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3 octobre 2000 - Situation au Moyen Orient y compris la question palestinienne : Intervention de M. Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

1. La France exprime sa très vive émotion devant le lourd bilan des affrontements de ces derniers jours : une soixantaine de morts, dont trois enfants de 10 et 12 ans, un millier de blessés. Nous voulons ici témoigner de notre profonde sympathie et présenter nos condoléances aux familles des victimes.

Le président de la République française, le Premier ministre, le ministre des Affaires étrangères ont déjà exprimé nettement notre position. L’Union européenne, dont la France assure la présidence ce semestre, a également rendu publique des déclarations sur cette tragédie Je voudrais cependant devant le Conseil de sécurité, devant les Nations unies, rappeler la réaction de la France.

Ces événements sont le résultat d’une provocation délibérée accomplie par M. Ariel Sharon, jeudi 28 septembre. La France condamne sans réserve sa visite irresponsable sur le Lieu saint de l’Esplanade des Mosquées, entreprise pour des raisons de politique intérieure, au moment le plus sensible des négociations de paix.

La France déplore les violences qui ont résulté de cette visite. Au-delà de cette provocation, c’est la responsabilité de ceux qui sont en charge du maintien de l’ordre qui est en cause. Comme le président Chirac l’a indiqué hier matin : "On ne lutte pas contre l’émotion d’un peuple avec des blindés." L’usage disproportionné de la force armée que l’on a pu constater ces derniers jours contrevient de façon manifeste à la quatrième Convention de Genève. Nous souhaitons que toute la lumière soit faite sur cette tragédie, dans le cadre d’un mécanisme international propre à établir les responsabilités de ce drame.

C’est un message de responsabilité que le Conseil doit adresser aujourd’hui aux parties. Nous appelons solennellement les dirigeants israéliens et palestiniens à tout mettre en œuvre, chacun pour ce qui les concerne, pour contribuer à un apaisement de la tension. Il faut bloquer l’engrenage de la violence. La priorité absolue doit aller à l’arrêt des combats. Le cessez-le-feu conclu dans la nuit de lundi à mardi doit être strictement respecté. Les affrontements font le jeu des provocateurs et des ennemis du processus de paix. Le calme doit revenir sur le terrain. La sécurité doit être assurée.

Ces affrontements sont d’autant plus consternants que les deux parties n’ont jamais été aussi proches de la paix. Sous l’impulsion des Etats-Unis, grâce aux efforts menés par le président Clinton et Madeleine Albright et auxquels la France apporte son concours, chacune des deux parties a fait, lors du sommet de Camp David, des gestes courageux en direction de l’autre. Ces discussions permettaient d’espérer un événement attendu depuis plus de cinquante ans : la coexistence pacifique, la paix, entre Israël et l’Etat de Palestine. Cette occasion historique ne doit pas être perdue.

Nous espérons très vivement que la rencontre, demain à Paris, entre le président Arafat et le Premier ministre Barak, permettra de mettre un terme définitif à la tragédie et de renouer le fil du dialogue. Un dialogue auquel le drame de ces derniers jours a rappelé qu’il n’existait pas d’alternative.

La France et l’Union européenne continueront à soutenir résolument les négociations de paix et à apporter, à la demande des parties, toute leur contribution. Il n’y a pas d’autre choix que celui de la paix. Les parties doivent s’abstenir de toute action qui pourrait compromettre le succès des négociations. La France invite les deux parties à les reprendre dans le respect des résolutions et conventions qui constituent la légalité internationale. Elle les invite à aborder avec sérénité l’ensemble des questions qui restent en suspens, dans l’esprit des progrès décisifs intervenus lors du sommet de Camp David.

2. Après cette intervention prononcée à titre national, je voudrais, au nom de l’Union européenne, dont la France assure ce semestre la présidence, lire les déclarations suivantes rendues publiques les 1er et 2 octobre :

. 1er octobre :

"L’Union européenne est très préoccupée par la poursuite des sanglants affrontements à Jérusalem et dans les Territoires, et consternée par le nombre des victimes.

Ces événements montrent à quel point une provocation intervenue dans un contexte tendu peut avoir des conséquences tragiques.

L’Union européenne appelle les responsables des deux parties à prendre toutes les mesures nécessaires pour faire cesser les violences et empêcher de nouvelles provocations.

Elle met en garde contre l’usage injustifié de la force.

L’Union européenne invite les parties à se concentrer à nouveau sur la recherche négociée de la paix, plus que jamais nécessaire".

. 2 octobre :

"Au quatrième jour d’affrontements sanglants entre Israéliens et Palestiniens, l’Union européenne en appelle de nouveau à la raison pour que cesse la violence.

Elle estime que le recours disproportionné à la force ne peut qu’aggraver encore la situation, alourdir un bilan déjà particulièrement meurtrier, et éloigner la perspective de la paix à un moment où celle-ci paraissait se concrétiser à brève échéance.

L’Union européenne appuie la formation d’une commission internationale chargée d’établir objectivement les faits sur les événements des derniers jours. L’Union est disposée à apporter sa contribution aux travaux d’une telle commission.

L’Union européenne reste convaincue que seule une solution négociée est de nature à satisfaire les aspirations des peuples israélien et palestinien à la paix et à la sécurité.".



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