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30 mai 2003 - RDC : Intervention de M. Jean-Marc de La Sablière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

1. Cela fait des années que la République Démocratique du Congo connaît une situation de conflits qui ont fait, nous dit-on, de l’ordre de trois millions de morts. Le Conseil de Sécurité s’est d’emblée saisi de ces conflits, qui ont impliqué, d’une façon ou d’une autre, pratiquement tous les pays d’Afrique centrale et australe : le Conseil, en étroite liaison avec le Secrétaire Général, a travaillé avec les parties signataires de l’Accord de Lusaka, l’accord fondateur du processus de paix, conclu en 1999, pour que se mette en place et pour que progresse ce processus. Aux efforts du Conseil se sont ajoutés ceux d’autres institutions internationales, comme celles de Bretton Woods, qui sont devenues un acteur majeur du retour de la paix dans les Grands Lacs.

Mais il faut reconnaître que les efforts de la communauté internationale pour que revienne la paix au Congo ont parfois été frustrants. A mesure que se mettaient en place des dispositifs pour que cesse le conflit, celui-ci semblait s’y adapter et reprenait de plus belle sous une forme différente, un peu comme une bactérie développe des résistances aux médicaments qu’on utilise contre elle. Nous avons donc vu le conflit en RDC se transformer : de conflit régional motivé par des préoccupations de sécurité, il s’est mué en crise encore plus complexe, ajoutant en les combinant d’autres dimensions : une dimension intérieure congolaise, des enjeux économiques régionaux, des conflits locaux dans une situation d’anarchie totale - et un drame humanitaire.

La complexité, le caractère parfois difficilement saisissable de ce conflit ne sont évidemment pas une raison pour baisser les bras. D’abord, parce que le coût humain de ce conflit est effrayant. Mais aussi parce que le processus de paix que nous soutenons commence à porter quelques fruits : il y a eu un important mouvement de retrait des forces étrangères ; un accord sur la transition politique a été signé entre Congolais ; on a commencé à désarmer des groupes armés étrangers. Ce n’est certes pas suffisant, parce que ce retrait n’est pas complet, parce que la transition doit démarrer pour de bon, parce que les offensives répétées des rebelles dans l’est viennent saboter les tentatives de désarmement des groupes armés. Ce n’est pas suffisant, non plus, parce que les progrès sur le plan politique sont encore loin de se traduire en progrès réels dans la vie quotidienne des Congolais : les massacres se poursuivent et l’instabilité demeure. Mais c’est sur ces progrès qu’il nous faut bâtir, pour que les avancées du processus de paix se confirment et pour que la paix revienne.

2. Aujourd’hui, que pouvons-nous faire ?

- La première chose est de bien faire comprendre à toutes les parties à ce conflit, dans la région et en RDC, que c’est =leur= processus de paix. Personne d’autre ne sera en mesure de faire la paix à leur place. Nous pouvons les aider, mais le retour à la paix relève de leur responsabilité principale.

- Le retour à la paix, par ailleurs, est de leur intérêt. Certaines des parties continuent peut-être de penser pouvoir obtenir tel avantage immédiat en jouant encore, directement ou par procuration, la carte militaire. Mais au delà du très court terme, toutes ont intérêt à un règlement politique et négocié, où sont prises en compte les préoccupations légitimes des uns et des autres. Les parties au conflit ont adhéré à cette logique en signant les accords de Lusaka, Kampala, Luanda, Pretoria ou autres : mais il faut maintenant que ces accords soient pleinement respectés et mis en œuvre.

3. Mais expliquer, rappeler aux parties leurs engagements, exercer le cas échéant des pressions politiques sur elles pour qu’elles respectent ces engagements, ne suffit pas. Il faut aussi que le Conseil, parfois, prenne des mesures plus concrètes :

- pour aider les parties à mettre en œuvre leurs engagements : c’est la raison d’être de la Monuc, déployée pour faciliter le désengagement des combattants il y a deux ans, le désarmement et le rapatriement des groupes armés l’an dernier, la mise en œuvre des accords de Luanda et de Pretoria par la suite.

- pour neutraliser les moteurs du conflit : c’est tout le sens du travail accompli par le panel de l’Ambassadeur Kassem sur le pillage des ressources naturelles du Congo.

- ou encore, parfois, pour prendre les mesures d’urgence qui s’imposent quand il faut mettre fin à des massacres ou à une situation devenue intolérable.

4. Voilà donc les deux axes autour desquels s’organise le rôle du Conseil : messages politiques, et actions de terrain. L’un ne va pas sans l’autre.

