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3 mai 2002 - Moyen-Orient : Intervention de M. Yves Doutriaux, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies

(A vérifier au prononcé)

La France s’associe pleinement au discours qui a été prononcé par l’Ambassadeur d’Espagne au nom de l’Union européenne.

La France s’est exprimée à de nombreuses reprises devant le Conseil de sécurité sur la poursuite tragique du conflit israélo-palestinien. Tout ce que nous avons dit reste malheureusement valable et d’actualité, même s’il y a aujourd’hui quelques lueurs d’espoir. Je serai donc bref, en me concentrant sur trois points :

1) La France déplore profondément qu’il ait été impossible d’envoyer l’équipe d’établissement des faits en raison des objections des autorités israéliennes qui sont revenues sur l’accord qu’elles avaient donné il y a deux semaines au Secrétaire Général.

Cette équipe avait été nommée par le Secrétaire Général avec le plein soutien du Conseil de sécurité. Le Conseil avait en effet endossé l’initiative et fixé ses termes de référence clairs par la résolution 1405. L’autorité du Conseil de sécurité et du secrétaire général doivent être respectées. La non coopération d’Israël à la mise en oeuvre de la résolution 1405 est une erreur grave que la France condamne. Les résolutions du Conseil ne sont pas optionnelles.

Au delà de cette question de principe, comme le Secrétaire Général l’a dit, " il aurait été dans l’intérêt de tout le monde de déterminer une fois pour toutes ce qui s’est passé". Cela aurait été en particulier dans l’intérêt bien compris d’Israël. Les témoignages et observations rapportés par les organisations internationales humanitaires et de défense de droits de l’homme ainsi que par les médias sont graves. L’absence de rapport exact et objectif sur les faits laisse tout le monde dans le doute. C’est profondément regrettable. Il est important que le Conseil de sécurité puisse réagir en exprimant sa solidarité avec le Secrétaire Général et l’équipe de Martti Ahtisaari et en exprimant la déception et la frustration de la communauté internationale.

2) La France se réjouit du règlement de la situation à Ramallah et du recouvrement par le Président de l’Autorité Palestinienne de sa liberté de mouvement.

Il faut maintenant que la sécurité personnelle et la liberté d’aller et venir de Yasser Arafat soient pleinement garanties. La France rend hommage aux efforts diplomatiques qui ont été déployés pour aboutir à ce résultat positif, notamment par les Américains et les Britanniques. Alors qu’une dynamique positive semble s’amorcer avec l’annonce faite par le quartet qu’il allait travailler à une conférence internationale, il importe de la conforter, notamment par la levée rapide du siège de l’église de la Nativité à Bethléem, où la situation humanitaire des assiégés, privés de nourriture, est alarmante. Il faut également aboutir sans délai à un retrait total et définitif des forces israéliennes de toutes les zones A et obtenir l’assurance qu’il n’y aura plus d’incursion de l’armée israélienne.

Plus largement, la France se félicite du renforcement des efforts de tous, en particulier ceux du quartet qui s’est réuni hier à Washington et ceux du monde arabe, qui s’est courageusement et résolument engagé en faveur d’une paix globale et durable. Cet engagement de la communauté internationale auprès et entre les parties doit être encore renforcé.

3) La France demeure très préoccupée par l’ensemble de la situation sur le terrain qui reste fragile et dangereuse, sur le plan humanitaire comme sur le plan politique.

- La situation humanitaire dans les territoires palestiniens est catastrophique. La population civile souffre d’une façon intolérable. La communauté internationale, qui s’est montrée prête à faire un gros effort financier lors de la réunion du comité ad hoc de liaison à Oslo la semaine dernière, doit intensifier ses efforts. Il faut aider en particulier l’UNRWA, qui est en première ligne, à faire face à l’ampleur des besoins.

Il est absolument indispensable que les autorités israéliennes prennent de leur côté les mesures nécessaires à une amélioration immédiate et durable de la situation humanitaire et économique des territoires palestiniens. Il ne pourra pas y avoir de progrès significatif sans levée des couvre-feu, des bouclages, des restrictions aux déplacements et de la compartimentation des territoires. Il ne pourra pas y avoir de progrès sans garantie de la liberté de mouvement et d’accès aux populations pour les agences humanitaires et le personnel médical et plein respect par Israël des dispositions du droit international et du droit humanitaire défini par les conventions de Genève de 1949.

- La situation politique est tendue et précaire, en dépit des efforts intenses de relance d’un processus de négociation.

Il faut que les parties, avec l’aide de la communauté internationale et notamment du " Quartet " et des dirigeants du monde arabe, retrouvent le chemin qui conduira à un cessez-le-feu durable et à la relance d’un véritable processus politique. Cela va demander beaucoup d’efforts et de volonté politique, de la part des parties comme de l’ensemble de la communauté internationale.

Il faut évaluer sans délai les destructions infligées à l’Autorité Palestinienne, notamment aux ministères de l’éducation, de l’enseignement supérieur et aux infrastructures de la sécurité préventive, et aider les Palestiniens à les reconstruire afin de jeter les bases d’un état de droit, viable et démocratique.

Il n’y a pas d’autre voie que la conclusion d’un cessez-le-feu et la reprise sans délai des négociations politiques sur un règlement politique définitif et juste. Nous en connaissons tous les contours, définis par les résolutions du Conseil de sécurité 242, 338 et 1397, la déclaration du Quartet du 10 avril, le discours de Colin Powell à Louisville et les propositions du sommet de Beyrouth. Paix et sécurité vont ensemble. Seule une démarche globale, sécuritaire, politique, humanitaire et économique peut réussir.

L’Autorité palestinienne et Israël doivent respecter leurs engagements et obligations réciproques. L’Autorité Palestinienne doit assumer ses responsabilités, en particulier en matière de sécurité et de lutte anti-terroriste. L’occupation israélienne doit cesser. Elle doit laisser place à la coexistence pacifique de deux Etats indépendants, Israël et la Palestine, vivant dans des frontières sûres et reconnues. Il est illusoire de penser qu’un tel règlement puisse être conclu sans Yasser Arafat. Il est le représentant légitime et élu du peuple palestinien.

Dans cette marche vers la paix, l’engagement de la communauté internationale est déterminant. Outre la perspective d’une nouvelle conférence internationale, son engagement doit se traduire sur le terrain par une présence crédible. La France soutient l’approche du secrétaire général qui a proposé le déploiement d’une force multinationale. Les réflexions doivent se poursuivre sur cette voie.

Les efforts de la communauté internationale se poursuivent sans relâche. Il faut garder espoir. Il n’y a pas de solution par les armes, la force brutale ou toute forme de violence. Le chemin de la paix passe par la reconnaissance mutuelle et la négociation entre partenaires qui se reconnaissent et se respectent comme tels. Les Israéliens et les Palestiniens le savent bien./.



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