez souligné, Monsieur le représentant spécial, le fait que les délais de décaissement de ces sommes sont un peu tardifs. Donc vous avez évoqué la nécessité de pouvoir compter sur les contributions des Nations unies. Je souhaiterais, si vous en avez le temps, que vous soyez un peu plus précis et que vous nous disiez ce qu’il faut vraiment faire, au-delà des simples appels, comment financièrement vous voyez les modalités de transfert de fonds qui permettraient à votre administration de fonctionner.

Je pense à cet égard, puisque nous parlons finances, que tout ce qui sera fait pour diminuer le poids du financement de la force des Nations unies sera utile, car les sommes ainsi épargnées pourront être versées ou réorientées vers l’administration civile. L’amélioration des conditions générales de sécurité devrait peut-être permettre d’alléger le volume de la force des Nations unies proprement dite et de permettre des économies qui autoriseraient les Etats à réorienter leurs financements vers votre administration.

Voilà en quelques mots, Monsieur le président, les questions ou les remarques que je souhaitais faire à M. Vieira de Mello en le remerciant une fois de plus de sa contribution et en lui redisant notre confiance ainsi qu’à vous-même. Merci.



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