Et le Conseil, aujourd’hui, est précisément actif sur ces deux registres :

A- Nous venons ainsi de voter la résolution …, qui autorise le déploiement d’une force multinationale à Bunia : cette force, qui est constituée à la demande du Secrétaire Général, aura pour mandat de stabiliser la situation à Bunia, et d’y contribuer à assurer la sécurité de la population civile ; menée par la France, elle sera déployée jusqu’au 1er septembre, le temps nécessaire pour permettre au Secrétaire Général de déployer dans cette ville un contingent renforcé de la Monuc.

B- Mais cette action d’urgence n’a guère de sens si on en reste là : le Conseil ne peut pas se limiter à autoriser une coalition de pays à envoyer une force multinationale à Bunia. Il faut aussi que le Conseil renforce le cadre politique du processus de paix - en un mot, redonne de l’élan à ce processus de paix, qui a bien sûr progressé, comme je le disais à l’instant, mais qui a besoin d’être remis sur les rails. C’est précisément l’objectif de la mission que le Conseil va envoyer dans un peu plus d’une semaine en Afrique centrale, et que j’aurai l’honneur de présider.

La mission aura de nombreux messages à passer, notamment :

- rappeler aux parties congolaises l’absolue nécessité de mettre fin immédiatement aux opérations militaires. C’est indispensable à un moment où certains lancent dans l’est de la RDC une opération militaire de grande ampleur ; c’est indispensable, également, pour que démarre pour de bon le désarmement et le rapatriement des groupes armés étrangers ;

- dire à tous ceux qui soutiennent les groupes armés, quels qu’ils soient (rebelles, milices, groupes armés étrangers) qu’ils doivent immédiatement mettre fin à ce type de soutien et de conflit par procuration, et qu’ils doivent empêcher qu’un tel soutien soit apporté ;

- expliquer aux parties congolaises, qui se sont enfin entendues, grâce à l’implication personnelle du Président Mbeki, sur les modalités de la transition, qu’elles doivent maintenant sans perdre plus de temps lancer cette transition ;

- rappeler à tous que les richesses du Congo doivent bénéficier aux Congolais.

Au delà des messages, il nous reviendra aussi de réfléchir aux mesures de confiance que nous pourrions proposer : idée d’un pacte de bon voisinage, à laquelle nous devrions, je pense, travailler ; perspective d’une conférence internationale pour la région des Grands Lacs, à la préparation de laquelle Ibrahima Fall travaille également.

C’est sur la base de ce que nous dirons nos interlocuteurs qu’il nous reviendra d’identifier les moyens à notre disposition pour continuer à aider le processus de paix, notamment à travers la Monuc. C’est donc à la lumière des enseignements de la mission que nous lirons le rapport que le Secrétaire Général vient de nous remettre, et qui contient des propositions sur l’adaptation du mandat de cette opération de maintien de la paix aux derniers défis du processus de paix.

5. Je voudrais pour terminer dire un mot du Burundi, où se rendra également la mission du Conseil. Certes, le Conseil y est moins impliqué qu’en RDC, ne fût-ce que parce qu’il n’y a pas d’opération de maintien de la paix dans ce pays. Néanmoins, nous sommes directement concernés, également, par la situation dans ce pays, où se met en place, depuis deux ans, le processus de l’accord d’Arusha. La transition politique prévue par cet accord a bien eu lieu, avec l’accession à la présidence, le 1er mai, de l’ancien vice président. C’est bien la preuve que cette transition fonctionne, et qu’elle doit plus que jamais être soutenue.

Elle doit être soutenue car les difficultés que rencontre ce processus sont réelles. En premier lieu, l’absence de cessez le feu : situation paradoxale d’un processus de paix qui se met en place, regroupant plus d’une vingtaine de parties, alors que les derniers rebelles poursuivent les combats. La transition doit aussi être soutenue car la situation économique du pays est extrêmement difficile. Or, nous le savons tous, une condition essentielle au succès d’un processus de paix est l’arrivée d’une aide économique, indispensable pour financer la paix.

Dans l’immédiat, nous devons donc nous efforcer d’aider les Burundais à consolider le processus d’Arusha, qui est déjà irréversible. Pour ce faire, nous devrons apporter des réponses à plusieurs questions : comment apporter notre soutien à la mise en place de la Mission Africaine ? comment amener les derniers rebelles à rejoindre le processus négocié ? comment pouvons-nous aider les Burundais à lutter contre l’impunité ? La mission, qui consacrera une journée entière à Bujumbura à rencontrer tous les acteurs politiques burundais (et qui s’efforcera également d’établir un contact avec les derniers rebelles) va nous aider à trouver des réponses à ces questions difficiles.



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